Lamine Merbah, artisan d’une identité cinématographique nationale, s’est éteint
Le cinéma algérien en deuil
Le réalisateur et producteur Mohamed-Lamine Merbah, figure majeure du septième art algérien plus connu sous le nom de Lamine Merbah, est décédé vendredi à Alger à l’âge de 80 ans, des suites d’une longue maladie, plongeant le monde de la culture dans le deuil.
Né le 28 juillet 1946 à Tighennif, dans la wilaya de Mascara, le défunt avait effectué ses études primaires à Ksar Chellala, dans la wilaya de Tiaret, avant de poursuivre son cursus secondaire au lycée Bencheneb de Médéa. C’est en 1964 qu’il intègre l’Institut national du cinéma, où il se forme jusqu’en 1967, complétant son parcours par un stage à la télévision polonaise en 1968 puis par une licence en sociologie obtenue en 1973 à l’université d’Alger. Il était aussi le fils de Moulay Merbah, figure du mouvement national. Dès le début des années 1970, Lamine Merbah mène de front une double carrière, travaillant pour la maison d’édition SNED tout en réalisant pour la Radiodiffusion télévision algérienne. Sa filmographie, particulièrement dense, s’ouvre avec des téléfilms comme « El Mountassir » en 1969 et « Yadès » en 1970, avant de s’orienter vers des œuvres marquées par l’histoire et la mémoire nationale. On lui doit notamment « Les Spoliateurs » (1972), consacré à la question paysanne, et « Les Déracinés » (1976), long métrage historique porté au grand écran. Il enchaîne les productions pour la télévision durant les décennies suivantes, entre drames sociaux et œuvres à portée révolutionnaire, parmi lesquels « Chaabia » (1974), « Radhia » (1992) ou encore « El Irth » (Héritage, 1994).
En 1988, il est nommé directeur général de l’Entreprise nationale de production audiovisuelle, poste qu’il occupe jusqu’en 1995, année où la maladie le contraint à s’éloigner de la scène pendant plusieurs années. Il fait son retour derrière la caméra en 2002 avec le feuilleton « Le Miroir brisé », puis fonde en 2003 sa propre structure de production, Amine Intaj, à travers laquelle il signera de nombreux feuilletons, films et documentaires, dont « Notre vieille maison » en 2008. Son œuvre documentaire, tournée notamment vers le continent africain et le patrimoine spirituel national, compte également des titres comme « L’Afrique, des ténèbres à la lumière » (2009) et « L’Imam Es-Sanoussi de Tlemcen » (2011).
Dans un communiqué publié sur sa page Facebook, le ministère de la Culture et des Arts a fait part de la tristesse de la ministre Malika Bendouda à l’annonce de cette disparition, saluant la mémoire d’un homme dont la carrière exceptionnelle aura contribué à bâtir « une véritable identité cinématographique algérienne ». L’institution a souligné que le paysage audiovisuel national perd avec lui une figure qui, durant des décennies, aura enrichi le cinéma algérien tout en donnant à voir et à comprendre l’identité du pays.
Au-delà des chiffres d’une filmographie qui s’étend sur près d’un demi-siècle, c’est le portrait d’un cinéaste-témoin qui se dessine, celui d’un homme de la génération des bâtisseurs, formé au lendemain de l’indépendance, qui aura consacré son travail à la mise en images de la mémoire collective, de la révolution aux mutations de la société algérienne. Ses œuvres pour le petit comme pour le grand écran ont accompagné plusieurs générations de spectateurs, et nombre de professionnels de l’audiovisuel national reconnaissent en lui l’un des pionniers ayant contribué à structurer le cinéma et la télévision algériens dans les premières décennies de leur existence.
La ministre de la Culture et des Arts a présenté ses condoléances les plus sincères à la famille du défunt ainsi qu’à l’ensemble de la communauté artistique et cinématographique, formulant le vœu que le disparu repose dans la miséricorde divine. Avec la disparition de Lamine Merbah, c’est une page importante de l’histoire du cinéma algérien qui se tourne. Il laisse derrière lui une œuvre abondante, plusieurs fois saluée pour sa contribution à la construction d’un regard national sur l’écran, et qui continuera d’inspirer les générations de cinéastes à venir.
Mohand Seghir

