Mondial 2026/ Mandi : « Se donner à 100 % »
À douze ans d’intervalle, l’Algérie retrouve la Coupe du monde. Aïssa Mandi, 114 sélections au compteur, recordman absolu des Verts, qui en porte la promesse la plus haute : celle d’une équipe qui ne trahira pas ceux qui la regardent.
Les qu’Aïssa Mandi a choisi, dans un entretien accordé au site officiel de la FIFA depuis Zurich, résonnent moins comme une déclaration d’intention sportive que comme un serment. « Dès que tu rentres sur le terrain, ça doit être une grande fierté. On doit se donner à 100 % pour le peuple, pour le pays. »
Car Mandi sait. Mieux que quiconque, peut-être, il porte la mémoire de ce que la sélection algérienne a traversé depuis ce soir de juillet 2014, à Porto Alegre, où les Fennecs avaient tenu tête à l’Allemagne — future championne du monde — avant de s’incliner en prolongation sur le score de deux buts à un. Un moment de grâce collective qui avait élevé une nation entière, et dont l’ombre a paradoxalement pesé sur les années suivantes. Deux échecs en qualification. Il est avec Mahrez et Bentaleb, l’un des rescapés du mondial brésilien. Deux absences au Mondial. Une traversée du désert que le joueur le plus capé de l’histoire des Verts décrit sans fard : « On a eu beaucoup de moments difficiles en équipe nationale après cette Coupe du monde. Mais à force de travail et de persévérance, on a fait le nécessaire pour retrouver enfin une Coupe du monde après deux échecs. »
Le plus douloureux de ces deux échecs reste gravé dans toutes les mémoires. C’était en mars 2022, à Blida, sous une pression atmosphérique insoutenable : l’Algérie, invaincue depuis 35 matches, s’inclinait face au Cameroun au terme d’un barrage qui avait déchiré les espoirs d’une qualification pour le Mondial au Qatar. Une blessure collective, un trauma sportif dont le pays a mis du temps à se relever. Mandi, lui, en a tiré une leçon qu’il formule avec la concision des hommes qui ont appris à leurs dépens : « Ce qui fait la différence, c’est d’être plus fort en tant que groupe. »
C’est précisément ce groupe, rajeuni, reconstruit, qui s’apprête à fouler les pelouses américaines, canadiennes et mexicaines lors du Mondial 2026. L’Algérie est versée dans le groupe J, aux côtés de l’Argentine championne du monde en titre, de l’Autriche et de la Jordanie. Un tirage qui ne manque pas de piquant — croiser Messi et les siens dès la phase de groupes est une perspective qui fait autant frémir qu’elle galvanise. Mandi, lui, ne se perd pas dans les projections individuelles. À 34 ans, celui que ses coéquipiers regardent désormais comme un ancêtre bienveillant dans le vestiaire assume pleinement son rôle de passeur de mémoire. Il dit vouloir transmettre aux plus jeunes ce que le maillot vert et blanc exige vraiment — non pas la technique, qu’on acquiert sur les terrains d’entraînement, mais quelque chose de plus difficile à codifier : le sens de la responsabilité collective, la conscience que derrière chaque relance manquée ou chaque tacle raté, il y a des millions de gens qui retiennent leur souffle.
L’image qu’il dessine de l’Algérie 2026, quand on l’interroge sur le sujet, tient en trois phrases qui se suffisent à elles-mêmes. « De la passion. Des joueurs qui se donnent à 100 % pour rendre fier un pays. Une équipe qui ne lâche rien. » Pas de promesse de titre, pas de grande déclaration sur les adversaires. Juste cette idée, ancrée profondément, que le football peut encore être ce lien viscéral entre un peuple et ceux qui le représentent sur un terrain. Douze ans après Porto Alegre, l’Algérie revient donc sur la scène mondiale avec le poids de l’histoire sur les épaules — et apparemment, la volonté d’en faire une force plutôt qu’un fardeau. Mandi, lui, a déjà joué cette partition une fois. Il sait comment elle commence. Il sait aussi qu’on n’en maîtrise jamais vraiment la fin. Mais entre les deux, il y a le terrain. Et sur le terrain, il a promis.
Moncef D.

