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L’accord d’association avec l’UE remis sur la table

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a plaidé, lundi soir, pour une révision en profondeur de l’accord d’association liant l’Algérie à l’Union européenne (UE), estimant que la diversification réussie de l’économie nationale impose de remettre à plat un texte signé en 2005, à une époque où le pays dépendait presque exclusivement de ses exportations pétrolières.

S’exprimant lors de son entrevue périodique avec les représentants des médias nationaux, diffusée sur les chaînes de télévision et de radio publiques, le président de la République a rappelé que la signature de l’accord d’association était intervenue « dans des circonstances exceptionnelles », marquées par une dépendance totale de l’économie nationale aux hydrocarbures. Depuis, a-t-il soutenu, la donne a radicalement changé. « Cet accord doit tenir compte des capacités dont dispose désormais l’économie algérienne grâce à la diversification de sa production», a-t-il souligné.  Pour illustrer ce retournement, il a cité l’exemple du secteur du ciment, importé à hauteur de 3 millions de tonnes en 2016, alors que les capacités de production nationales dépassent aujourd’hui les 40 millions de tonnes,  un secteur passé, en une décennie, du statut d’importateur à celui d’exportateur potentiel.

Le chef de l’État a estimé que la qualité des relations qu’entretient l’Algérie avec la quasi-totalité des pays européens constitue un levier pour engager ce processus de révision. Il a indiqué avoir personnellement insisté, lors de ses entretiens avec des dirigeants européens, notamment espagnols et allemands, sur la nécessité d’ouvrir davantage le marché européen aux produits algériens. Selon lui, les matériaux de construction, les produits sidérurgiques ainsi que les produits agricoles et agroalimentaires nationaux disposent désormais d’une qualité leur permettant d’accéder à ces marchés, une demande « favorablement accueillie » par plusieurs pays, l’Italie en tête.

Partenariat algéro-allemand : une relation d’excellence

Le président Tebboune a par ailleurs consacré une large partie de son intervention aux relations avec l’Allemagne, jugeant qu’elles avaient atteint « un niveau d’excellence » grâce à des accords reposant sur le transfert de technologie. Il a cité le projet Opel de fabrication locale de moteurs automobiles, appelé à permettre à l’Algérie d’accéder à l’industrie mécanique de précision. Dans le domaine énergétique, il a réaffirmé l’ambition du pays de devenir le « principal fournisseur » de l’Allemagne en hydrogène vert, via un gazoduc transitant par l’Autriche, tout en évoquant un projet de centrales solaires destinées à acheminer de l’électricité vers l’Europe à travers l’Italie. Le partenariat s’étend également au secteur pharmaceutique.  L’Allemagne a accepté de céder à l’Algérie quatre molécules de pointe, notamment pour la fabrication de médicaments anticancéreux, un projet qui, selon le président, « n’aurait pas pu voir le jour sans la grande confiance qui marque les relations entre les deux pays ». Il a vu dans cette coopération la preuve que l’Algérie demeure « un partenaire fiable », balayant les discours évoquant un isolement international du pays et affirmant que l’Algérie est « en train de tracer un avenir radieux ».

Vers de nouveaux accords avec Madrid en octobre

Concernant l’Espagne, le chef de l’État a annoncé la signature, en octobre prochain, de plusieurs accords bilatéraux touchant divers secteurs économiques, dont l’énergie, ainsi qu’un projet de partenariat portant sur la production d’équipements destinés aux stations de dessalement d’eau de mer. Sur le plan des hydrocarbures, il a précisé que l’Italie demeure le premier importateur de gaz algérien, devant l’Espagne et la France.

Sécurité régionale : « l’Algérie ne fera jamais de mal à ses voisins »

Le président de la République a enfin abordé la question sécuritaire régionale, affirmant « Je peux vous dire une chose, et les Algériens peuvent en être fiers : leur pays ne fera jamais de mal à ses voisins. » Il a soutenu que le terrorisme n’est ni un héritage ni une fatalité en Afrique, assurant que ce phénomène y a été délibérément importé, et que « ceux qui ont créé le terrorisme et leurs complices sont ceux-là mêmes qui disent vouloir aider les Maliens à régler le problème ». Évoquant la Tunisie, il a averti :« On veut déstabiliser la Tunisie à cause de l’Algérie (…) on ne les laissera pas faire », ajoutant que « celui qui touche la Tunisie nous touche. » Il a également réitéré la disponibilité de l’Algérie à contribuer au règlement de certains dossiers au Moyen-Orient, aux côtés de pays comme l’Égypte et l’Arabie saoudite. Il a également évoqué sans les relations avec les Emirats arabes unis. « Parfois, je parle d’un État minuscule parce que son impact est très négatif. Là où ils mettent le pied, le sang coule, c’est grave et nous avons des preuves », a indiqué le Présient Tebboune. Tout ce que l’Algérie souhaite, c’est que cet État s’éloigne, « pour que le sang ne coule pas chez nous ». « Qu’ils soient pris en charge par l’ONU ou une autre partie, nous, c’est terminé. Nous avons des preuves, nous ne parlons pas dans le vide », a-t-il ajouté.

Algérie-France : Tebboune dénonce une « minorité agissante et bruyante

Le président de la République, a également  recadré le débat sur les relations algéro-françaises, affirmant que l’Algérie n’a de problème ni avec la France ni avec son peuple, mais avec une « minorité agissante et bruyante » qui instrumentalise la relation bilatérale à des fins électorales. Sur la question des visas il a souligné qu’il n’a « jamais demandé un quota de visas », rappelant que les Algériens qui émigrent aujourd’hui sont des intellectuels, médecins et ingénieurs. Ensuite, sur la mémoire, il a affirmé n’avoir « jamais demandé d’excuses », l’Algérie n’étant pas disposée à en réclamer à une génération étrangère aux faits historiques. Enfin, concernant une éventuelle indemnisation, il a assuré que l’Algérie ne « fera jamais la manche », précisant n’avoir demandé réparation que pour les essais nucléaires français, en raison de leurs dégâts sanitaires encore constatés aujourd’hui. Pour le président Tebboune, cette agitation procède d’un héritage remontant à l’OAS. Il a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer cette frange extrémiste du reste de la France. « Ce n’est pas la France, on sait faire la différence », a-t-il affirmé, saluant les nombreux intellectuels et citoyens français honnêtes côtoyés par l’Algérie.

Salim Amokrane

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