Il fut l’instructeur de Mandela : Noureddine Djoudi, doyen des diplomates algériens, n’est plus
Noureddine Djoudi, doyen des diplomates algériens, nous a quitté samedi à l’âge de 92 ans. Moudjahid de la première heure, artisan discret de la diplomatie algérienne depuis l’indépendance, il fut aussi celui qui forma aux armes un certain Nelson Mandela dans les camps de l’Armée de libération nationale, en 1962. L’Algérie perd l’un de ses fils les plus illustres.
Né en 1934, Noureddine Djoudi n’avait pas encore 21 ans lorsqu’il choisit la révolution. Licencié en littérature anglaise de l’université de Montpellier, il abandonne la France pour rejoindre les rangs du Front de libération nationale à Londres, avant de gagner les unités de l’ALN stationnées aux frontières ouest. Ce n’est pas un homme ordinaire qui s’engage : c’est un intellectuel qui comprend, dès 1955, que la liberté se gagne aussi sur les terrains où l’on pense et où l’on parle autant que sur ceux où l’on combat. C’est au croisement de deux histoires que Djoudi inscrit son nom dans les livres. En 1962, un homme débarque en Algérie depuis l’Afrique du Sud, au secret, cherchant à apprendre le maniement des armes pour une cause que le monde découvrira bientôt. Cet homme, c’est Nelson Mandela. Et son instructeur dans les camps de l’ALN, c’est Noureddine Djoudi. Il sera également son interprète, ce qui fait de lui un témoin unique de la rencontre entre l’ANC et le FLN, entre deux révolutions qui se regardaient et se reconnaissaient.
“On ne pouvait pas à l’époque imaginer qu’il deviendra un jour une icône de cette dimension, mais déjà il donnait l’impression d’être quelqu’un qui était capable de mener, capable de diriger, aussi bien politiquement que sur le plan de l’action”, disait d’ailleurs Noureddine Djoudi, à propos de Nelson Mandela, en 2019 sur le plateau de TV5 Monde.
Mandela lui-même avait, lors de sa visite en Algérie en 1990 — après 27 ans de captivité —, reconnu cette dette en des termes sobres et définitifs : “C’est l’Algérie qui a fait de moi un homme.” Noureddine Djoudi, présent lors de ces heures, était de ceux qui avaient contribué à façonner l’homme derrière l’icône.
Après l’indépendance, Djoudi consacra sa carrière à la diplomatie africaine. Ambassadeur dans plusieurs capitales du continent, il devint également le premier représentant de l’Algérie en Afrique du Sud, symbole d’une continuité entre la lutte armée et l’engagement institutionnel. Il officia au poste de Secrétaire général adjoint de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), portant aux fora internationaux la voix d’une Algérie qui ne se concevait pas autrement que solidaire des peuples en lutte. En 2024, à 90 ans passés, il acceptait encore la présidence de l’Association internationale des amis de la Révolution algérienne.
Tebboune : “Un moudjahid et un diplomate patriote”
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a exprimé dimanche sa tristesse dans un message de condoléances adressé à la famille du défunt. Il a salué la mémoire “d’un diplomate pionnier qui a marqué de son empreinte singulière tous les postes qu’il a brillamment occupés au ministère des Affaires étrangères, ainsi que ses passages notables dans divers fora et organisations extérieurs.” Le chef de l’État a tenu à rappeler avec précision le fait d’armes le plus singulier de Djoudi : “Le défunt moudjahid a rejoint les rangs de la Révolution au sein des unités stationnées aux frontières, où il a eu l’honneur de former le leader sud-africain Nelson Mandela au maniement des armes lors de son séjour dans les camps d’entraînement de l’Armée de libération nationale.” Les funérailles de Noureddine Djoudi se sont tenues dimanche après-midi au cimetière d’El Alia, à Alger. Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, des compagnons de lutte, des diplomates et des représentants de la société civile étaient présents pour lui rendre un dernier hommage. Dans son oraison funèbre, le chef de cabinet du ministère des Moudjahidine l’a salué comme un “homme d’exception” et un témoin privilégié de l’histoire.
Noureddine Djoudi appartient à cette génération rare qui a tout à la fois fait la guerre et construit la paix, porté les armes et tendu la main. Il avait 92 ans. Il laisse derrière lui une œuvre dont l’une des pages les plus remarquables s’appelle Nelson Mandela.
Salim Amokrane

