Tebboune préside une réunion sur la prison de haute sécurité de Tanezrouft : L’Alcatraz des barons de la drogue prend forme
Six jours après l’annonce de sa création par le Haut Conseil de sécurité, la future prison de haute sécurité destinée aux narcotrafiquants dans l’extrême Sud-ouest algérien franchit une nouvelle étape. Le président Tebboune a présidé mardi une réunion consacrée à l’avancement des travaux, avant le transfert de l’établissement au ministère de la Justice.
Le président de la République, Chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, M. Abdelmadjid Tebboune, a présidé, mardi à Alger, une réunion de travail consacrée à l’état d’avancement des travaux de transformation de la caserne militaire du désert du Tanezrouft en prison de haute sécurité pour les barons de la drogue et les narcotrafiquants, ainsi qu’aux modalités de sa réception en vue de son placement sous la tutelle du ministère de la Justice et de sa mise en service.
Selon le communiqué de la Présidence de la République, cette rencontre a réuni le Général d’Armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et Chef d’État-major de l’Armée nationale populaire, M. Lotfi Boudjemaa, ministre de la Justice, garde des Sceaux, plusieurs officiers supérieurs de l’ANP ainsi que le Directeur général de l’Administration pénitentiaire. Le texte officiel précise que « la réunion a été consacrée à l’état d’avancement des travaux de transformation de la caserne militaire dans le désert du Tanezrouft en une prison pour barons de la drogue et narcotrafiquants, ainsi qu’aux modalités de sa réception en vue de son placement sous la tutelle du ministère de la Justice et de sa mise en service ».
Cette réunion s’inscrit dans le prolongement direct de la décision prise le mercredi 2 septembre par le Haut Conseil de sécurité, réuni sous la présidence du chef de l’État, qui avait acté la transformation de cette ancienne caserne de l’Armée nationale populaire en établissement pénitentiaire dédié aux plus hauts responsables du narcotrafic. Le choix du site ne doit rien au hazard. Situé à l’extrême Sud-ouest du pays, aux confins de la frontière malienne, le Tanezrouft, surnommé « pays de la soif », figure parmi les régions les plus arides et les plus isolées du Sahara, où les températures estivales dépassent régulièrement les 50°C. Un isolement géographique conçu comme un rempart supplémentaire contre toute tentative d’évasion ou de maintien de réseaux de contact depuis l’intérieur des murs. Lors de cette même réunion du 2 septembre, les autorités avaient également décidé la création d’un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue.
L’accélération de ce chantier traduit la dimension désormais stratégique accordée par la présidence à la lutte contre le narcotrafic, érigée en priorité de sécurité nationale. Les chiffres communiqués ces derniers mois par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) donnent la mesure de l’enjeu. En 2025, les services de sécurité ont intercepté plus de 37 tonnes de cannabis, près de 1,5 tonne de cocaïne et plus de 43 millions de comprimés psychotropes, pour plus de 143 000 affaires traitées à l’échelle nationale. Le pays comptait, selon les mêmes sources, plus de trois millions de consommateurs en 2024. Plus récemment, le 21 août dernier, la Direction générale de la Sûreté nationale annonçait le démantèlement d’un réseau international dirigé depuis le Maroc, avec ramifications à Dubaï et en France, à l’issue d’une saisie record de 10,4 millions de comprimés psychotropes et de 33 kg de cocaïne. Vendredi, les services de sécurité ont démantelé un important réseau de narcotrafic à Oran et ont saisi 228 kilos de cocaïne.
C’est dans ce contexte de pression sécuritaire croissante sur les filières transnationales que s’inscrit la future prison du Tanezrouft, conçue comme un outil de rupture avec les réseaux que certains barons parviennent, depuis leurs lieux de détention classiques, à continuer de piloter. En instruisant personnellement le suivi des travaux et en associant à cette réunion l’ensemble de la chaîne de commandement concernée, Défense, Justice, Administration pénitentiaire , le président Tebboune entend marquer, jusque dans le calendrier de mise en service de l’établissement, la continuité et la fermeté de l’action de l’État face à un fléau qui constitue une menace pour la sécurité nationale.
Hocine Fadheli
Lutte contre la drogue
L’Algérie plaide pour une stratégie africaine
Une délégation algérienne, conduite par le directeur général de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT), Tarek Kour, prend part, depuis mardi et jusqu’au 11 septembre à Vienne, aux travaux de la 33e réunion des chefs des services nationaux chargés de l’application des lois sur les drogues en Afrique (HONLEA-Afrique), organisée au Centre international de la capitale autrichienne, indique un communiqué de l’Office.
La délégation, composée de cadres du ministère de la Justice, de représentants des services de sécurité et de la Mission permanente de l’Algérie auprès des organisations internationales à Vienne, participe à cette rencontre qui réunit les responsables africains de la lutte antidrogue aux côtés de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et de la Commission de l’Union africaine.
Cette participation s’inscrit dans « la volonté de renforcer la coopération régionale et internationale et de coordonner les efforts visant à lutter contre le phénomène de la drogue et son trafic illicite », précise le communiqué. Elle offre également à l’Algérie l’occasion de mettre en avant son expérience nationale et de promouvoir « une approche africaine plus coordonnée et efficace », face à l’évolution rapide des réseaux transnationaux.
L’ONLCDT y voit un levier pour consolider la présence algérienne dans les enceintes spécialisées et pour bâtir une coopération fondée sur l’échange d’informations et la coordination judiciaire et opérationnelle. L’Office réaffirme ainsi « l’engagement de l’Algérie à poursuivre l’action commune avec les pays africains », au service de la sécurité et de la stabilité régionales.
R.N.

