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Colonisation, décombres et complicité du silence : La Palestine sous la double étreinte de la dépossession et de la destruction

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a condamné la décision du gouvernement israélien de convertir les terres en Cisjordanie occupée en ce qu’il appelle « propriété d’État ».Le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, l’a rappelé lors de la conférence de presse quotidienne, transmettant la condamnation explicite d’António Guterres à l’encontre de la décision israélienne du 15 février de relancer les procédures d’enregistrement foncier dans la zone C de la Cisjordanie occupée. Derrière la froideur administrative de cette terminologie se cache une réalité d’une clarté brutale : l’occupation sioniste s’empare de terres palestiniennes, les rebaptise « propriété d’État » et entend les soustraire définitivement à leurs ayants droit légitimes.

Dujarric n’a pas mâché ses mots. Il a averti que ce processus pourrait priver des dizaines de milliers de Palestiniens de leurs biens, et que la relance de ces enregistrements fonciers risque d’étendre encore davantage le contrôle israélien sur un territoire déjà dévasté par des décennies de colonisation. Guterres lui-même, par la voix de son porte-parole, a réaffirmé que toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris à Al Qods-Est, « n’ont aucune légitimité juridique ». La « voie actuelle sur le terrain », a-t-il insisté, sape irrémédiablement toute perspective de solution à deux États, cet horizon de paix que la communauté internationale invoque rituellement tout en fermant les yeux sur les politiques qui l’érodent pierre par pierre, parcelle après parcelle.

La réaction internationale n’a pas tardé. Les ministres des Affaires étrangères de 8 États arabes et islamiques ont publié une déclaration conjointe condamnant fermement cette décision. Leurs mots sont sans ambiguïté : la classification des terres palestiniennes comme « terres d’État » constitue une « escalade dangereuse », une « violation flagrante du droit international » et une contradiction manifeste avec la quatrième Convention de Genève, avec la résolution 2334 du Conseil de sécurité, et avec l’avis consultatif de la Cour internationale de justice qui avait solennellement établi l’illégalité des pratiques israéliennes dans les territoires occupés. Les 8 pays signataires ont rappelé que ces mesures visent à « imposer une nouvelle réalité juridique et administrative » et compromettent définitivement les chances d’un État palestinien indépendant et viable. L’occupation doit prendre fin, ont-ils martelé. L’accaparement des terres doit être empêché.

Pendant que la diplomatie s’agite autour de la Cisjordanie, Ghaza, elle, continue de suffoquer sous ses propres décombres. Le directeur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Alexander De Croo, s’est rendu dans la bande de Ghaza lundi — une première visite officielle pour lui depuis sa nomination en novembre 2025 —, et les chiffres qu’il a rapportés donnent le vertige. Au rythme actuel des travaux de déblaiement, il faudra 7 ans pour retirer les millions de tonnes de gravats générés par 16 mois d’agression génocidaire. 7 ans. Pendant ce temps, des familles vivent sous des tentes au milieu des ruines, des enfants grandissent dans des décombres, et des malades meurent faute d’avoir pu être évacués à temps. « Nous nous trouvons dans une situation où des vies humaines sont perdues de façon catastrophique à cause des actions humaines », a déclaré De Croo, avant d’en appeler à la seule chose qui manque pour que l’aide puisse enfin atteindre ceux qui en ont besoin : l’accès. « C’est notre seule revendication. Nous avons les ressources humaines, financières et techniques nécessaires. » Le blocus, lui, reste en place.

De Croo s’est rendu dans le quartier de Firas, en plein centre-ville de Ghaza, transformé en une décharge à ciel ouvert par l’effondrement total des services essentiels. La semaine précédant sa visite, le PNUD et ses partenaires avaient commencé à évacuer environ 370 000 tonnes de déchets de cette zone densément peuplée, pour protéger ses habitants des maladies, des rongeurs et de la contamination. Il a également visité une usine agroalimentaire locale soutenue par le programme, symbole fragile d’une vie économique qui refuse de se laisser totalement éteindre. Mais ces efforts, aussi courageux soient-ils, buttent contre le même mur : sans accès libre et permanent des organisations humanitaires à Ghaza, sans cessez-le-feu durable, sans levée du siège, les chiffres resteront ce qu’ils sont — 7 ans de déblaiement, un nombre incalculable de morts, et un peuple que le monde continue de regarder mourir en invoquant la complexité de la situation.

L.S.

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