Banque africaine de l’énergie : L’Algérie comme locomotive de l’économie énergétique africaine
La Banque africaine de l’énergie sera officiellement lancée d’ici juillet prochain, en présence des ministres membres de l’APPO. Ce qui était encore présenté comme un projet il y a deux ans aura donc une existence concrète cet été. Les bureaux ont été inaugurés en février. Le capital minimal est atteint. Il ne reste plus qu’à appuyer sur le bouton.
Invité lundi matin de l’émission «L’Invité du jour» sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, le secrétaire général de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole — en poste depuis décembre dernier — Farid Ghezali a déroulé avec précision l’agenda de son organisation. L’APPO, fondée en 1987 à Lagos à l’initiative de l’Algérie, regroupe 18 pays producteurs. Elle s’est depuis repositionnée sur les grands chantiers de la souveraineté énergétique africaine : financement des projets, harmonisation des codes pétroliers, intégration des marchés régionaux.
La banque est au cœur du projet. Derrière sa création, il y a un constat que Ghezali formule sans détour : «Beaucoup d’institutions bancaires internationales ont été rétissantes par rapport au financement des projets énergie fossile.» Les grandes banques de développement ont progressivement durci leurs conditions d’octroi aux hydrocarbures, sous pression des agendas climatiques occidentaux. Résultat : des projets bloqués, des investissements différés, des pays producteurs contraints de négocier leur financement projet par projet, souvent à des conditions défavorables. «On a voulu que nous ayons un outil indépendant», dit-il. «Nous pourrons arbitrer nos propres projets oil and gas.» L’Algérie fait partie des contributeurs les plus importants à son capital — une donnée que Ghezali avance comme un signal de la diplomatie énergétique algérienne, qu’il décrit sans complexe comme «la locomotive de l’économie énergétique africaine».
L’autre chantier qui le préoccupe, c’est l’harmonisation des codes pétroliers. Dans son éditorial de mai, Ghezali avait publiquement mis le doigt sur une réalité gênante : certains pays membres de l’APPO ne contrôlent que 15% de leurs propres ressources. «Je trouve ça inacceptable», dit-il. Cette situation découle, selon lui, d’une insuffisance d’investissement public dans le secteur : faute de capitaux propres, ces États ont laissé des partenaires étrangers rédiger les termes des contrats pétroliers à leur avantage. L’APPO veut corriger cela par une convergence des cadres réglementaires — «pour que ces ressources qui sont africaines profitent d’abord aux Africains.»
Sur la conjoncture mondiale, Ghezali est lucide. La fermeture du détroit d’Ormuz a transformé ce qui était une crise logistique en crise de production, et bientôt en crise de confiance. Les investisseurs, dit-il, ont besoin de deux choses : «de la confiance et de la visibilité.» Or cette confiance sera longue à rétablir dans la région du Golfe. Bonne nouvelle pour l’Afrique : les pays consommateurs se retournent vers le continent. «L’Algérie n’a jamais arrêté une seule seconde de livrer ses clients», rappelle-t-il — pas seulement de produire, de livrer. Trente ans de fiabilité sans interruption. «Il est temps de la monétiser», lâche-t-il. Pas en augmentant les prix — «ce n’est pas intéressant» — mais en conditionnant l’accès aux ressources à des investissements directs sur place.
Sur la transition énergétique, enfin, sa position est tranchée. L’Afrique représente 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il ne voit pas pourquoi le continent devrait appliquer les mêmes normes que ceux qui ont produit les 95% restants. «Lorsque nous arriverons à leur niveau de développement économique, on pourra parler le même langage.» La crise du Golfe lui a d’ailleurs donné raison sur un point précis : certaines institutions internationales qui conditionnaient leur financement au respect de critères environnementaux stricts sont revenues frapper à la porte africaine, moins regardantes qu’avant. «Lorsque les crises arrivent, on peut changer son dogme», dit-il avec une ironie mesurée.
Sabrina Aziouez

