La complicité du Makhzen dans les réseaux de narcotrafic clairement prouvée : Un narco-État au banc des accusés
Des témoignages judiciaires accablants, des enquêtes espagnoles concordantes et des images saisies sur le téléphone d’un passeur : la complicité d’État marocain dans le trafic international de stupéfiants vers l’Europe n’est plus du domaine de la conjecture. Elle s’installe, pièce à pièce, dans le dossier d’accusation d’un régime que ses propres ressortissants, traduits en justice, désignent comme le véritable parrain du commerce de la mort. Depuis les côtes de Nador, ville portuaire du nord-est marocain à quelques encablures de l’enclave espagnole de Melilla, des embarcations pneumatiques chargées de cannabis prennent le large à intervalles rapprochés, en plein jour, dans des zones théoriquement sous surveillance permanente des forces de sécurité marocaines. Des médias espagnols, relayés par la chaine d’information AL24News, rapportent qu’au moins trois opérations de trafic ont été conduites simultanément depuis des zones proches du port de Nador-Ouest Méditerranée, selon un tempo et une organisation qui écartent toute explication par le hasard ou la défaillance fortuite. Trois convois coordonnés, des zodiacs rapides, zéro interception : la coïncidence ne tient pas.
Ce qui donne à ces faits leur dimension politique — et leur fait dépasser le registre du simple fait divers criminel — c’est ce qui a été dit à l’audience. Le 16 avril 2026, lors d’un procès ouvert sous la pression des grands médias internationaux, un avocat de la défense a rapporté les déclarations du chef de ce que la presse a surnommé le réseau de « l’Escobar du Sahara » : Hadj Ahmed Ben Ibrahim, présenté comme le cerveau de la plus grande filière de trafic international de stupéfiants jamais démantelée au Maroc, a évoqué devant ses juges la sortie d’une cargaison de quarante tonnes de drogue depuis les eaux territoriales marocaines, « sous les yeux de l’armée marocaine ». Non pas malgré la présence militaire. Sous son regard. Ces déclarations, rapportées dans l’enceinte judiciaire, constituent selon le même avocat « la preuve d’une complicité au sein de l’armée marocaine aux frontières dans le trafic de stupéfiants ».
Ce témoignage ne surgit pas dans le vide. Il s’inscrit dans un faisceau de faits qui s’accumulent depuis plusieurs années. En 2024, des journaux espagnols avaient publié des photographies extraites du téléphone d’un trafiquant arrêté : on y voyait, selon leurs affirmations, un zodiac appartenant à la Marine royale marocaine participant au convoyage de drogue et guidant des embarcations de passeurs. La même année, la découverte d’un deuxième tunnel transfrontalier à Ceuta — enclave espagnole sur le sol marocain — avait relancé les accusations de tolérance active du Makhzen à l’égard de filières qui utilisent la frontière hispano-marocaine comme une plateforme logistique. Plus récemment, des médias espagnols ont signalé que plusieurs tonnes de drogue avaient franchi la frontière depuis le Maroc en passant à proximité immédiate d’une base militaire marocaine, dans un périmètre soumis à surveillance quotidienne.
La justice espagnole, elle, continue d’instruire et de condamner. La Cour supérieure de justice des Îles Canaries a confirmé les peines prononcées contre quatre ressortissants marocains interceptés à bord de deux zodiacs transportant plus de 4,7 tonnes de résine de cannabis au large de Gran Canaria. La cargaison, partie des côtes marocaines, était estimée à plus de huit millions d’euros. Dans la province de Huelva, une opération policière espagnole a permis l’arrestation de quatre individus impliqués dans le soutien logistique aux embarcations rapides acheminant la drogue depuis le Maroc vers les côtes andalouses — une filière repérée alors qu’un zodiac était repéré à proximité de la plage de Punta Umbría. À Majorque, la police espagnole a interpellé le chef présumé d’un réseau criminel marocain figurant parmi ses individus les plus recherchés, un homme cumul ant une quarantaine de gardes à vue et neuf condamnations.
Le tableau ainsi dressé n’est pas celui d’un État dépassé par ses mafias. C’est celui d’un système qui les administre. La question que posent, avec une acuité croissante, des observateurs est celle du mobile politique. Le Maroc entretient depuis des années un rapport de force avec l’Union européenne fondé sur des leviers de pression multiples : flux migratoires, coopération sécuritaire, accords commerciaux. Le trafic de drogue s’inscrit dans cette même logique : il est un instrument de négociation déguisé en fléau subi. Lorsque Madrid ou Bruxelles dévient de la ligne souhaitée par Rabat sur le dossier du Sahara occidental — territoire occupé par le Maroc depuis 1975 —, le robinet peut s’ouvrir ou se fermer. Les flux de migrants peuvent s’accélérer ou se tarir. La drogue peut, soudainement, ne plus trouver preneur dans les ports marocains.
Ce mécanisme de chantage structurel n’est pas une théorie. Il a été expérimenté. En mai 2021, le Maroc avait délibérément laissé affluer des milliers de migrants vers Ceuta, en réaction à l’accueil par l’Espagne du chef du Front Polisario pour des soins médicaux. Le message était limpide. Le même message circule aujourd’hui dans les salles d’audience madrilènes et les colonnes des journaux espagnols : le Makhzen fait de la déstabilisation une politique d’État, et le narcotrafic en est l’un des bras armés.
Lyes S.

