L’État met en place un dispositif à 4 niveaux pour protéger la ressource : Un système d’alerte à la sécheresse !
Le ministère de l’Hydraulique et l’Agence nationale de sécurité sanitaire ont lancé ce dimanche un appel conjoint aux citoyens pour ancrer durablement les pratiques de rationalisation de l’eau, présentant un dispositif inédit de quatre niveaux de vigilance destiné à anticiper les effets de la sécheresse et à protéger la santé publique.
Dans un communiqué diffusé dimanche, le ministère de l’Hydraulique et l’Agence nationale de sécurité sanitaire soulignent que « la préservation de l’eau, en tant que ressource vitale et patrimoine national commun, est une responsabilité individuelle et collective qui exige une utilisation rationnelle et un comportement responsable dans tous les aspects de la vie quotidienne ». Le texte insiste sur un point rarement formulé aussi clairement par les autorités, celui du lien entre disponibilité de l’eau et sécurité sanitaire. « La disponibilité d’une eau sûre et potable constitue l’un des fondements essentiels pour la protection de la santé humaine, pour l’amélioration de la qualité de vie et pour le soutien au développement économique et social », rappellent les deux organismes, avant de constater que cette ressource, « longtemps considérée comme abondamment disponible, est aujourd’hui plus vulnérable et davantage soumise à des tensions résultant de facteurs multiples et croissants, notamment l’augmentation des températures, la répétition des vagues de chaleur, la diminution des précipitations et l’aggravation des périodes de sécheresse ».
Le communiqué va plus loin en détaillant les conséquences concrètes d’un manque d’eau sur la population. « La diminution de la disponibilité des ressources en eau ou l’accès limité à une eau salubre en quantité suffisante se traduira par des répercussions environnementales, sanitaires, sociales et économiques », préviennent les deux institutions, qui évoquent également le risque que « la concomitance des vagues de chaleur et des périodes de sécheresse peut, selon les circonstances, accroître les risques liés à la déshydratation aigue, à l’hyperthermie ainsi qu’à certains risques associés à la qualité de l’eau notamment aux maladies à transmission hydrique ». Une manière pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire d’inscrire la question de l’eau non plus seulement dans une logique de gestion des ressources mais bien dans le champ de la santé publique.
Quatre paliers pour graduer la réponse face à la sécheresse
Pour faire face à cette situation, les deux ministères proposent un cadre en quatre niveaux censé servir de repère commun aux citoyens, aux collectivités et aux différents secteurs concernés. Le premier palier, dit de vigilance, vise selon le communiqué à « assurer le suivi des premiers indicateurs de stress hydrique et à sensibiliser les citoyens ainsi que les secteurs concernés à la nécessité d’adopter des comportements responsables ». Vient ensuite le niveau d’alerte, activé « lorsque des tensions significatives sur les ressources en eau sont constatées », qui prévoit la réduction de certains usages non essentiels accompagnée d’un renforcement de la sensibilisation. Le troisième palier, qualifié d’alerte renforcée, s’applique lorsque la situation continue de se dégrader et impose des mesures plus strictes de maîtrise de la consommation, tandis que le dernier niveau, celui de crise, est déclenché quand la situation atteint un stade critique nécessitant, selon le texte, « d’accorder une priorité absolue à l’approvisionnement en eau potable, aux usages sanitaires et aux exigences de sécurité publique ».
Les deux institutions prennent toutefois soin de préciser que ce classement reste avant tout pédagogique. Il s’agit d’un « cadre indicatif de sensibilisation et de vigilance », les véritables mesures de restriction relevant, elles, « des autorités compétentes » et devant être appliquées conformément aux textes réglementaires en vigueur.
Sur le terrain, l’appel se traduit par une longue liste de recommandations pratiques adressées aux ménages. Le communiqué invite notamment à « éviter le gaspillage de l’eau et en réserver l’usage aux besoins réellement nécessaires », à réparer sans délai les fuites domestiques, et à signaler rapidement aux services concernés les fuites constatées sur la voie publique. Un rappel qui prend tout son sens à la lumière d’un chiffre cité par les deux institutions, celui des pertes dans les réseaux de distribution, estimées par la Banque mondiale à deux litres pour cinq litres produits. Les autorités recommandent également de rationaliser l’arrosage des espaces verts en dehors des heures chaudes, de privilégier l’irrigation goutte à goutte, de limiter le lavage des véhicules et des trottoirs, et de reporter le remplissage des piscines privées durant les périodes de tension. La réutilisation des eaux usées traitées pour le nettoyage des voiries et l’arrosage des jardins figure aussi parmi les pistes mises en avant.
Situation hydraulique : Un bilan rassurant
Cet appel à la sobriété intervient dans un contexte où le secteur de l’hydraulique affiche des résultats jugés plutôt rassurants après une saison des pluies favorable. Le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, avait indiqué en juin que le pays comptait 82 barrages en exploitation, cumulant une capacité de stockage dépassant 8 milliards de mètres cubes, pour un taux de remplissage ayant franchi la barre des 60 %, un niveau largement supérieur à celui enregistré à la même période l’année précédente. Cinq barrages supplémentaires, répartis entre Souk Ahras, Khenchela, Tizi Ouzou, El Tarf et Annaba, doivent porter à terme le parc national à 86 ouvrages.
Le dessalement d’eau de mer constitue l’autre pilier de la stratégie nationale de sécurité hydrique. Le pays dispose aujourd’hui de 19 grandes stations, auxquelles s’ajoutent une douzaine d’unités de plus petite taille, pour une production quotidienne avoisinant les 3,8 millions de mètres cubes. Cette filière couvre désormais environ un tiers des besoins en eau potable du pays, une part que le gouvernement ambitionne de porter à 60 % à l’horizon 2030, à travers un programme qui doit ajouter sept nouvelles stations d’ici la fin de la décennie, notamment à Tlemcen, Mostaganem, Chlef, Jijel et Skikda. Dans le Sud, l’approvisionnement s’appuie sur des stations de déminéralisation installées à Tindouf et Tamanrasset, complétées par un réseau de grands transferts destiné à rééquilibrer la distribution entre régions excédentaires et zones en déficit.
C’est dans ce contexte de renforcement des infrastructures que s’inscrit l’appel conjoint du ministère de l’Hydraulique et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Les deux institutions rappellent que la sécurisation de l’eau ne repose pas uniquement sur les grands chantiers publics. « La protection des ressources en eau ne se limite pas aux seules mesures techniques et administratives, elle commence également par les comportements individuels et collectifs », soulignent-elles, ajoutant qu’« une consommation responsable de l’eau, même à petite échelle, peut contribuer de manière concrète à réduire la tension sur les ressources hydriques et à garantir leur durabilité au bénéfice des générations présentes et futures ».
Le communiqué se conclut sur un appel direct à la population et aux différents acteurs économiques et institutionnels. « Le ministère de l’Hydraulique et l’Agence nationale de sécurité sanitaire appellent les citoyens ainsi que l’ensemble des acteurs concernés à ancrer durablement ces pratiques et à les adopter de manière pérenne, ceci afin de contribuer à la préservation des ressources en eau, à la protection de la santé publique et au renforcement de la sécurité sanitaire », concluent les deux institutions. Une manière de rappeler que, malgré l’amélioration des indicateurs hydriques ces derniers mois, la vigilance reste de mise face à un climat de plus en plus incertain.
Hocine Fadheli

