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Le Moyen-Orient s’enfonce dans la guerre

Au quatrième jour de l’offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l’Iran, les bombardements se poursuivaient mardi 3 mars sur Téhéran et plusieurs grandes villes iraniennes, tandis que la République islamique multipliait ses frappes de représailles contre l’entité sioniste et des installations américaines disséminées dans le Golfe, dessinant les contours d’un conflit régional d’une ampleur inédite.

Le bilan humain ne cesse de s’alourdir. Le Croissant-Rouge iranien a annoncé mardi que 787 Iraniens avaient été tuées depuis le début des frappes, un chiffre en hausse de 232 morts par rapport au précédent décompte. Selon l’organisation, plus de 1 000 attaques ont frappé 504 sites répartis à travers 153 localités iraniennes, de Téhéran à Ispahan en passant par Karaj. Des images vérifiées par l’AFP montraient d’épaisses colonnes de fumée s’élevant de la province de Téhéran, où des journalistes de l’agence ont entendu de puissantes explosions dans plusieurs quartiers de la capitale. Près de la place Ferdowsi, des bâtiments effondrés témoignaient de la violence des bombardements. Parmi les événements les plus tragiques, une frappe sur une école primaire de filles à Minab, dans le sud du pays, aurait fait plus de 160 morts selon les autorités iraniennes, poussant le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, à réclamer une « enquête rapide, impartiale et approfondie ». Téhéran a confirmé dimanche la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que celle de plusieurs hauts responsables. L’entité sioniste a revendiqué mardi avoir bombardé les bureaux de la présidence iranienne et le bâtiment du Conseil suprême de sécurité nationale au cœur de Téhéran. Un bâtiment lié à l’Assemblée des experts – l’institution chargée de désigner le guide suprême – a également été visé à Qom, un responsable israélien cité par la chaîne KAN affirmant que la frappe avait eu lieu pendant une réunion consacrée à la succession de Khamenei. Le site nucléaire de Natanz a de nouveau subi des dégâts, l’AIEA confirmant des dommages aux bâtiments d’entrée de l’usine souterraine d’enrichissement, tout en précisant qu’aucune conséquence radiologique n’était attendue. La centrale de Bushehr est elle aussi jugée « menacée » par le patron de Rosatom, qui a ordonné l’évacuation partielle du personnel russe.

Ouvrir « les portes de l’enfer »

Face à cette offensive, l’Iran a choisi la stratégie de la dispersion. Les Gardiens de la Révolution ont promis que « les portes de l’enfer s’ouvriraient un peu plus à chaque instant » sur leurs ennemis, tandis que l’armée iranienne revendiquait quinze vagues de frappes de missiles et de drones contre l’entité sioniste et des bases américaines au Qatar, à Bahreïn et dans le Golfe. Des explosions ont été entendues mardi à Doha et à Manama. L’ambassade américaine à Riyad a été touchée par des drones, provoquant un incendie limité, ce que l’Arabie saoudite a condamné comme une « violation flagrante » du droit international. Le Koweït a tenu des propos identiques après une attaque similaire contre la mission diplomatique américaine sur son sol. Le Qatar a affirmé avoir déjoué des tentatives de frappe contre l’aéroport international Hamad.

Le conflit s’étend au-delà du théâtre iranien. Au Liban, un nouveau front s’est ouvert après des tirs du Hezbollah, l’entité sioniste ayant utiliser cela comme argument pour lancer  une invasion terrestre54 morts y étaient déjà déplorés et l’ONU comptabilisait près de 30 000 déplacés. Au Royaume-Uni, un drone de fabrication iranienne a touché la base d’Akrotiri à Chypre, amenant Londres à envisager l’envoi du HMS Duncan, tandis que la France prévoyait de déployer des systèmes antimissiles sur l’île. L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont dits prêts à des « actions défensives », ce que Téhéran a qualifié d’« acte de guerre ».

Aucune perspective de désescalade ne se dessine. Donald Trump a averti que « la grande vague n’est pas encore arrivée », évoquant un conflit de quatre à cinq semaines, tandis qu’un porte-parole de l’armée israélienne confirmait se préparer à « une campagne de plusieurs semaines ». CNN rapportait que les stocks américains de missiles Tomahawk et SM-3 commençaient à diminuer. Côté iranien, le président Pezeshkian a appelé à l’« unité nationale » et le porte-parole de la diplomatie Esmaïl Baghaei a martelé que la guerre cesserait « lorsque l’agression s’arrêtera », exhortant le Conseil de sécurité de l’ONU à agir – un appel dont la portée reste limitée dès lors que les États-Unis assurent la présidence du Conseil en mars. Le ministre russe Sergueï Lavrov a quant à lui mis en garde contre un risque de prolifération nucléaire incontrôlée, tout en assurant n’avoir vu « aucune preuve » que l’Iran développait l’arme atomique.

Lyes Saïdi

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