Une nouvelle gouvernance de l’AAPI mise en place : Lever les verrous sur l’investissement
Vingt mille projets d’investissement effectivement réalisés avant la fin de l’année 2029. C’est l’objectif fixé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune que le Premier ministre Sifi Ghrieb a remis au centre de la table dimanche à Alger, lors de la cérémonie d’installation du Conseil d’administration de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Mais au-delà du chiffre, c’est une transformation de fond dans le fonctionnement du guichet unique de l’investissement que Ghrieb a annoncée.
Il y a une urgence dans le ton. Dimanche, le Premier ministre Sifi Ghrieb a installé officiellement le conseil d’administration de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). L’occasion pour lui de rappeler un chiffre qui résume à lui seul l’ambition des pouvoirs publics. 20.000 projets d’investissement effectivement réalisés d’ici à la fin de l’année 2029, conformément à l’objectif fixé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Trois ans, un calendrier serré et une pression institutionnelle qui ne laisse plus de place aux demi-mesures. La cérémonie s’est tenue en présence de plusieurs membres du gouvernement, de responsables d’institutions nationales, du directeur général de l’AAPI, Omar Rekkache, ainsi que de représentants des organisations patronales et des associations professionnelles.
Un conseil élevé au rang des décideurs
La première décision concrète de cette journée tient dans la composition même du nouveau conseil d’administration. Contrairement aux configurations précédentes, l’instance est désormais composée des secrétaires généraux des ministères concernés par le dossier de l’investissement. Un choix délibéré, assumé publiquement par Ghrieb, qui y voit bien plus qu’un simple réajustement d’organigramme. Ce relèvement du niveau de représentation, a-t-il expliqué, « reflète la volonté de l’État de doter l’Agence d’outils plus efficaces en matière de coordination et de prise de décision, lui permettant de répondre de manière optimale aux préoccupations des investisseurs et d’accompagner leurs projets, notamment en ce qui concerne l’orientation du foncier économique ».
C’est précisément sur la question du foncier que se nouent, depuis des années, les blocages les plus tenaces du parcours d’investissement en Algérie. Attribuer des terrains industriels dans des délais raisonnables, orienter les porteurs de projets vers les zones adaptées à leurs activités, éviter les conflits de compétences entre administrations, autant de chantiers récurrents que le nouveau conseil est censé débloquer grâce à sa capacité de décision transversale. Le Conseil est présenté par Ghrieb comme «un cadre permanent de concertation, de coordination et de prise de décision permettant d’assurer la cohérence entre les politiques sectorielles et les exigences de promotion de l’investissement, ainsi qu’une prise en charge rapide et efficace des dossiers nécessitant l’intervention simultanée de plusieurs secteurs».
Guichet unique : de la promesse à la délégation de signature
Ghrieb a annoncé que l’installation du conseil coïncide avec « le lancement de l’opération d’installation des représentants des administrations et organismes publics au niveau des guichets uniques de l’investissement, munis de délégations de signature et de l’ensemble des prérogatives qui leur sont légalement conférées ».
La délégation de signature est en ce sens une nouveauté substantielle. Pendant des années, le guichet unique a fonctionné comme une vitrine administrative, un point d’entrée où l’investisseur déposait ses dossiers avant de les voir repartir dans les labyrinthes des départements ministériels concernés, pour ne revenir que plusieurs mois plus tard, estampillés ou rejetés sans explication claire. La promesse d’une décision prise directement « au niveau du guichet unique », sans renvoi systématique vers les hiérarchies ministérielles, constitue « une avancée majeure vers la simplification des procédures et la réduction des délais de réalisation des projets d’investissement », selon les propres termes du Premier ministre. Le cadre réglementaire existe. Il est posé par le décret exécutif n° 26-153 du 14 avril 2026, portant réorganisation de l’AAPI et renforcement de ses prérogatives ainsi que de ses mécanismes de fonctionnement.
Une gouvernance qui change de logique
Au-delà de la mécanique institutionnelle, c’est un changement de paradigme que Ghrieb a tenté de formuler. L’ancienne approche, recevoir les dossiers, les instruire, les valider ou les rejeter, laisse place, selon lui, à une double vision inédite, « une vision proactive consistant à identifier les investissements réellement réalisables avant l’engagement des procédures, et une vision prospective visant à orienter les investissements vers les secteurs prioritaires pour l’économie nationale ».
Traduit concrètement, l’AAPI ne serait plus seulement un guichet d’enregistrement mais un acteur de l’orientation économique, capable de dire à un investisseur non seulement si son dossier est en règle, mais aussi si son projet correspond aux besoins réels de l’économie algérienne, et vers quelle zone géographique ou quel créneau sectoriel il devrait orienter son engagement. Car l’enjeu dépasse la seule fluidité administrative. Ghrieb l’a dit sans ambages. L’effort d’investissement doit être orienté vers « les activités à forte valeur ajoutée et à impact direct sur le développement, notamment à travers la création d’emplois et la réalisation d’un développement régional équilibré ».
Ghrieb insiste aussi sur la « conjugaison des efforts de l’ensemble des acteurs » comme condition sine qua non pour atteindre cet objectif « ambitieux », qu’il relie directement à « la volonté de l’État d’opérer un saut qualitatif de l’économie nationale, de renforcer les fondements du développement durable et de créer de la richesse et des postes d’emploi ».
Enfin et en exhortant les membres du nouveau conseil à œuvrer pour garantir « les plus hauts niveaux de cohérence et d’efficacité dans l’examen des dossiers » et à prendre « les décisions dans les délais appropriés, conformément aux impératifs d’efficacité et de célérité qu’impose le domaine de l’investissement », Ghrieb a posé fixé le cap pour l’action de l’Exécutif.
Sabrina Aziouez

