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Près de 4000 micro-opérateurs ont sollicité une autorisation pour l’importation de 130 milliards USD de marchandises !

La chasse aux fraudeurs lancée

3 961 opérateurs économiques employant entre zéro et cinq travailleurs ont déposé des demandes d’importation totalisant 130,32 milliards de dollars pour le second semestre 2026. Des chiffres jugés disproportionnés par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, qui annonce l’ouverture d’une enquête et pointe des anomalies dans les déclarations d’emploi de ces mêmes opérateurs.

Le traitement des dossiers de programmes prévisionnels d’importation pour le second semestre 2026, effectué via la plateforme numérique dédiée aux matières premières et intrants de production, a livré des résultats qui ne manqueront pas de susciter la controverse. Selon les données extraites de cette plateforme, le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a révélé, dans un communiqué, que 3 961 opérateurs économiques déclarant entre zéro et cinq travailleurs seulement ont introduit des demandes d’importation dont la valeur globale atteint 130,32 milliards de dollars, en attente de visa des services du département ministériel.

Une pyramide de chiffres qui interroge

Le détail, réparti selon le nombre de travailleurs déclarés, dessine une réalité surprenante. 149 opérateurs n’employant aucun travailleur ont déposé des demandes d’une valeur globale de 484,58 millions de dollars. Ils sont 949 à déclarer un seul travailleur, pour 21,84 milliards de dollars cumulés. Le chiffre grimpe avec 851 opérateurs employant deux travailleurs, à l’origine de 76,88 milliards de dollars de requêtes. Viennent ensuite 722 opérateurs déclarant trois travailleurs (15,52 milliards), 641 opérateurs employant quatre travailleurs (1,74 milliard) et 649 opérateurs déclarant cinq travailleurs, pour 13,84 milliards de dollars. Des montants qui, rapportés à la taille apparente de ces structures, interrogent sur l’adéquation entre les volumes sollicités et la capacité réelle des entreprises à les absorber.

Conscient de la portée de ces révélations, le département ministériel a tenu à replacer les choses dans leur contexte réglementaire. Le communiqué souligne que « le caractère prévisionnel des programmes d’importation propres aux opérateurs économiques ne signifie en aucun cas que les estimations soient déconnectées de la réalité économique de l’entreprise ou disproportionnées par rapport à ses capacités et besoins réels ». Une précision qui, loin d’atténuer la portée de l’annonce, en confirme au contraire le sérieux, le caractère provisoire de ces programmes ne saurait servir d’alibi à des déclarations fantaisistes.

Une enquête tous azimuts

La tutelle a annoncé l’ouverture d’une enquête, en coordination avec les secteurs ministériels concernés, portant sur l’ensemble des matières premières, intrants et équipements importés par cette catégorie d’entreprises durant le premier semestre 2026 et les années précédentes. L’objectif est de  croiser quantités et valeurs importées avec la nature de l’activité déclarée, les capacités de production réelles, le nombre de travailleurs déclarés et le volume effectif de l’activité économique. Le ministère prévient qu’à l’issue des vérifications, « les mesures appropriées seront prises conformément aux lois et réglementations en vigueur ».

Le second volet du communiqué concerne la plateforme, qui appuyée sur l’intelligence artificielle, a détecté des schémas de déclaration d’emploi atypiques chez cette même catégorie d’opérateurs, avec des déclarations concentrées sur des périodes coïncidant précisément avec les phases de dépôt des programmes prévisionnels. L’analyse a montré qu’un certain nombre de ces entreprises avaient déclaré des travailleurs auprès de la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés entre janvier et fin mars 2026, avant de ne déclarer aucun employé en avril, mai et juin, puis d’enregistrer de nouvelles déclarations entre le 1er juillet et le 30 septembre, soit les mois du dépôt et de l’étude des programmes prévisionnels. Une enquête sera également ouverte sur ces cas, avec des mesures « conformément aux lois et réglementations en vigueur ».

Un dispositif de traque déjà à l’œuvre

Cette sortie s’inscrit dans la continuité de plusieurs communiqués publiés ces derniers jours concernant les anomalies détectées dans ces programmes. Mercredi, le ministère avait déjà signalé, par le même croisement de données assisté par l’IA, 581 opérateurs ayant déclaré une seule et même localisation GPS pour leurs unités de production, dont 47 recensés dans un unique immeuble d’habitation, ainsi que la confirmation sur le terrain de sociétés fictives. Un autre communiqué avait révélé des concordances suspectes dans 1 013 dossiers, portant sur des documents strictement identiques avec les mêmes attestations CNAS pour 278 opérateurs, CASNOS pour 277 autres, même extrait de rôle fiscal pour 240 opérateurs, même bilan comptable pour 60 autres.

L’accumulation de ces révélations dessine une stratégie assumée par les pouvoirs publics qui ambitionnent mettre fin à des pratiques qui détournent le dispositif des programmes prévisionnels d’importation, tout en évitant que ce resserrement du contrôle ne pénalise les opérateurs de bonne foi ni ne perturbe l’approvisionnement du marché national en matières premières et produits de large consommation. L’enjeu est double car il s’agit d’assainir un système dont la crédibilité repose sur la sincérité des déclarations, et garantir dans le même temps la régularité et la suffisance de l’approvisionnement. Le recours à l’intelligence artificielle pour croiser les bases de données s’impose comme l’instrument central de cette politique de rationalisation, dont les prochaines semaines devraient révéler l’ampleur des suites judiciaires et administratives.

Samir Benisid

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