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Guerre au Moyen-Orient : Les installations nucléaires au cœur de l’escalade !

Un mois après le déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le conflit franchit un nouveau palier.

Samedi, le président iranien Masoud Pezeshkian a prévenu que Téhéran riposterait « avec force » si ses infrastructures ou ses centres économiques étaient attaqués, tandis que la centrale nucléaire de Bushehr essuyait sa troisième frappe en quelques jours et qu’une université de la capitale était visée par des bombardements. Avec plus de 1 340 morts depuis le 28 février, dont l’ancien guide suprême Ali Khamenei, et le détroit d’Ormuz en quasi-fermeture, la région retient son souffle face à une escalade dont nul ne maîtrise plus le rythme ni l’issue.

La mise en garde est venue directement du chef de l’État iranien. Dans un message publié samedi sur le réseau X, Masoud Pezeshkian a rappelé que Téhéran n’initie pas d’attaques préventives, mais a été catégorique : toute frappe contre les infrastructures ou les centres économiques du pays entraînera une réponse de même ampleur. Le président iranien a également adressé un avertissement explicite aux pays de la région, les appelant à ne pas laisser leurs territoires servir de base arrière à des opérations hostiles contre l’Iran, au risque de compromettre leur propre développement et leur sécurité. Cette déclaration intervient au lendemain de frappes particulièrement symboliques. L’aviation israélienne et américaine a ciblé les aciéries de Khuzestan et de Mobarakeh, parmi les plus grandes d’Iran, ainsi qu’une installation de production de yellowcake à Ardakan, dans la province de Yazd, et le site d’eau lourde de Khondab. La centrale nucléaire de Bushehr, unique réacteur opérationnel du pays, a pour sa part été touchée vendredi par un projectile pour la troisième fois depuis le début du conflit — sans provoquer de victimes ni de dégâts techniques selon l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, qui a dénoncé une « violation flagrante du droit international ». L’AIEA, pour sa part, a confirmé qu’aucune élévation de la radioactivité hors site n’avait été enregistrée, tout en renouvelant un appel à la retenue.

Les Houthis entrent en scène

Sur le front des représailles, l’Iran a déjà répondu par plusieurs vagues de drones et de missiles visant les cibles israéliennes, la Jordanie, l’Irak et des pays du Golfe abritant des installations militaires américaines. Samedi, l’armée iranienne a affirmé avoir également détruit à Dubaï un dépôt de systèmes anti-drones ukrainiens censés soutenir les forces américaines — information formellement démentie par Kyiv. La journée a été aussi marquée par un nouvel élargissement du conflit avec l’entrée en scène des Houthis. Depuis le Yémen, les Houthis ont revendiqué leur première attaque contre l’entité sioniste depuis le début de ce conflit élargi, marquant une nouvelle extension géographique de l’embrasement régional.

Washington entre fanfaronnades et contradictions stratégiques

À Riyad — ou plutôt en Floride, où se tenait une conférence d’investissement saoudienne — Donald Trump a livré vendredi l’une de ses sorties les plus spectaculaires depuis le déclenchement des hostilités. « Pendant 47 ans, l’Iran a été le tyran du Moyen-Orient, mais ce n’est plus le cas. Ils sont en fuite », a-t-il lancé, attribuant ce supposé affaiblissement à l’opération baptisée « Epic Fury ». Le président américain a évoqué la mort du guide suprême Khamenei, présenté l’Iran comme en train de « supplier » pour un accord de paix, et affirmé que les États-Unis disposaient encore de 3 554 cibles potentielles sur le territoire iranien. Il a également glissé, en aparté, qu’il envisageait de rebaptiser le détroit d’Ormuz en « détroit de Trump », avant de se reprendre sous les rires de son auditoire. Mais sous les effets de tribune perce une contradiction de fond que Téhéran n’a pas manqué de souligner. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a relevé sur X que l’entité sioniste avait frappé des aciéries civiles, une centrale électrique et des sites nucléaires à usage civil en coordination avec Washington — ce qui contredit directement le délai diplomatique que Trump lui-même avait accordé à l’Iran pour négocier. Comment offrir d’un côté une fenêtre de dialogue et, de l’autre, autoriser la destruction systématique des infrastructures économiques d’un pays ? La question reste sans réponse officielle de la Maison-Blanche.

Du côté de la diplomatie américaine, le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé vendredi, en marge de la réunion des ministres du G7 en France, que l’opération devrait se conclure « en quelques semaines, et non en mois », sans déploiement de troupes au sol. Il a toutefois identifié un risque immédiat : la tentation iranienne d’instaurer un « système de péage » dans le détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite environ 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Une menace qu’il a qualifiée d’illégale et dangereuse, sans préciser comment Washington entendait y répondre concrètement si les négociations en cours venaient à échouer. Trump, lui, a refusé de qualifier les opérations de « guerre » — invoquant des « raisons juridiques » et la volonté d’éviter une procédure d’autorisation du Congrès —, un choix sémantique qui n’échappe pas aux juristes internationaux et qui alimente les critiques sur la légalité de l’ensemble de l’offensive.

Moscou monte au créneau, la diplomatie cherche une sortie

Face à cette escalade, la Russie a hausé le ton. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a exigé samedi une condamnation internationale sans équivoque des frappes sur les infrastructures nucléaires iraniennes, estimant qu’elles invalidaient le Traité de non-prolifération nucléaire, les mécanismes de vérification de l’AIEA et l’ensemble des conventions sur la sûreté nucléaire. Elle a interpellé le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, lui demandant de s’exprimer plus clairement sur la gravité de la menace que les belligérants tendent, selon Moscou, à minimiser.

Sur le plan diplomatique, Sergueï Lavrov et son homologue iranien Abbas Araghchi se sont entretenus vendredi des perspectives d’un règlement politique fondé sur le droit international. Moscou a présenté cet échange comme une piste sérieuse, rappelant que la Russie et l’Iran sont liés par un accord de partenariat stratégique — sans clause de défense mutuelle toutefois, une nuance que les analystes jugent déterminante pour l’évolution du conflit.

Téhéran a, pour sa part, accepté une demande onusienne de garantir le passage sécurisé de navires humanitaires dans le détroit d’Ormuz, signal interprété dans certaines capitales comme un geste d’ouverture. Mais la prudence s’impose : les bombes continuent de tomber sur des universités — l’Université des sciences et technologies de Téhéran a été visée samedi — et sur des professionnels du journalisme, comme en témoignent les quatre reporters tués le même jour au Liban-Sud. Dans un conflit où les lignes rouges sont franchies les unes après les autres, la distance entre un geste diplomatique et une nouvelle escalade se mesure désormais en heures.

Lyes Saïdi

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