Économie

Le tronçon Dréaâ–Oued Kebrit dans sa dernière ligne droite

Le tronçon Dréaâ–Oued Kebrit, sur 30 kilomètres dans la wilaya de Souk Ahras, entre dans sa dernière ligne droite. Cette avancée rapproche la concrétisation de l’un des maillons essentiels de la nouvelle chaîne minière et industrielle reliant les gisements de phosphate de Tébessa aux infrastructures portuaires d’Annaba. Les travaux du tronçon Dréaâ–Oued Kebrit avancent à un rythme très soutenu. Les principaux ouvrages d’art liés au tracé ont été réalisés, tandis que les opérations de pose, de fixation et de nivellement de la voie ferrée se poursuivent, en préparation de l’achèvement des travaux et du raccordement progressif de cette section aux autres parties de la ligne minière Est. D’une longueur globale de 422 km, cette infrastructure doit relier Annaba aux gisements de Djebel Onk et Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, en passant notamment par Bouchegouf et Souk Ahras. Le projet ne constitue toutefois pas une simple opération de modernisation du réseau ferroviaire de l’Est. Il représente l’un des piliers logistiques du projet de phosphate intégré, appelé à transformer en profondeur la manière dont cette ressource minière est exploitée et valorisée en Algérie. La modernisation, le dédoublement et la rectification du tracé doivent permettre d’augmenter considérablement les capacités de transport et d’assurer l’acheminement régulier des minerais et produits phosphatés depuis les zones d’extraction jusqu’aux installations industrielles et portuaires d’Annaba. L’enjeu est d’autant plus important que le projet de phosphate intégré a franchi récemment une nouvelle étape avec la signature de contrats d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction avec des partenaires internationaux. L’objectif est de mettre en place une chaîne intégrée allant de l’extraction du phosphate à sa transformation industrielle, notamment en engrais, avant son acheminement vers les marchés extérieurs. Dans ce schéma, la ligne minière Est devient une infrastructure indispensable, car, sans une capacité ferroviaire adaptée aux volumes attendus, l’ensemble de la chaîne risquerait de perdre en efficacité et en compétitivité.

Plusieurs tronçons sont concernés par cette vaste opération. Outre les 30 km entre Dréaâ et Oued Kebrit, les travaux portent notamment sur la liaison Annaba–Bouchegouf, longue de 54 km, ainsi que sur le tronçon Bouchegouf–Dréaâ, qui s’étend sur 121 km. Le développement de cet axe doit également permettre d’améliorer la desserte des territoires traversés et de renforcer leur intégration dans les grands circuits économiques nationaux. L’intérêt économique de cette infrastructure dépasse ainsi largement le seul secteur des transports. En assurant un acheminement ferroviaire massif, régulier et moins coûteux, la nouvelle ligne doit contribuer à réduire les charges logistiques liées au transport du phosphate et à améliorer la compétitivité des produits algériens. Mais le véritable enjeu réside surtout dans la transformation locale de la ressource. Le passage d’une logique d’exportation de matières premières à une logique de valorisation industrielle permet de générer davantage de valeur ajoutée, de développer des activités connexes et de renforcer les recettes en devises du pays. La mise en exploitation progressive de cette chaîne doit contribuer à accroître les exportations hors hydrocarbures, à diversifier les sources de revenus et à consolider la place du secteur minier dans l’économie nationale. Autour du phosphate, c’est également tout un écosystème qui est appelé à se développer, comprenant le transport, la logistique, les activités industrielles, la maintenance, les services et les opérations portuaires. Des milliers d’emplois directs et indirects sont ainsi susceptibles d’être générés au fur et à mesure de la montée en puissance des différents maillons du projet.

À Annaba, cette dynamique trouve son prolongement naturel avec les investissements destinés à renforcer les capacités du port dans le domaine du phosphate. La réalisation d’un quai minéralier doit permettre d’assurer la réception et l’expédition des produits issus de la nouvelle chaîne industrielle. Le port devient ainsi le dernier maillon d’un dispositif qui prend naissance dans les mines de Tébessa, transite par le rail et les unités de transformation, avant de déboucher sur les marchés internationaux.

La progression du tronçon Dréaâ–Oued Kebrit intervient ainsi dans un contexte de suivi renforcé des différents chantiers de la ligne minière Est. Les pouvoirs publics ont insisté à plusieurs reprises sur l’accélération des travaux et la mobilisation des moyens humains et matériels nécessaires pour respecter les échéances fixées. Cette pression sur le calendrier s’explique par la nécessité de faire coïncider la mise en service des infrastructures ferroviaires avec la montée en puissance des projets miniers et industriels.

Sofia Chahine

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