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Ban Ki-moon à Alger : L’Algérie « bien placée » pour peser sur le climat

 « Aucun pays dans ce monde, aussi puissant ou riche en ressources soit-il, ne peut parvenir seul à un meilleur et durable développement. » C’est par cette conviction, répétée depuis ses années à la tête des Nations Unies, que Ban Ki-moon a ouvert mardi à Alger la cérémonie d’inauguration du bureau algérien de l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI). À ses côtés, la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, qui a co-présidé l’événement. Le message est simple, mais il prend un relief particulier prononcé dans la capitale d’un pays qui vient tout juste de rejoindre l’organisation, en 2025, et qui cherche à convertir ses ambitions environnementales en partenariats concrets.

La cérémonie, tenue au siège du ministère de l’Environnement, a réuni le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Lounès Magramane, la représentante résidente du PNUD en Algérie, Natasha Van Rijn, ainsi que des membres du corps diplomatique accrédité à Alger. La présence de ces acteurs n’est pas anodine : elle signale que l’ouverture de ce bureau dépasse le registre purement technique pour s’inscrire dans un agenda diplomatique plus large. L’Institut mondial pour la croissance verte est une organisation intergouvernementale fondée en 2012, dont le siège est à Séoul. Sa mission : renforcer les capacités techniques des États membres dans les domaines liés à la croissance verte et à la durabilité. Concrètement, il accompagne les gouvernements dans la conception et la mise en œuvre de politiques économiques qui découplent la croissance des émissions de gaz à effet de serre — transition énergétique, agriculture durable, gestion de l’eau, économie circulaire. L’Algérie en est membre depuis mi-2025, conformément aux orientations du président Tebboune, qui a reçu Ban Ki-moon la veille à El Mouradia et lui a décerné la médaille « Athir » de l’Ordre du mérite national.

Pour Alger, l’adhésion au GGGI s’inscrit dans une séquence cohérente. Depuis plusieurs années, l’État multiplie les signaux en direction de la transition verte : programme de développement des énergies renouvelables, projets solaires dans le Sud, travaux préliminaires sur l’hydrogène vert, engagements climatiques dans le cadre des accords de Paris. Mais ces ambitions butent sur un déficit de capacités techniques, de transfert de savoir-faire et d’accès aux financements climatiques internationaux. C’est précisément dans ces lacunes que le GGGI peut être utile.

Dans la matinée, avant l’inauguration du bureau, Ban Ki-moon s’était exprimé lors d’une conférence au ministère des Affaires étrangères, sous le thème « Renforcer les partenariats en faveur de la croissance verte ». Son propos sur l’Algérie était direct. « L’Algérie peut jouer un rôle important dans les efforts de développement durable, en tant qu’acteur diplomatique respecté, trait d’union entre l’Afrique, le monde arabe et la région méditerranéenne et pionnière de la coopération Sud-Sud », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « grâce à sa position stratégique privilégiée, l’Algérie est bien placée pour promouvoir le dialogue et l’action collective sur les questions du climat et du développement durable, qui dépassent aujourd’hui le simple cadre environnemental pour s’imposer comme des enjeux économiques, de développement et de sécurité mondiale touchant tous les aspects de la vie et toutes les catégories de la société ». Il a également salué, lors de cette conférence, « la vision clairvoyante et à long terme qui pousse à travailler avec les organisations internationales, notamment l’Institut mondial pour la croissance verte », et exprimé sa « profonde gratitude » pour « l’engagement constant de l’Algérie à œuvrer avec les Nations Unies, les peuples du monde et le peuple algérien en faveur d’un monde meilleur et durable pour tous ».

Le bureau d’Alger de GGGI, tête de pont pour l’Afrique

L’enjeu du bureau d’Alger dépasse les frontières algériennes. Ban Ki-moon l’a dit clairement : cette structure représente « une opportunité pour les employés de l’Institut mondial pour la croissance verte de travailler pour les peuples d’Afrique ». Le bureau aura pour missions de renforcer la coopération dans les domaines du développement durable, de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement et de l’économie verte. Lors de la cérémonie d’inauguration, des présentations ont été faites sur l’écosystème algérien des startups actives dans l’économie verte et les technologies agricoles — un signal que le partenariat ne se limitera pas aux échanges entre administrations, mais cherchera à impliquer le tissu entrepreneurial privé. Lounès Magramane a, pour sa part, réaffirmé que « les questions liées au climat et à la croissance verte figurent aujourd’hui en tête de l’agenda diplomatique mondial » et que « la vision de l’Algérie en matière de développement durable s’inscrit dans le cadre d’un projet intégré tenant compte du respect des normes environnementales et de la souveraineté nationale ». L’Algérie dispose de l’un des plus importants gisements d’énergie solaire au monde, d’un potentiel en hydrogène vert qui intéresse plusieurs partenaires européens, et d’une superficie agricole qui représente un atout réel.

Lyna Larbi

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