Les avantages comparatifs du développement de la pétrochimie en Algérie
Dr Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international en énergie
Le développement de la pétrochimie en Algérie représente un levier majeur de souveraineté industrielle et de diversification économique. L’Algérie ambitionnant de porter son taux de transformation locale des hydrocarbures à 50 % grâce à des investissements structurants de plus de 7 milliards de dollars, ouvrant des opportunités considérables pour l’exportation et le tissu de PME locales.
Au conseil des ministres du 17 mai 2026, le président de la République a donné plusieurs orientations. Il a souligné qu’il faille éviter d’exporter les produits à l’état brut, notamment dans la sidérurgie qui ne procure pas de rente mais juste un profit moyen (coût de production élevé), contrairement au pétrole et gaz brut (ayant une rente avec un coût de production par rapport au prix élevé), mais dont le prix au niveau du marché international est en deçà des produits transformés dont le prix est souvent 10 à 15 fois supérieur à celui de l’état brut. La situation actuelle du fait du conflit au Moyen-Orient étant exceptionnelle, la moyenne en temps de paix étant entre 60/70 dollars le Brent et 30/40 dollars le mégawattheure de gaz.
Aussi, le développement de la pétrochimie en Algérie représente un levier majeur de souveraineté industrielle et de diversification économique. L’Algérie ambitionnant de porter son taux de transformation locale des hydrocarbures à 50 % grâce à des investissements structurants de plus de 7 milliards de dollars, ouvrant des opportunités considérables pour l’exportation et le tissu de PME locales.
Les opportunités économiques sont la création de valeur ajoutée par la transformation localement de ses matières premières au lieu de les exporter brutes, permettant de créer une chaîne de valeur industrielle, de contribuer à la substitution des importations à savoir l’autosuffisance et de répondre à la demande du marché intérieur où actuellement, une large part des produits finis (plastiques, détergents, engrais) est importée. Mais cette transformation nécessite d’importants complexes industriels et un bon partenariat avec des firmes qui ont un savoir-faire technologique et qui contrôlent les circuits internationaux.
Voici quelques exemples de prix des produits pétrochimiques à l’international variant avec d’importantes fluctuations qui s’expliquent par les tensions sur l’offre, les coûts de l’énergie et la demande :
– Le prix international de l’ammoniac varie généralement entre 800 et 1300 dollars la tonne métrique sur les marchés mondiaux. Cette fluctuation s’explique par les tensions sur l’offre, les coûts de l’énergie et la demande des industries d’engrais.
– Le prix international de l’urée (utilisée comme engrais agricole) se situe généralement entre 340 et 400 dollars la tonne métrique.
– Le prix de l’éthylène fluctue généralement entre environ 650 à 1450 dollars la tonne, utilisés pour fabriquer divers plastiques et caoutchoucs.
– Le prix du complexe aromatique BTX (Benzène, Toluène, Xylène) varie selon qu’il s’agit de brut industriel en gros ou de solvants purifiés. Les prix de gros mondiaux oscillent entre 800 et 1500 dollars la tonne selon la pureté, tandis que les conditionnements en laboratoires peuvent dépasser 60 dollars le litre.
– Les marchés du méthanol, des engrais et des polymères connaissent des hausses significatives cette année, fortement impactés par les tensions géopolitiques mondiales. En Europe (FOB Rotterdam), le prix se situe généralement dans une fourchette de 400 et 850 dollars la tonne selon la qualité et le type de contrat avec de fortes variations dues à la concurrence sur le marché spot.
Enfin, signalons qu’en dehors des hydrocarbures où l’Algérie a des potentialités, le marché du carbonate de lithium, principalement fabriqué à partir de deux matières premières naturelles, les saumures des lacs salés (très concentrées dans les salars andins) et les minerais extraits de roches dures comme le spodumène, est marqué par une forte volatilité. Les cours ont fortement rebondi (une hausse de près de 200 % sur un an) en raison d’une demande soutenue par l’industrie des véhicules électriques et des tensions au Moyen-Orient. Au premier trimestre 2026, le prix fluctue entre 17 000 et 26 000 dollars US. L’Algérie possède d’importantes réserves de lithium inexploitées, estimées à environ 1,7 millions de tonnes. Le potentiel du sous-sol saharien (notamment dans le Hoggar et les régions de Tamanrasset/In Guezzam) place le pays parmi les premières nations détentrices de ce minerai stratégique, en plus de saumures concentrées dans les chotts.
Quelles perspectives pour le développement de la pétrochimie ?
Dans le cadre de la pétrochimie, nous avons les produits raffinés à usage énergétique :
Carburants de transport : essence, gazole (diesel) et carburéacteur (kérosène).
Gaz de pétrole liquéfiés (GPL) : propane et butane.
Combustibles de chauffage : fioul et mazout.
Pour les matériaux et autres dérivés industriels :
Asphalte et bitume : utilisés dans le revêtement des routes et l’étanchéité.
Paraffines et cires : produits dérivés solides issus du raffinage.
Noir de carbone : utilisé pour renforcer les pneus.
L’objectif des complexes en cours de réalisation est dimensionné pour faire de l’Algérie un pôle exportateur majeur vers l’Afrique, l’Europe et le bassin méditerranéen à travers trois pôles.
Pôle d’Arzew (Oran) :
Un complexe de production de polypropylène (STEP/PDH PP) est en cours de développement.
Une unité de production de MTBE (Méthyl tert-butyl éther) d’une capacité de 200 000 tonnes/an, permettant de couvrir les besoins nationaux en essence sans plomb.
Pôle de Skikda :
Un complexe de production d’éthylène (capacité de 850 000 tonnes/an).
Une usine dédiée au Linear Alkyl Benzène (LAB) biodégradable, servant à l’industrie des détergents (investissement de plus d’1 milliard de dollars).
Pôle Hassi Messaoud :
La réalisation de la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud accuse un important retard avec une importante réévaluation expliquant que Samsung Engineering a été remplacé par Sinopec, partenaire stratégique de Técnicas Reunidas. L’annonce a été faite le 27 novembre 2024 par le PDG de Sonatrach.
Selon les données de Sonatrach, la raffinerie aura spécifiquement vocation à produire sept produits à la norme Euro 5 : propane (127 000 tonnes par an), butane (180 000 tonnes/an), essence n° 95 (352 000 tonnes/an), essence n° 91 (1 373 000 tonnes/an), kérosène (228 000 tonnes/an), gazole (2 659 000 tonnes/an) et bitume (134 000 tonnes/an). Environ 50 % des produits issus des raffineries sont destinés à couvrir les besoins du marché national, notamment en GPL, essence, gazole et lubrifiants. Le reste de la production des raffineries est destiné à l’exportation, comme le naphta, le fuel-oil et les aromatiques.

