Culture

Exposition « La mémoire des songes » au Sofitel d’Alger : Mustapha Boucenna invite à rêver en couleurs

C’est dans le cadre feutré du Sofitel d’Alger qu’a pris vie, samedi, un univers pictural à part entière. L’artiste plasticien Mustapha Boucenna y a inauguré sa nouvelle exposition, sobrement intitulée « La mémoire des songes » — un titre qui dit déjà tout de la démarche : fouiller les strates de la mémoire collective, y débusquer des images enfouies et les restituer sur la toile avec une liberté formelle assumée. Une cinquantaine d’œuvres contemporaines, proposées à la vente, ont investi les cimaises de l’hôtel pour y demeurer jusqu’au 30 mai prochain. Le visiteur qui s’aventure dans cet accrochage entre immédiatement dans un monde régi par sa propre grammaire visuelle. Les toiles de Boucenna — réalisées en grand format, à l’huile et à l’acrylique, selon une technique mixte qui leur confère matière et profondeur — conjuguent abstraction et ornementation cubiste dans une synthèse que l’artiste a patiemment élaborée au fil de décennies de pratique. Les formes géométriques s’y imbriquent avec une complexité qui n’exclut pas la grâce, tandis que silhouettes stylisées et motifs récurrents convoquent des figures issues de la littérature et du cinéma universels. La palette, elle, joue avec bonheur sur les contrastes : tons chauds et froids se répondent sans jamais se heurter, instaurant cette atmosphère particulière, entre tension et apaisement, qui caractérise l’œuvre du peintre.

Les titres des toiles sont à eux seuls un programme. « Sur un air de banjo », « Mélodie algéroise », « Nuit andalouse », « Consolation », « L’exode » : autant de fenêtres ouvertes sur une poésie visuelle teintée de nostalgie, où l’Algérie profonde dialogue avec l’universel. Ailleurs, « Souffle de liberté » déploie ses élans, « Les noces » célèbrent l’union, « Les chevaux du vent » rappellent que la nature reste une source inépuisable d’inspiration. Chaque œuvre fonctionne comme un carrefour où se croisent patrimoine culturel et esthétique contemporaine, tradition et modernité, ancrage local et ouverture sur le monde.

Cette tension créatrice est au cœur de la philosophie de Boucenna. « Mes toiles sont le reflet de ce que je ressens et ce que je vois », confie-t-il. « Pour peindre, je m’efforce de m’éloigner des codes académiques pour privilégier des formes complexes et des symboles fantastiques inspirés de l’héritage humanitaire. » Une posture cohérente chez un artiste qui puise délibérément dans l’histoire humaine, la poésie et les civilisations anciennes pour alimenter une œuvre résolument ancrée dans son époque.

Diplômé de l’École nationale des beaux-arts d’Alger, Mustapha Boucenna, 57 ans, n’en est pas à son coup d’essai. Depuis près de quarante ans, il participe à de nombreuses expositions, individuelles et collectives, en Algérie et à l’étranger, construisant patiemment une œuvre cohérente et reconnaissable. Mais le peintre est aussi un homme de transmission : il enseigne à l’Institut technologique de formation des enseignants, signe des couvertures de livres, illustre des ouvrages pour enfants et contribue à la réflexion critique sur les arts plastiques à travers des articles et des études spécialisées. Un profil complet, à la croisée de la création et de la pédagogie, qui fait de lui l’une des figures discrètes mais constantes de la scène artistique algérienne. « La mémoire des songes » est visible jusqu’au 30 mai au Sofitel d’Alger.

Mohand S.

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