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Coopération économique et défis sécuritaires au Sahel : Alger et N’Djamena resserrent les rangs

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a entamé mercredi une visite d’État en Algérie à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune. Une rencontre au sommet qui traduit la profondeur des liens entre les deux pays frères et ouvre des perspectives concrètes de coopération dans des secteurs stratégiques, au moment où le Sahel traverse une période de recomposition profonde.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a accueilli son homologue tchadien en personne à l’aéroport Houari Boumediene. Les deux présidents se sont entretenus au salon d’honneur avant de rejoindre le siège de la Présidence de la République, où une cérémonie d’accueil officielle a été organisée. La délégation tchadienne était de haut niveau, signe de l’importance que N’Djamena accorde à cette visite. Au moment où nous mettons sous presse, les deux chefs d’Etat ont tenus des entretiens en tête à tête avant que ces derniers ne soient élargis aux deux délégations.

Avant les entretiens au sommet, Déby Itno s’est recueilli au Sanctuaire du Martyr. Il a déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative, observé une minute de silence et récité la Fatiha à la mémoire des martyrs de la Révolution du 1er Novembre 1954. Il a ensuite visité le Musée national du Moudjahid où il a reçu un aperçu des grandes étapes de la guerre de libération nationale. Ce geste fort illustre la communion des deux peuples autour des valeurs de souveraineté et de dignité nationale qui fondent leurs relations depuis l’indépendance.

Une coopération qui prend corps

La visite présidentielle vient couronner plusieurs mois d’intense activité diplomatique et économique entre les deux pays. La veille, les ministres des Affaires étrangères Ahmed Attaf et Abdallah Saber Fadl ont clôturé la quatrième session de la commission gouvernementale mixte algéro-tchadienne, réunie après une longue pause. Vingt-sept accords sectoriels ont été finalisés et signés, couvrant les hydrocarbures, les transports, la santé, l’enseignement supérieur et la coopération culturelle.

Ce bilan témoigne d’une relation bilatérale qui se densifie. La ligne aérienne directe Alger-N’Djamena, inaugurée en octobre 2025 sur instructions du président Tebboune, facilite désormais les échanges humains et commerciaux entre les deux capitales. En janvier dernier, lors du Salon international des mines et des hydrocarbures de N’Djamena, l’Algérie était l’invitée d’honneur. Trois accords de coopération dans le domaine des hydrocarbures y avaient été signés, portant sur l’exploration, la production, le transport et la formation des cadres tchadiens.

Le forum économique algéro-tchadien, organisé en marge de la commission mixte, a donné une autre mesure de ce potentiel. L’Algérie a exporté pour 1,5 milliard de dollars d’engrais et de produits chimiques en 2025. Les matériaux de construction algériens trouvent aussi preneurs dans la région. En face, le plan national tchadien « Tchad Connexion 2030 » mobilise plus de 30 milliards de dollars d’investissements dans l’agriculture, l’énergie, les mines et les télécommunications. Les opportunités de partenariat sont réelles et les deux délégations l’ont dit clairement.

La transsaharienne, colonne vertébrale du projet commun

Aucun dossier ne cristallise mieux les ambitions communes des deux pays que la route transsaharienne. Ce corridor stratégique, qui doit relier Alger aux pays du Sahel en traversant le désert, est présenté par les deux parties comme l’ossature du futur partenariat régional. Pour le Tchad, enclavé au cœur du continent, cette route représente un accès direct à la Méditerranée via le port de Djen Djen à Jijel. C’est une transformation économique en puissance.

Le ministre tchadien des Affaires étrangères l’a affirmé sans ambages : achever la route transsaharienne est une priorité pour relier le Tchad aux marchés internationaux. La fibre optique transsaharienne accompagne ce projet sur le même tracé, ajoutant une dimension numérique à ce désenclavement. Lors de la quatrième édition de la Foire commerciale intra-africaine organisée à Alger en septembre 2025, le président tchadien avait lui-même salué le rôle de l’Algérie dans la promotion des partenariats africains et exprimé la volonté de son pays de valoriser ce projet structurant.

Deux pays, une vision commune du monde

Au-delà des accords économiques, Alger et N’Djamena partagent une lecture convergente des grandes questions régionales et internationales. Les deux pays défendent le respect de la souveraineté des États, le rejet de toute ingérence étrangère et la recherche de solutions africaines aux problèmes africains. Dans une région sahélienne traversée par l’instabilité, les trafics transfrontaliers et les menaces terroristes, cette convergence n’est pas un luxe. Elle est une nécessité. Les deux délégations ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coordination sécuritaire, de revitaliser l’Union africaine et de défendre le multilatéralisme dans les enceintes internationales. L’Algérie, qui préside le Conseil de sécurité de l’ONU et porte avec constance la cause palestinienne sur la scène mondiale, trouve en N’Djamena un partenaire qui partage ces positions de fond.

Salim Amokrane

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