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Une première cargaison de GNL livrée à l’Allemagne : Sonatrach renforce ses positions sur le marché gazier

Sonatrach a franchi, mercredi, une étape stratégique dans sa politique de diversification des débouchés gaziers en annonçant la livraison de sa toute première cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL) à destination de l’Allemagne. Selon un communiqué du groupe pétrolier public, l’opération a été réalisée le 2 juillet au niveau du terminal flottant de regazéification de Wilhelmshaven, après un chargement effectué au complexe de liquéfaction de GL2Z à Bethioua, dans la wilaya d’Oran, et un acheminement assuré par le méthanier Tessala, propriété du groupe.

Pour Sonatrach, cette première livraison directe de GNL vers le marché allemand illustre sa capacité à saisir les opportunités qu’offrent les mutations du marché gazier mondial, tout en valorisant ses ressources sur des marchés jugés stratégiques. Le communiqué souligne également la volonté du groupe de consolider sa « position de fournisseur clé » pour la sécurité énergétique du continent européen, et affiche l’ambition de poursuivre le développement de ses exportations vers ce marché.

Cette opération ne relève pas de l’improvisation commerciale. Elle s’inscrit dans la continuité d’un rapprochement engagé depuis plusieurs années entre Sonatrach et l’opérateur énergétique allemand VNG AG, dont le premier accord d’approvisionnement remonte à février 2024. Depuis la fin de cette même année, le gaz algérien alimente déjà le marché allemand par gazoduc, via le tracé Transmed reliant l’Algérie à l’Italie, avant de transiter par les réseaux d’Europe centrale. La cargaison de GNL livrée début juillet vient donc ajouter une seconde voie d’acheminement, plus flexible, à ce partenariat gazier déjà structuré.

L’Algérie s’impose ainsi comme partenaire clé de la sécurité énergétique allemande. Privé brutalement des approvisionnements russes après 2022, le groupe VNG, premier distributeur gazier du pays, avait dû reconfigurer dans l’urgence son portefeuille de fournisseurs, une crise que son propre dirigeant avait qualifiée de risque existentiel pour l’entreprise. L’Algérie, aux côtés de la Norvège et des livraisons de GNL américain, s’est depuis imposée comme un pilier de cette nouvelle architecture d’approvisionnement, une montée en puissance qui s’inscrit dans une dynamique plus large. L’Algérie s’est également hissée en 2025 au rang de premier fournisseur de gaz de l’Espagne et de l’Italie.

Au-delà des hydrocarbures, la coopération algéro-allemande s’étend désormais à la transition énergétique. Le 17 juin dernier, Sonatrach et VNG AG ont signé, au siège de la direction générale du groupe algérien, un mémorandum d’entente portant sur l’hydrogène vert, l’ammoniac et la réduction des émissions de méthane, en présence du PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, et des dirigeants de VNG. Ce texte s’inscrit dans le prolongement d’un protocole d’accord conclu en décembre 2022 et ouvre la voie à des projets concrets de production d’hydrogène renouvelable en Algérie, destinés à l’exportation vers l’Europe.

Le cadre de cette ambition porte un nom, le projet SoutH2 Corridor, une infrastructure conçue pour acheminer jusqu’à 1,2 million de tonnes d’hydrogène renouvelable par an vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, en réutilisant partiellement les gazoducs existants afin de réduire les coûts d’infrastructure. Ce corridor mobilise cinq pays, l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, dont les représentants se coordonnent régulièrement sur le dossier.

Côté allemand, l’engagement financier suit la même trajectoire. VNG a annoncé un plan d’investissement de cinq milliards d’euros d’ici 2035, principalement destiné au développement des infrastructures liées à l’hydrogène et au biogaz, une partie substantielle de ces fonds devant rester en Allemagne de l’Est. Le partenariat algéro-allemand attire par ailleurs d’autres groupes industriels du pays, à l’image de Siemens et Bosch, engagés sur des projets d’efficacité énergétique et de solutions technologiques avancées sur le marché algérien. Ce dynamisme n’est toutefois pas exempt de zones de turbulence. Une nouvelle réglementation européenne sur les émissions de méthane, entrée en vigueur cette année, complique la conclusion de nouveaux contrats gaziers avec les fournisseurs extra-européens, l’Algérie comprise. VNG a lui-même alerté sur ce risque, tandis que Berlin affiche dans le même temps sa volonté d’augmenter ses achats de gaz algérien. La livraison du 2 juillet s’impose ainsi comme un jalon supplémentaire dans une relation énergétique algéro-allemande en pleine recomposition, où le gaz d’aujourd’hui prépare déjà l’hydrogène de demain.

Samira Ghrib

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