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La logistique au cœur de la guerre moderne : L’ANP fixe le cap

Dans un monde où les conflits armés se transforment à vitesse accélérée — drones, guerre électronique, frappes de précision, saturation des théâtres d’opérations — la logistique n’est plus l’arrière du dispositif militaire. Elle en est la colonne vertébrale.

Les guerres ne se gagnent plus seulement sur le front. Elles se gagnent — ou se perdent — dans les dépôts, les convois, les chaînes d’approvisionnement et les flux de ressources qui alimentent le combat en temps réel. C’est cette réalité que le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP et ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale, a mise au centre d’un séminaire national tenu dimanche au Cercle national de l’armée de Béni Messous, consacré à « La chaîne de soutien logistique opérationnel : état des lieux, contraintes, défis et perspectives ». Un thème technique en apparence, stratégique en substance.

Le message de Chanegriha est sans ambiguïté. Dans un monde où les conflits armés se transforment à vitesse accélérée — drones, guerre électronique, frappes de précision, saturation des théâtres d’opérations — la logistique n’est plus l’arrière du dispositif militaire. Elle en est la colonne vertébrale. Le chef d’état-major de l’ANP l’a dit sans détour : « Remporter la victoire est devenue, plus que jamais, étroitement liée à la capacité du système des chaînes de soutien à assurer et garantir le flux des ressources et des moyens nécessaires vers les dispositifs d’exécution, au moment opportun et avec l’efficacité requise. » Derrière cette formulation rigoureuse, il y a une leçon que les conflits récents ont écrite en lettres de feu : les armées qui ont perdu le contrôle de leur logistique ont perdu le terrain, indépendamment de leur puissance de feu.

C’est dans ce contexte que Chanegriha a situé les travaux du séminaire. Il a relevé que « les guerres modernes et les nouvelles révolutions ont engendré dans les questions militaires, notamment à l’ombre d’un monde caractérisé par l’intensification des tensions et l’accumulation des innovations technologiques et militaires, des contextes d’action complexes et évolutifs, nécessitant l’élaboration d’une stratégie innovante dans le domaine du soutien logistique opérationnel, afin de s’adapter aux exigences des batailles modernes et d’atteindre les objectifs tracés. » L’ANP ne regarde pas les conflits contemporains de loin. Elle en tire des enseignements et ajuste sa doctrine en conséquence.

La feuille de route de l’institution est claire sur ce point. Conformément aux instructions du Président de la République, chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale, l’ANP œuvre à ce que « les fondements de la disponibilité opérationnelle que nous cherchons à atteindre et à concrétiser sur le terrain au niveau du corps de bataille reposent sur le principe d’une intégration totale et d’une harmonie spontanée entre la composante opérationnelle et logistique, de manière à ce que cet ensemble forme un seul corps, dont l’équilibre ne peut être assuré que si tous ses membres, sans exception, sont parfaitement coordonnés. » La notion est structurante : opérationnel et logistique ne sont pas deux fonctions parallèles — ils forment un seul organisme, dont aucun membre ne peut défaillir sans compromettre l’ensemble.

Cette philosophie d’intégration totale guide la conception même du séminaire. L’objectif annoncé par Chanegriha est à la fois diagnostic et prospectif : « diagnostiquer l’état actuel des chaînes de soutien logistique opérationnel, identifier les principales difficultés et défis auxquels elles sont confrontées, puis leur apporter des solutions concrètes, ainsi qu’anticiper les perspectives d’avenir susceptibles de les développer et de renforcer leur efficacité, en adéquation avec les exigences des environnements opérationnels et des champs de bataille modernes. » Un exercice d’autoévaluation exigeant, conduit au plus haut niveau de l’institution.

La composition de l’assistance reflète cette ambition. Autour du chef d’état-major : le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales et du Transport, le conseiller du Président de la République chargé des affaires de sécurité et de défense, le commandant des Forces terrestres, le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, les commandants de forces et de la Garde républicaine, le commandant de la 1ère Région militaire, des directeurs centraux, des professeurs et des spécialistes. L’ensemble de la chaîne — commandement, administration, expertise technique — réuni pour traiter d’une même question.

Les conférences qui ont suivi l’allocution d’ouverture ont abordé les défis concrets du soutien logistique et les voies d’adaptation du système de l’ANP aux mutations du fait militaire contemporain. Les débats entre spécialistes et cadres ont enrichi les travaux, dont les recommandations n’ont pas été rendues publiques à l’issue de la journée.

Ce séminaire dit quelque chose de l’état d’esprit de l’institution. L’ANP ne se contente pas de moderniser ses équipements — elle modernise sa pensée. Traiter la logistique comme enjeu stratégique de premier rang, la soumettre à un séminaire national de haut niveau, croiser les regards du commandement et de l’expertise civile et militaire : c’est une démarche d’armée qui se prépare sérieusement, dans un environnement régional qui ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation.

Salim Amokrane

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