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L’Algérie consolide ses positions sur le marché gazier européen

Le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures Mohamed Arkab, s’est entretenu mardi par visioconférence avec le ministre fédéral de l’Energie de Bosnie-Herzégovine, Vedran Lakic, pour examiner le renforcement de la coopération bilatérale dans les hydrocarbures. Un échange technique, mais qui s’inscrit dans une conjoncture où l’Algérie consolide ses positions sur l’échiquier gazier européen, de l’Allemagne à la Slovénie, en passant par la République tchèque.

Selon le communiqué du ministère, la rencontre s’est tenue « dans le cadre de la dynamique positive marquant les relations bilatérales » entre Alger et Sarajevo, en présence de l’ambassadeur d’Algérie en Bosnie-Herzégovine et des dirigeants d’Energoinvest et de la compagnie bosnienne des hydrocarbures. Les discussions ont porté sur le pétrole brut, le GNL, le GPL, ainsi que sur l’industrie des engrais, ammoniac et urée, et sur d’éventuels partenariats industriels entre Sonatrach et les opérateurs bosniens. M. Arkab a réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à partager son expertise, un partenariat de nature, selon lui, à ouvrir des perspectives prometteuses. Son homologue bosnien a de son côté salué le niveau des relations et souhaité voir davantage d’entreprises de son pays s’implanter sur le marché algérien.

Ce dialogue avec Sarajevo s’ajoute à une série d’accords conclus ces dernières semaines qui dessinent une carte européenne du gaz algérien largement redessinée. A Berlin, Sonatrach et la compagnie allemande VNG ont signé le 16 juillet un nouveau contrat d’approvisionnement, présenté par Mohamed Arkab comme venant « couronner un long parcours de confiance et de coopération » entre les deux groupes et confirmant le statut de fournisseur fiable de l’Algérie. L’accord fait suite à la toute première cargaison de GNL algérien livrée en Allemagne le 2 juillet, au terminal flottant de Wilhelmshaven, et s’accompagne d’un second volet consacré à l’hydrogène vert.

Plus à l’est, la Slovénie a consolidé dès mai 2026 un contrat avec Geoplin portant les livraisons algériennes à 500 millions de mètres cubes annuels pour la période 2026-2027, l’Algérie couvrant désormais la moitié de la consommation gazière slovène. La République tchèque a suivi le mouvement avec un accord permettant de couvrir la consommation annuelle d’environ 100 000 foyers, dans une logique explicite de réduction de la dépendance au gaz russe. Aux Pays-Bas, Sonatrach a également renoué avec une clientèle occasionnelle en acheminant 68 000 tonnes de GNL en mai, une première réapparition depuis deux ans. Cette diversification vers l’Europe centrale et septentrionale, où les pays baltes affichent eux aussi une volonté déclarée de s’émanciper des approvisionnements russes, s’ajoute aux positions historiques consolidées en Espagne, où les volumes acheminés par le gazoduc Medgaz ont bondi de près de 64 % sur un an en mai, et en Italie, toujours premier client européen de l’Algérie.

Hausse continue des importations européennes de gaz algérien

Le rapport de conjoncture du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF) de juillet 2026 vient confirmer cette dynamique. Le document relève qu’une hausse de l’offre algérienne a soutenu une expansion continue des importations européennes de gaz par gazoduc « chaque mois de l’année 2026 », avec des flux en progression vers la quasi-totalité des points d’entrée du continent, à l’exception des Pays-Bas, entre janvier et juin. Sur ce premier semestre, les livraisons algériennes vers l’Espagne ont crû de 13 % en glissement annuel, une performance comparable à celle de la Norvège vers la Pologne et la France. En juin seul, les importations européennes de gaz par pipeline ont progressé de 4 % sur un an, portant le cumul semestriel à 73 milliards de mètres cubes, en hausse de 3 %. D’après des données antérieures du même Forum, l’Algérie occupe déjà la première place parmi les fournisseurs africains de l’Union européenne, avec 17,4 % des importations gazières par gazoduc.

Cette montée en puissance profite d’une conjoncture géopolitique exceptionnellement favorable. L’interdiction progressive des importations russes décidée par le Conseil européen, effective depuis le 18 mars 2026, a accéléré la recomposition des flux amorcée par la guerre en Ukraine. A cela s’ajoute le choc provoqué par l’escalade militaire au Moyen-Orient dans le cadre de la guerre isréalo-américaine déclenchée le 28 février contre l’Iran, et les tensions qui ont suivi dans le détroit d’Ormuz qui ont brutalement réorienté les achats européens vers des fournisseurs jugés plus sûrs. Les exportations algériennes de GNL avaient alors bondi de 74 % en quelques semaines. Consciente de cette fenêtre, Sonatrach a engagé un plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur 2026-2030 destiné à doubler sa production gazière, jusqu’à 200 milliards de mètres cubes annuels, de quoi asseoir durablement une présence déjà en pleine expansion, de a péninsule ibérique à la mer Baltique.

Samira Ghrib

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