Sayoud mise sur l’installation du chronotachygraphe sur les bus et les camions : Les chauffards sous surveillance !
Après le renouvellement du parc, les contrôles antidrogue et le durcissement du Code de la route, les pouvoirs publics activent un nouveau levier contre le terrorisme routier. Le ministre de l’Intérieur veut désormais équiper poids lourds et bus d’un appareil capable de surveiller en continu la vitesse et le temps de conduite des chauffeurs.
Face à la multiplication des accidents mortels impliquant des poids lourds et des autobus, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a présidé mardi une réunion consacrée à l’activation prochaine du chronotachygraphe, cet appareil censé mesurer la vitesse et le temps de conduite des chauffeurs. Un nouveau maillon dans l’arsenal déployé par les pouvoirs publics pour endiguer un fléau qui continue d’endeuiller les routes du pays.
Le chiffre donne le vertige. En l’espace de deux semaines seulement, entre le 31 juillet et le 16 août, quatre accidents graves impliquant des autobus ont fait 44 morts et 132 blessés à travers le territoire national. Un bilan qui vient rallonger une liste déjà longue, marquée notamment par le drame de l’Oued El Harrach le 15 août 2025, qui avait coûté la vie à 18 personnes, et plus récemment par celui de Boumerdès fin juillet, où l’enquête a révélé que le chauffeur roulait à plus de 121 kilomètres par heure sur une portion limitée à 60. Un scénario similaire semble s’être répété le 16 août à Aïn Sefra, dans la wilaya de Naâma, où l’excès de vitesse figure parmi les causes avancées d’un accident ayant fait six morts et 31 blessés.
C’est dans ce contexte que Saïd Sayoud a réuni mardi, au Palais du Gouvernement, plusieurs cadres de son département pour faire le point sur les préparatifs d’installation du chronotachygraphe à bord des véhicules de poids lourd et de transport de voyageurs. Selon le communiqué publié par le ministère, cette rencontre était « consacrée à l’examen et au suivi des préparatifs liés à l’activation et à l’exploitation » de ce dispositif, déjà utilisé dans plusieurs pays pour tracer en temps réel la conduite des chauffeurs professionnels et repérer les dépassements de vitesse ou les temps de conduite excessifs, souvent pointés du doigt dans les accidents de transport collectif.
À cette occasion, le ministre a donné « une série d’instructions visant à accélérer le rythme des préparatifs et à parachever les différentes procédures et dispositions techniques et organisationnelles y afférentes », tout en demandant à ses services d’« élaborer les propositions et les visions à même de concrétiser ce dispositif », rapporte la même source. Le ministère précise que ces orientations doivent permettre de « renforcer l’efficacité du système de sécurité routière » et de « contribuer à la réduction des infractions de vitesse et à la prévention des accidents de la circulation », conformément à l’article 85 du nouveau Code de la route entré en vigueur en mai dernier. Aucune échéance précise n’a toutefois été communiquée quant à l’installation effective de ces appareils sur les flottes concernées, ni sur les modalités pratiques de leur exploitation par les services de contrôle.
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large engagée depuis l’accident d’El Harrach, qui avait poussé le gouvernement à durcir les sanctions contre les chauffards et à réviser en profondeur le Code de la route. Elle vient également compléter l’opération de renouvellement du parc national de bus, avec l’importation de 10 000 véhicules neufs et le retrait progressif des autocars âgés de plus de 25 ans, une démarche accompagnée de facilités bancaires accordées aux transporteurs pour financer l’acquisition de véhicules neufs.
L’enjeu dépasse toutefois la seule question du matériel roulant. Avec près de 4 000 morts sur les routes en 2025, l’excès de vitesse demeure identifié comme le principal facteur d’accidents en Algérie, loin devant la vétusté des véhicules. En misant sur un outil de surveillance embarqué capable de tracer la conduite des professionnels, les autorités espèrent frapper directement à la racine du problème, là où le renouvellement du parc ou le renforcement des contrôles routiers n’agissent, pour l’heure, que sur les symptômes d’un mal plus profond.
Malik Meziane

