Trafic de visas Schengen : Le vice-consul d’Espagne à Alger dans le viseur
Une enquête a été ouverte par la justice espagnole sur un trafic présumé de visas au consulat d’Espagne à Alger, et sur de graves irrégularités administratives. Le vice-consul d’Espagne à Alger, Vicente Moreno, a été arrêté vendredi, en même temps qu’un employé algérien du consulat, dans le cadre d’une enquête sur un réseau présumé de trafic de visas Schengen. L’affaire, instruite par la Cour nationale espagnole, est pilotée par l’Unité de délinquance économique et fiscale (UDEF) de la police nationale. Selon le quotidien espagnol The Objective, qui a révélé l’affaire, les deux suspects auraient facilité l’obtention de visas Schengen en échange d’argent. Les gains auraient ensuite été blanchis en Espagne, notamment par l’achat de véhicules. Lors de perquisitions menées à Sagunto, près de Valence, et à Torrevieja, dans la province d’Alicante, les enquêteurs ont saisi 10 890 euros en espèces, quatre téléphones, deux ordinateurs portables et 17 clés USB. Un bien immobilier à Madrid et plusieurs produits financiers ont également été bloqués.
Les deux interpellés ont depuis été remis en liberté sous contrôle judiciaire, dans l’attente de la suite de l’instruction. Une troisième personne liée au consulat est mise en cause sans avoir été arrêtée. L’affaire ne se limite pas aux seules transactions financières. The Objective a eu accès à des courriels internes montrant que Vicente Moreno aurait continué à utiliser le cachet de la consule Miriam de Andrés après son départ en septembre dernier, signant à sa place des rejets de demandes de visa. Une irrégularité qui aurait alerté le ministère des Affaires étrangères espagnol dès mars, lequel a ouvert en parallèle une enquête administrative interne.
Ce n’est pas la première fois que le nom de Moreno apparaît dans ce contexte. En novembre dernier, The Objective avait déjà évoqué une enquête sur des visas délivrés irrégulièrement. Le consulat d’Espagne à Oran est lui aussi dans le viseur des autorités espagnoles, qui ont démis une responsable des visas de ses fonctions.
L’opération, baptisée Jazira-Cova, associe l’UDEF, l’unité spécialisée dans les réseaux d’immigration illégale (UCRIF) et la direction adjointe de surveillance douanière (DAVA). Elle intervient dans un contexte tendu : plusieurs entrepreneurs espagnols avaient adressé des lettres de protestation à Madrid, accusant la mission diplomatique de bloquer systématiquement les visas de travail pour des ressortissants algériens. Aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue à ce stade.
Malik Meziane

