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Double commémoration du 20 août : Une mémoire, une conscience nationale

L’Algérie commémore le 70e et 71e anniversaires de deux événements fondateurs qui ont scellé le destin de la Révolution algérienne. Chercheurs, diplomates et gardiens de la mémoire nationale rappellent que le 20 Août n’est pas une date, mais une conscience

Ils étaient là, mardi, dans les amphithéâtres et à ressusciter des noms, des batailles, des résolutions. 71 ans après l’Offensive du Nord-Constantinois et 70 ans après le Congrès de la Soummam, intellectuels, diplomates et membres de la famille révolutionnaire ont choisi de commémorer le double anniversaire du 20 Août 1955-1956 avec solennité.

À Alger, l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG) tenait une conférence consacrée à «Le 20 Août dans la conscience nationale : histoire, mémoire et perspectives d’avenir». À Béjaïa, berceau même du Congrès de la Soummam, un colloque international réunissant des universitaires venus de quatre continents ouvrait ses travaux sous le haut patronage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Deux événements, un seul message, la Révolution ne se muséifie pas, elle s’enseigne, se transmet et s’actualise.

Le Directeur général de l’INESG, Abdelaziz Medjahed, a ainsi posé à l’ouverture du séminaire organisé par son institution les termes du débat. La commémoration du 20 Août, a-t-il affirmé, participe de «l’évocation permanente des étapes phares de la glorieuse Révolution de libération». Mais au-delà du rituel mémoriel, M. Medjahed a voulu replacer l’Offensive du 20 août 1955 dans sa dimension stratégique et humaine. Lancée par le chahid Zighoud Youcef, alors chef de la Zone II, le Nord-Constantinois, cette offensive audacieuse a selon lui «marqué un tournant majeur dans le parcours de la Révolution, qui a démontré la grandeur et la capacité de mobilisation du peuple algérien». Ces rappellent que le 20 août 1955 ne fut pas seulement un acte militaire. Ce fut une démonstration de masse, une irruption du peuple dans l’arène d’une guerre que le colonisateur tentait de présenter comme l’affaire d’une poignée de «hors-la-loi». Les attaques simultanées dans le Constantinois  brisèrent cette fiction et obligèrent la France à regarder en face la réalité d’une révolution nationale.

Un an plus tard, jour pour jour, dans le lit de la rivière Iffri, au cœur de la vallée de la Soummam, les dirigeants du Front de libération nationale se réunissaient pour donner corps politique et organisationnel à ce même élan. «Le Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, est venu organiser et structurer ce parcours», a rappelé M. Medjahed, «permettant de poursuivre la lutte jusqu’au recouvrement de la souveraineté nationale en 1962». Et d’insister sur «la nécessité de ne pas perdre de vue le lien entre les différentes étapes de la Révolution de libération».

Cette lecture fut approfondie par Mustapha Sadaoui, Directeur du Laboratoire d’histoire nationale, de mémoire collective et de nouvelles approches. Pour ce chercheur, la commémoration du double anniversaire «permet de comprendre l’évolution de la Révolution algérienne» dans toute sa complexité dialectique. D’un côté, l’Offensive du Nord-Constantinois «a démontré que la Révolution disposait d’une base populaire solide» ; de l’autre, le Congrès de la Soummam est venu «répondre au besoin d’organiser la Révolution». Les participants à la conférence d’Alger ont d’ailleurs unanimement appelé à «approfondir les recherches et les études sur ces deux étapes marquantes ».

Béjaïa, la mémoire incarnée

À Béjaïa, la commémoration prenait une dimension supplémentaire. C’est ici, dans cette wilaya qui fut le théâtre même du Congrès de la Soummam, que le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Abdelmalek Tacherift, a présidé l’ouverture d’un colloque international d’une envergure rare, organisé autour du thème «La culture de la résistance, entre histoire, mémoire et imaginaire». La salle de conférences Boualem-Saïdani du pôle universitaire Aboudaou de l’université Abderrahmane-Mira accueillait, outre les officiels algériens, parmi lesquels Mustapha Sayedj, conseiller du président de la République chargé des affaires politiques, et Samir Bourhil, président de l’Autorité nationale de protection des données , des représentants du corps diplomatique de pays frères et amis, ainsi qu’une constellation de chercheurs et de professeurs venus de Gambie, d’Italie, d’Espagne, de France, de Belgique, des États-Unis d’Amérique, du Cameroun, de Mauritanie et de Tunisie.

Ce plateau international traduit la volonté de l’Algérie de sortir la mémoire du 20 Août du cadre strictement national pour l’inscrire dans une réflexion universelle sur la résistance, la décolonisation et la construction des identités nationales. Car le Congrès de la Soummam, s’il est algérien dans son contexte, parle à toutes les nations qui ont connu l’humiliation coloniale et la lutte pour leur émancipation. En invitant des universitaires gambiens, camerounais ou mauritaniens à débattre de la «culture de la résistance», l’Algérie affirme sa vocation de phare du tiers-monde anticolonialiste, fidèle à une tradition diplomatique et mémorielle ancrée dans son ADN révolutionnaire.

Le colloque, qui se tient sur trois jours, est organisé en partenariat entre le Haut commissariat à l’amazighité (HCA), le ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit, la Direction générale des Archives nationales et la Commission nationale de l’Histoire et de la Mémoire. Trois sessions thématiques structurent les débats : «Les formes de résistance historique et la construction de l’identité», «Le Congrès de la Soummam et les fondements de la mémoire nationale», et «Littérature, mémoire et représentations de la résistance». Deux ateliers viennent compléter le dispositif, consacrés respectivement aux «Traditions orales, patrimoine et transmission des souvenirs» et aux «Figures héroïques et représentations de la résistance». Une programmation qui embrasse aussi bien l’histoire politique que l’anthropologie culturelle, le tout irrigué par une question centrale, comment une société transmet-elle à ses générations futures l’expérience fondatrice de sa libération ?

L’inauguration, en marge du colloque, d’une exposition intitulée «Le parcours historique de la résistance du peuple algérien à travers les archives : le Congrès de la Soummam comme modèle», organisée par la Direction générale des Archives nationales, complète le tableau.

Hocine Fadheli

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