Gaz naturel : La production en nette hausse depuis janvier
Deux mois de hausse consécutifs. En janvier puis en février 2026, la production algérienne de gaz naturel a confirmé sa reprise après une période de consolidation.
Le démarrage de l’année est franchement solide. En janvier, la production a progressé de 7 % en glissement annuel pour atteindre 10,44 milliards de mètres cubes — son plus haut niveau mensuel depuis près de trois ans, un plancher qui remonte au record historique de mars 2023. En février, la tendance s’est confirmée avec une hausse supplémentaire de 1,5 %, portant la production à 8,946 milliards de m³. Ces données, issues de l’Energy Research Unit (ERU) de Washington via la plateforme internationale JODI, attestent d’une dynamique qui ne doit rien au hasard. Ce redémarrage intervient après une année 2025 de transition, où la production avait atteint 101,84 milliards de m³. Un niveau que beaucoup de pays producteurs lui envieraient, et qui place l’Algérie au rang de fournisseur stratégique incontournable pour le marché européen. Les fluctuations des années précédentes — 102,8 milliards en 2021, 96,7 en 2022, 104,9 en 2023, 104,5 en 2024 — reflètent les aléas normaux d’un secteur cyclique, non une fragilité structurelle.
Sur le front intérieur, la consommation de gaz progresse elle aussi, signe d’une économie en expansion. En janvier 2026, elle a atteint 6,62 milliards de m³ contre 5,98 milliards un an plus tôt. Le secteur électrique, qui fonctionne à 99 % au gaz, absorbe une part croissante de cette énergie pour alimenter une population et une industrie en développement. C’est précisément pour répondre simultanément à cette demande intérieure et aux marchés d’exportation que le gouvernement a engagé un vaste programme d’investissement.
Car l’Algérie ne se contente pas de gérer l’existant — elle construit l’avenir. Le plan d’investissement de 50 à 60 milliards de dollars annoncé pour renforcer la production est l’un des plus ambitieux de l’histoire du secteur énergétique national. En avril 2026, une nouvelle ronde d’appels d’offres a été lancée, proposant sept blocs d’exploration à des compagnies internationales. Un signal fort adressé aux majors mondiaux : l’Algérie est ouverte, elle investit, et elle entend peser davantage sur l’échiquier gazier mondial.
Le contexte géopolitique joue en sa faveur. La volonté européenne de réduire sa dépendance au gaz russe a ouvert une fenêtre d’opportunité historique pour Alger, qui fournit déjà six pays du Vieux Continent en GNL en plus des routes traditionnelles vers le Sud de l’Europe via les gazoducs Transmed et Medgaz. Au premier trimestre 2026, la Turquie a reçu 1,02 million de tonnes de GNL algérien, la France 610 000 tonnes, suivies du Royaume-Uni, de l’Italie, de l’Espagne et de la Croatie. Les perturbations d’approvisionnement au Moyen-Orient ont, par ailleurs, accru la valeur stratégique du gaz algérien, plus proche, plus fiable, acheminé par des infrastructures éprouvées.
Les exportations totales — gazoducs et GNL confondus — s’établissent à 3,572 milliards de m³ en février, avec un GNL en reprise notable : 781 millions de m³ en février, puis 940 000 tonnes en mars, dans un marché mondial sous tension favorable aux vendeurs. Les livraisons par pipeline, dorsale historique des exportations algériennes, restent robustes à 2,791 milliards de m³. L’Algérie aborde donc 2026 avec un momentum qu’elle n’avait pas connu depuis plusieurs années. La production repart, les investissements s’accélèrent, la demande européenne reste structurellement forte. Il reste à transformer cet élan en croissance durable — c’est précisément l’objet des chantiers en cours.
Sabrina Aziouez

