L’OIM alerte sur l’étendue de réseaux criminels mondialisés : Gare aux fausses offres d’emploi !
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a tiré la sonnette d’alarme sur l’expansion rapide d’une industrie criminelle transnationale qui piège des demandeurs d’emploi à travers de fausses annonces avant de les contraindre à travailler dans des centres d’escroquerie en ligne. Lors d’une conférence de presse tenue mardi à Genève, la directrice générale de l’organisation, Amy Pope, a décrit ce phénomène comme « l’une des zones de trafic humain qui connaît la croissance la plus rapide au monde », soulignant qu’il pèse désormais plusieurs milliards de dollars. Selon Amy Pope, les victimes de ces réseaux proviennent de plus de 80 pays différents et sont acheminées vers des centres d’escroquerie opérant principalement en Asie. Les recruteurs y déploient une stratégie ciblée, en publiant sur les réseaux sociaux des offres d’emploi à l’apparence banale, destinées en priorité aux personnes maîtrisant bien l’anglais, disposant de compétences technologiques ou d’un niveau d’éducation élevé. Ces profils recherchés sont souvent repérés dans des pays où les perspectives d’emploi demeurent limitées, ce qui les rend particulièrement vulnérables à des promesses de postes à l’étranger.
La responsable de l’OIM a détaillé le mécanisme du piège et explique que « les réseaux criminels menacent les gens avec la promesse d’un emploi. » Une fois arrivées sur place, les victimes découvrent une tout autre réalité. Elles sont enfermées dans des complexes, privées de leurs passeports et de leurs téléphones, et placées sous surveillance constante. Nombre d’entre elles subissent des violences physiques ou psychologiques et sont contraintes, par la peur et la servitude pour dettes, de participer elles-mêmes à des escroqueries visant des victimes dans le monde entier. « Ils subissent souvent des violences physiques ou psychologiques. Ils sont souvent incapables de partir », a précisé Amy Pope.
La directrice générale de l’OIM a insisté sur le caractère structuré de ces filières, qu’elle a qualifiées d’activités « très organisées et de plus en plus mondialisées ». Face à cette expansion, elle a appelé à renforcer l’information du public afin d’aider les candidats à un emploi à l’étranger à repérer les signaux d’alerte avant d’accepter une offre. Elle a recommandé de vérifier systématiquement les informations relatives à l’employeur, les conditions de travail proposées, les coordonnées fournies ainsi que la nature exacte du poste. « Les signaux d’alarme sont là pour quiconque prend la peine de les repérer. Ce qui se présente souvent comme une offre d’emploi idéale est tout simplement trop beau pour être vrai », a-t-elle averti.
Parmi ces signaux d’alerte, Amy Pope a particulièrement mis en garde contre le recours à des visas touristiques pour exercer un emploi à l’étranger. Selon elle, une invitation à voyager avec un visa de tourisme plutôt qu’avec un permis de travail constitue un indice révélateur, et chaque candidat devrait s’interroger sur les autorisations nécessaires avant son départ. L’OIM a par ailleurs tenu à rappeler le statut des personnes prises au piège de ces réseaux. Il s’agit de victimes de la traite, et non de criminels, qui doivent à ce titre être protégées plutôt que poursuivies en justice. « Nous constatons que de nombreux survivants de la traite sont considérés comme des criminels, alors qu’en réalité, ils sont les victimes de ce crime », a souligné Amy Pope. Entre 2022 et 2025, l’OIM indique avoir porté assistance à plus de 3 500 victimes de criminalité forcée en Asie du Sud-Est, originaires de 39 pays, parmi lesquels l’Indonésie, l’Inde, le Sri Lanka, l’Éthiopie, le Kenya et le Bangladesh figurent en tête des nationalités concernées.
Lyna Larbi

