L’ANIE suit de près le déroulement du rendez-vous électoral : Un test crucial pour les réformes politiques
À la veille du scrutin du 2 juillet, l’ANIE affiche sa volonté de conjuguer nouveauté institutionnelle et continuité démocratique, dans un contexte où la refonte de la carte administrative et électorale place cette élection sous un regard particulièrement scruté, tant à l’intérieur du pays qu’au sein d’une diaspora appelée à peser davantage sur la composition du futur Parlement.
Le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Karim Khelfane, a présidé mercredi une réunion du Conseil de l’Autorité consacrée au bilan du déroulement du processus électoral, depuis la convocation du corps électoral par le président de la République jusqu’à la phase du silence électoral qui précède désormais le scrutin législatif du 2 juillet. Selon un communiqué de l’institution, les échanges ont porté sur le vote de la communauté nationale à l’étranger, sur les bureaux itinérants déployés dans quinze wilayas du Sud, et sur les derniers préparatifs devant garantir le bon déroulement de la journée électorale.
Ce rendez-vous n’a rien d’un scrutin ordinaire. Il s’agit du premier test électoral majeur depuis l’entrée en vigueur d’une série de réformes qui ont profondément redessiné le paysage institutionnel algérien. La loi organique n° 26-06 du 4 avril 2026, publiée au Journal officiel, a fait passer le pays de 58 à 69 wilayas, un bouleversement touchant selon les chiffres officiels plus de deux millions et demi d’habitants, réparti sur 400 et 108 communes. Cette réforme administrative, présentée par les autorités comme un outil de « rapprochement de l’administration du citoyen », a mécaniquement imposé une refonte de la carte électorale.
Le nombre de circonscriptions législatives est ainsi passé de 58 à 69, en plus de la circonscription réservée à la communauté nationale établie à l’étranger. Le critère démographique a remplacé l’ancienne logique uniforme de répartition des sièges, avec un député pour chaque tranche de cent vingt mille habitants et un minimum garanti pour les wilayas les moins peuplées. Conséquence directe, certaines grandes villes perdent en poids parlementaire. Alger recule de trois sièges, passant de 34 à 31 élus, tandis qu’Oran en cède un et se retrouve à seize représentants. À l’inverse, la diaspora voit sa représentation nettement renforcée, avec douze sièges à l’Assemblée populaire nationale contre huit auparavant, un choix que les autorités justifient par la volonté de mieux intégrer les Algériens de l’étranger dans la vie politique nationale.
Sur le plan du régime électoral proprement dit, l’ordonnance modifiant et complétant le texte de mars 2021 a introduit plusieurs ajustements présentés par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, comme des mesures visant à « renforcer la pratique démocratique fondée sur des bases constitutionnelles solides ». Le nombre de signatures exigées pour valider une liste de candidats a été réduit, les critères de candidature ont été durcis avec l’exigence d’une situation fiscale régulière, et l’Autorité elle-même a été restructurée, son Conseil passant de vingt à dix membres, dans un souci affiché de séparer les prérogatives électorales de l’ANIE des missions logistiques relevant du ministère de l’Intérieur. Ces changements institutionnels expliquent en partie l’attention particulière accordée par le Conseil de l’ANIE au déroulement du vote dans les zones les plus sensibles du territoire. Dans le Sud, les bureaux itinérants ont poursuivi mercredi leur tournée à Béni Abbès, Béchar et Naâma, où des équipes mobiles desservent les populations nomades et les localités éloignées comme Timoudi, Ksabi ou Oued Lakhdar. Le coordinateur de wilaya de l’ANIE à Béni Abbès, Mohamed Djermani, a assuré que « tous les moyens matériels, humains et logistiques nécessaires ont été mobilisés » pour garantir le bon déroulement de l’opération, tandis qu’à Naâma, Sayah Hamza a souligné la présence des représentants des listes candidates dans l’ensemble des bureaux mobiles.
À l’étranger, la mobilisation s’est également intensifiée. À Istanbul, le consul général Mustapha Boudib a fait état d’une participation « dans les meilleures conditions », portée par des électeurs venus parfois de très loin, à l’image de Rachida Saadi, arrivée d’Adana après seize heures de route. À Paris, le coordinateur de zone de l’ANIE, Mahmoud Siad, a relevé « une augmentation constante du nombre de votants » à travers les cinquante-six bureaux déployés en Île-de-France, tandis qu’à Marseille et à Tunis, le mouvement associatif et les consulats ont multiplié les initiatives pour faciliter l’accès aux urnes malgré la canicule qui frappe le sud de l’Europe.
À la veille du scrutin du 2 juillet, l’ANIE affiche sa volonté de conjuguer nouveauté institutionnelle et continuité démocratique, dans un contexte où la refonte de la carte administrative et électorale place cette élection sous un regard particulièrement scruté, tant à l’intérieur du pays qu’au sein d’une diaspora appelée à peser davantage sur la composition du futur Parlement.
Salim Amokrane

