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Nouvelle escalade militaire dans le Golfe

Les Etats-Unis et l’Iran ont procédé, dans la nuit de samedi à dimanche, à de nouveaux échanges de frappes dans le Golfe, après l’attaque d’un navire commercial dans le détroit d’Ormuz, ravivant les tensions dans une région déjà fragilisée par plusieurs mois de guerre, selon les autorités des deux pays et plusieurs Etats riverains.

Le président américain, Donald Trump, a affirmé, dimanche, que les forces américaines avaient frappé l’Iran « très fort » durant la nuit, évoquant un accord qui semblait en bonne voie avant cette reprise des hostilités. « Nous avions un accord avec eux hier. Ils cédaient sur tout, et d’un coup, deux heures après ça, ils ont frappé un navire avec un drone », a-t-il déclaré à la chaîne CNN. Le commandement central américain pour le Moyen-Orient (CentCom) impute l’attaque contre le porte-conteneurs GFS Galaxy, battant pavillon chypriote, à l’Iran, précisant qu’elle a eu lieu, selon l’agence britannique de sécurité maritime UKMTO, à environ 17 kilomètres à l’est de la péninsule de Musandam, dans le sultanat d’Oman, provoquant un incendie à bord et l’évacuation de l’équipage. Oman a indiqué avoir secouru 23 membres d’équipage, les opérations de recherche se poursuivant pour un marin porté disparu.

De leur côté, les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir visé deux navires dans le détroit d’Ormuz, justifiant le tir contre le premier par le fait qu’il empruntait une « route non autorisée ». Téhéran a par ailleurs fait état de la mort d’un lieutenant de la marine iranienne, Hamidreza Dehghani, dans des frappes américaines contre le port de Jask, dans le sud du pays, selon les agences Mehr et Tasnim, qui évoquent une « attaque criminelle et terroriste ». Le corps des Gardiens de la révolution a également indiqué avoir intercepté un missile de croisière américain près de Khorramabad, dans la province du Lorestan. Plusieurs pays du Golfe ont fait état d’attaques sur leur territoire. La Jordanie a annoncé avoir été touchée par trois missiles tirés depuis le territoire iranien, sans faire état de victimes, l’armée jordanienne affirmant qu’elle « répondra[it] de manière ferme à toute menace contre sa souveraineté ». Bahreïn a indiqué avoir intercepté et détruit plusieurs drones, dénonçant une « démarche hostile systématique » et une « violation flagrante du droit international humanitaire ». Le Qatar a fait état de trois blessés, dont un enfant, touchés par des débris issus d’une opération d’interception, et a appelé les navires à suspendre temporairement leurs activités en mer. Oman a rapporté des frappes de drones visant le gouvernorat de Musandam et a convoqué l’ambassadeur iranien pour lui remettre une « note de protestation », rappelant « la nécessité de respecter les principes de souveraineté nationale ». Le Qatar, Bahreïn et l’Arabie saoudite ont respectivement dénoncé une « dangereuse escalade », une « démarche hostile systématique » et une « attitude déstabilisante ».

L’Inde a annoncé que onze de ses ressortissants se trouvaient à bord du navire attaqué dans le détroit d’Ormuz, dont dix ont été secourus, un marin restant porté disparu. New Delhi a jugé les attaques contre des navires commerciaux « particulièrement préoccupantes » et appelé au rétablissement rapide d’une navigation « libre et sans entrave ».

Ormuz, l’enjeu le plus important

Les divergences concernent la navigation dans le détroit d’Ormuz. L’Autorité du détroit du golfe Persique, structure mise en place par l’Iran, a affirmé que le transit y était « actuellement impossible » en raison des « mouvements illégaux des forces militaires des Etats-Unis », précisant que les autorisations seraient délivrées « dès que la stabilité et le calme seront rétablis ». Le CentCom a de son côté assuré que le détroit restait « ouvert à tous les navires souhaitant transiter légalement », affirmant que « l’Iran ne contrôle pas » cette voie et que plus de 140 navires l’avaient emprunté au cours des sept derniers jours. L’UKMTO a, pour sa part, indiqué que la « route sud », passant par les eaux omanaises, demeurait praticable et avait été élargie, tout en maintenant à un niveau « sévère » son évaluation de la menace pour la sécurité maritime.

Le Pakistan a appelé à la « désescalade », son ministre des Affaires étrangères ayant exhorté les parties, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue iranien Abbas Araghtchi, à « faire preuve de retenue », rappelant que « le dialogue et la diplomatie rest[ai]ent la seule voie viable ».

Sur le plan politique, Mohsen Rezaï, conseiller militaire du Guide suprême iranien, a estimé que le détroit d’Ormuz constituait un enjeu « plus important » pour l’Iran que son programme nucléaire, affirmant que « ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d’Iran le protégera ». Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a par ailleurs indiqué que la gestion future du trafic dans le détroit devait faire l’objet d’une concertation entre l’Iran et Oman, tenant compte des « évolutions des derniers mois ».

Lyes Saïdi

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