Algérie-Angola : Un partenariat stratégique pour peser sur l’Afrique
La visite d’État du président angolais Joao Lourenço à Alger a débouché sur une feuille de route ambitieuse : onze accords de coopération, un conseil d’affaires conjoint et une ligne aérienne directe dès juillet. Les deux pays affichent leur volonté de jouer un rôle moteur sur le continent.
Il y a quelque chose de symbolique dans cette rencontre. Deux pays qui ont combattu le colonialisme côte à côte, qui ont partagé les mêmes combats pour l’indépendance africaine, se retrouvent aujourd’hui pour construire ensemble un partenariat économique à la hauteur de leur histoire commune. La visite d’État du président angolais Joao Lourenço à Alger, lundi, a été l’occasion de franchir un cap dans des relations bilatérales que les deux chefs d’État reconnaissent eux-mêmes comme sous-exploitées.
Un partenariat stratégique global
À l’issue de leurs entretiens au siège de la Présidence de la République, Abdelmadjid Tebboune a posé le cadre sans ambiguïté : «Nous avons eu des entretiens riches lors desquels nous avons réaffirmé notre volonté politique de poser les bases d’un partenariat stratégique global.» Pour le président de la République, cette visite n’est pas un événement protocolaire. Elle ouvre «de nouvelles perspectives à la coopération bilatérale» et s’inscrit dans des «relations historiques remontant à la lutte commune pour se libérer du colonialisme». Son homologue angolais a abondé dans le même sens. Joao Lourenço est venu à Alger avec un objectif précis : «renforcer les liens d’amitié et de coopération unissant les deux peuples et les deux pays, qui partagent une histoire commune de luttes et de victoires.» Il a tenu à rappeler une réalité souvent oubliée : «Les premiers ingénieurs et cadres du secteur de l’énergie ont été formés ici, en Algérie. Certains d’entre eux occupent encore aujourd’hui des postes de cadres au sein de notre compagnie nationale Sonangol, y compris au niveau de la direction de l’entreprise.» Un hommage sincère qui dit beaucoup sur la profondeur des liens tissés depuis l’indépendance angolaise.
Onze accords dans des secteurs clés
La journée a été productive. Les deux présidents ont coprésidé la signature de onze accords et mémorandums d’entente couvrant les hydrocarbures, l’agriculture, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables, la santé, la numérisation, la formation professionnelle, les mines, les télécommunications et le transport aérien. La liste est longue, et elle est volontairement diversifiée : il ne s’agit pas de rester dans le couloir habituel du pétrole et du gaz, mais de construire une architecture de coopération qui touche à l’économie réelle des deux pays.
Parmi les textes signés figure l’accord créant un Conseil d’affaires conjoint, que le Président Tebboune a défini comme «un espace permanent d’encouragement du partenariat entre les acteurs économiques». Un mécanisme destiné à faire descendre la coopération du niveau des États vers celui des entreprises — condition indispensable pour que les intentions politiques se traduisent en projets concrets. Le président de la République a également fait part d’une convergence de vues sur « l’importance de l’action africaine commune et le soutien au processus d’intégration économique, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et les grands projets structurants favorisant l’interconnexion et l’intégration entre les pays du continent ».
L’une des annonces les plus concrètes de la journée concerne d’ailleurs le transport aérien. La création d’une liaison directe entre Alger et Luanda, prévue pour juillet 2026, a été présentée par le Président Tebboune comme «l’un des principaux jalons du renforcement des échanges et du rapprochement entre les deux peuples». Un vol direct, c’est aussi un signal : deux capitales africaines qui se reconnectent sans passer par Paris ou Lisbonne.
L’Afrique comme horizon commun et soutien réaffirmé aux causes palestinienne et sahraoui
Les deux chefs d’État ont également convergé sur les grands dossiers continentaux. Tebboune a rappelé l’engagement commun en faveur «du renforcement de la paix et de la stabilité en Afrique et de l’intensification de la coordination pour faire face aux menaces communes, à leur tête le terrorisme et la criminalité organisée, dans le cadre d’une approche africaine fondée sur les solutions pacifiques et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États». Il a aussi salué «le rôle actif de l’Angola, sous la conduite du président Joao Lourenço, en matière de médiation et de règlement des conflits, notamment en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs».
De son côté, le président angolais a exprimé une ambition partagée : «L’Angola et l’Algérie ont les moyens de contribuer de manière significative à leur développement respectif, mais également au développement de tout le continent africain, notamment dans le secteur de l’énergie, de l’industrie et des infrastructures.» La question palestinienne et sahraouie a également été évoquée. Tebboune a réaffirmé «le soutien au droit des peuples à l’autodétermination, en l’occurrence les peuples sahraoui et palestinien, conformément aux résolutions onusiennes et à la légalité internationale». « Partant de notre attachement au respect du droit international, nous avons exprimé notre soutien au droit des peuples à l’autodétermination, en l’occurrence les peuples sahraoui et palestinien, conformément aux résolutions onusiennes et à la légalité internationale qui leur garantissent ce droit », a ajouté le président de la République. Il a en outre salué « le rôle actif de l’Angola, sous la conduite du Président Joao Lourenço, en matière de médiation et de règlement des conflits, notamment en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs », tout en louant les efforts du président angolais durant sa présidence de l’Union africaine (UA).
La visite s’est conclue par un échange de distinctions honorifiques : Lourenço a décoré Tebboune de l’Ordre d’Agostinho Neto, du nom du premier président de l’Angola. Tebboune lui a remis en retour la médaille «Athir». Deux symboles qui résument assez bien ce que les deux pays cherchent à construire : une relation fondée sur le respect mutuel, l’histoire partagée et, désormais, des intérêts économiques communs.
Salim Amokrane

