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Blanchiment d’argent : Le GAFI ouvre la voie à une sortie de l’Algérie de la liste grise

Le Groupe d’action financière (GAFI) a estimé, lors de sa plénière de février 2026, que l’Algérie a « substantiellement achevé » son plan d’action en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ouvrant ainsi la voie à une visite sur site préalable à un éventuel retrait du pays de la liste grise, où il figure depuis octobre 2024. Une avancée majeure pour l’économie algérienne et sa crédibilité financière internationale.

La nouvelle est tombée à l’issue de la session plénière du GAFI, tenue à Paris en février 2026. L’instance internationale, qui fait autorité en matière de normes anti-blanchiment, a jugé que les réformes engagées par Alger depuis son inscription sur la liste des « juridictions sous surveillance renforcée » — communément appelée liste grise — justifient désormais l’envoi d’une mission d’évaluation sur le terrain. Cette visite sur site, étape décisive du processus, vise à vérifier que les réformes sont effectivement mises en œuvre de manière durable et que l’engagement politique au plus haut niveau de l’État demeure intact. En octobre 2024, l’Algérie avait pris un engagement politique de haut niveau auprès du GAFI et du MENAFATF, son pendant régional pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, afin de renforcer l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Un plan d’action détaillé avait alors été convenu, assorti d’un calendrier précis. Moins de 18 mois plus tard, le gendarme financier mondial reconnaît que le travail accompli est à la hauteur des attentes.

Concrètement, le GAFI salue cinq avancées structurantes. L’Algérie a d’abord amélioré sa supervision fondée sur les risques, en particulier pour les secteurs les plus exposés, en adoptant de nouvelles procédures, des évaluations de risques, des manuels de supervision et des lignes directrices, tout en conduisant des inspections et en appliquant des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives. Elle a ensuite développé un cadre efficace d’identification des bénéficiaires effectifs des personnes morales, avec la mise en place d’un registre public hébergé au Centre national du registre du commerce (CNRC). Le régime de déclarations de transactions suspectes a été renforcé, la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) — organe central du dispositif et membre du Groupe Egmont — voyant ses prérogatives et ses moyens consolidés. Par ailleurs, un cadre juridique et institutionnel efficace a été instauré pour les sanctions financières ciblées liées au financement du terrorisme. Enfin, une approche fondée sur les risques a été adoptée pour la supervision des organisations à but non lucratif, sans entraver ni décourager les activités légitimes de la société civile.

Un vaste chantier de réformes

Ces résultats sont le fruit d’un vaste chantier législatif et réglementaire engagé par les autorités algériennes. La loi 23-01 du 7 février 2023, modifiant la loi fondatrice 05-01 de 2005, a constitué le socle de cette refonte, complétée en 2025 par la loi 25-048. Sur le plan réglementaire, la Banque d’Algérie a édicté plusieurs textes contraignants, notamment les règlements 24-03 en 2024 et 25-14 en 2025, imposant aux institutions financières une vigilance accrue en matière de connaissance du client et de surveillance des transactions. Une évaluation nationale des risques a été finalisée en 2024, permettant d’identifier les vulnérabilités du système financier, en particulier dans l’immobilier, les actifs virtuels et le secteur bancaire. La Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB) a, elle aussi, intensifié son action de supervision.

La visite sur site du GAFI, dont la date n’a pas encore été communiquée, constituera l’ultime épreuve avant une décision formelle de retrait. Si les évaluateurs constatent que les réformes ne sont pas seulement adoptées sur le papier mais effectivement appliquées au quotidien, l’Algérie pourrait quitter la liste grise dès la prochaine plénière. Un aboutissement qui couronnerait un effort institutionnel sans précédent et marquerait un tournant dans la trajectoire financière du pays.

Amar Malki

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