Lutte contre les incendies en Algérie : La Banque mondiale salue le passage « des flammes à la résilience »
Un rapport de la Banque mondiale, dévoilé il y a quelques jours et consacré à la gestion forestière en Algérie, dresse le bilan de près de quatre décennies de lutte contre les feux de forêt et trace les contours d’une stratégie nationale résolument tournée vers la prévention.
Intitulé « From Fire to Resilience: Rethinking How Algeria Manages Its Forests », le document, élaboré en partenariat avec le gouvernement algérien à travers le fonds fiduciaire PROGREEN, revient sur la catastrophe de l’été 2021 pour mieux éclairer la transformation en cours dans les wilayas du Nord, particulièrement exposées aux mégafeux.
C’est un été que les Algériens n’ont pas oublié. En août 2021, les collines de Béjaïa, El Tarf et Tizi Ouzou avaient disparu sous des murs de fumée, dans des incendies d’une violence inédite qui avaient coûté la vie à plus de cent personnes et causé pour plus de 124 millions de dollars de dégâts agricoles et immobiliers. Ce drame, souligne la Banque mondiale, n’était que la manifestation la plus violente d’une tendance de fond, car entre 1985 et 2022, l’Algérie a enregistré plus de 75 000 incendies de forêt, brûlant en moyenne 35 000 hectares chaque année, soit l’équivalent de 50 000 terrains de football. Ce qui inquiète les experts n’est pas seulement la fréquence de ces feux, mais leur intensité croissante, nourrie par des sécheresses prolongées, la hausse des températures et la dégradation des sols, qui favorisent l’apparition de mégafeux plus rapides et plus destructeurs.
Passer de l’extinction à la prévention
Pendant des décennies, la doctrine nationale s’est concentrée sur l’extinction des feux une fois déclarés. Mais l’allongement des saisons à risque impose désormais une approche globale, de la prévention à la reconstruction. « Pour faire face aux incendies de forêt en Algérie, la priorité est de passer d’une approche purement réactive à une démarche axée sur la prévention, une gestion résiliente des paysages et une gouvernance renforcée de l’environnement », explique Maria Sarraf, cheffe de service au pôle Environnement de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan.
Le diagnostic mené avec les autorités algériennes pointe plusieurs fragilités structurelles à l’image des plans de gestion forestière obsolètes, des délimitations de forêts encore incomplètes exposant ces dernières aux empiètements, des systèmes de données éclatés qui empêchent une vision cohérente des risques, une coordination interinstitutionnelle perfectible, ainsi que la pression du surpâturage et des défrichements illégaux.
Face à ces constats, Béjaïa, deuxième wilaya la plus touchée du pays avec près de 5 300 incendies et plus de 144 000 hectares ravagés entre 1985 et 2022, sert de terrain pilote. Un plan national d’investissement est en préparation pour généraliser les systèmes d’alerte précoce, combinant drones, caméras de surveillance, pistes d’accès et réseaux d’approvisionnement en eau.
Des réformes législatives structurantes
Le rapport salue à ce titre l’adoption de la loi forestière de 2023 et de la loi sur la gestion des risques de catastrophe de 2024, deux textes qui renforcent la gouvernance du risque incendie tout en ouvrant la voie à l’investissement privé et à une participation accrue des populations locales. « La gestion des risques d’incendie de forêt en Algérie évolue vers un modèle plus intégré et anticipatif, qui privilégie la prévention, la préparation et la résilience au lieu de s’attacher uniquement à répondre à l’urgence », commente Hamid Afra, délégué national aux risques majeurs au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire.
Ce basculement stratégique commence à porter ses fruits sur le terrain. Selon le bilan présenté en mars dernier par la Direction générale des forêts devant la Commission nationale de protection des forêts, la superficie incendiée en 2025 s’est établie à 5 289 hectares, soit une baisse spectaculaire de 90 % par rapport à la moyenne décennale de 40 000 hectares. Pour la campagne 2026, le dispositif national a été considérablement renforcé, avec 140 drones de détection déployés, quatre fois plus qu’en 2025, épaulés par l’imagerie satellitaire de l’Agence spatiale algérienne. Plus de 6 000 agents sillonnent le territoire, appuyés par des colonnes mobiles, de nouvelles tours de guet et des points d’eau stratégiques.
L’économie forestière, clé de la résilience
Au-delà des dispositifs de lutte, la Banque mondiale insiste sur la nécessité de revaloriser économiquement les forêts algériennes pour en assurer la protection durable. Liège, résine, huiles essentielles, plantes médicinales et écotourisme représentent autant de filières porteuses, susceptibles de créer des emplois et d’inciter les communautés riveraines à devenir actrices de la préservation de ce patrimoine. Une attention particulière est portée à la jeunesse, appelée à former une nouvelle génération de gardiens des forêts.
« On assiste en Algérie à une véritable prise de conscience du fait que les incendies de forêt ne sont plus seulement un problème environnemental, mais bien un enjeu de développement », souligne Cemile Hacibeyoglu Ceren, représentante résidente de la Banque mondiale en Algérie, qui voit dans ces efforts la construction de systèmes capables de mieux protéger, dans la durée, à la fois les populations et les ressources naturelles.
Le message central du rapport rejoint celui que répètent chaque été les autorités algériennes, on ne peut éliminer le risque d’incendie, mais on peut en réduire drastiquement l’impact. À condition d’investir dans la durée, de coordonner les institutions et d’associer pleinement les populations locales, les forêts algériennes pourraient devenir, selon la Banque mondiale, un pilier de la résilience climatique du pays plutôt qu’une menace récurrente.
Salim Benisid

