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Alger et Bamako ouvrent une nouvelle page

La visite effectuée lundi à Alger par le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga scelle la fin d’une brouille diplomatique qui aura duré près de deux ans. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, le chef du gouvernement malien a annoncé la prochaine venue à Alger du président de la transition, le général Assimi Goïta, ouvrant ainsi la voie à une normalisation complète entre les deux pays voisins.

Le Premier ministre et chef du gouvernement de la République du Mali, Abdoulaye Maïga, a été reçu en audience par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre d’une visite de travail qui marque le point d’orgue d’un processus discret de réchauffement entre les deux capitales. À l’issue de cette rencontre, M. Maïga a livré à la presse une déclaration dans laquelle il a affirmé que l’Algérie et le Mali partagent une histoire commune qui constitue, selon ses mots, un point de départ pour s’inscrire dans la marche de la modernité et du progrès.

Cette phrase, prononcée avec une certaine solennité, résume à elle seule l’esprit d’une visite qui dépasse largement le cadre protocolaire et se veut marquer la fin de la brouille entre Alger et Bamako.Tout est parti d’une décision. En janvier 2024, les autorités de transition maliennes annoncent l’abrogation de l’accord pour la paix et la réconciliation signé à Alger en 2015, texte qui servait depuis des années de cadre de médiation entre Bamako et les groupes armés du nord du pays. Alger considère alors ce geste comme un désaveu d’un processus qu’elle avait patiemment accompagné.

Le ton monte durant toute l’année 2024, Abdoulaye Maïga, alors ministre des Affaires étrangères, figurant parmi les voix les plus critiques envers Alger. La crise atteint son paroxysme en avril 2025, lorsqu’un drone malien ayant pénétré l’espace aérien algérien est abattu par l’ANP. L’incident déclenche une escalade en règle. Les deux pays rappellent leurs ambassadeurs et ferment réciproquement leur espace aérien.

Pendant plusieurs mois, la relation semble figée dans la rupture. Mais des signes de détente apparaissent progressivement et le Mali s’enfonce dans la crise sécuritaire qui l’affecte et qui s’aggrave depuis . Le président Tebboune affirme alors que la crise malienne ne saurait se régler par la seule voie sécuritaire et qu’elle appelle avant tout le dialogue, tout en relevant qu’aucun propos hostile à l’Algérie n’était venu, en propre, du président de la transition Assimi Goïta. Ce distinguo, entre le chef de l’État malien et une partie de son entourage, n’est pas passé inaperçu à Bamako.

Le mouvement se concrétise en juillet dernier, alors que Tebboune entend tendre la main à Bamako. Alger rouvre entièrement son espace aérien à l’aviation malienne et renvoie son ambassadeur à Bamako. En retour, le gouvernement malien fait de même, restituant son ambassadeur à Alger et rouvrant son ciel aux appareils civils et militaires algériens. Début août, dans un discours prononcé à Bamako, Abdoulaye Maïga va plus loin en reprenant des extraits de l’hymne national algérien Qassaman, geste hautement symbolique par lequel il affirme que les deux pays ont tourné la page de leur différend et qu’une volonté commune existe désormais pour rebâtir la relation sur le respect mutuel, le dialogue et les intérêts partagés.

L’Algérie, un acteur incontournable dans l’équation sahélienne

Cette évolution ne doit rien au hasard. Plusieurs observateurs estiment que les secousses sécuritaires traversées par le Mali, aussi bien dans la capitale que dans les régions du nord, ont pesé lourd dans la décision de Bamako de désamorcer la tension avec son voisin. L’Algérie n’a jamais cherché à tirer profit de la fragilité sécuritaire malienne, ce qui a fini par rassurer les autorités de transition sur l’absence de toute intention algérienne de déstabiliser le pays ou de favoriser l’arrivée de groupes armés au pouvoir.

D’autres analystes avancent que le pouvoir malien a mesuré combien la persistance d’un contentieux avec un acteur régional aussi central que l’Algérie pouvait fragiliser davantage un régime déjà privé d’une large assise populaire. Prolonger la brouille avec Alger revenait, dans ce contexte, à accélérer un dérapage politique et sécuritaire que Bamako ne pouvait plus se permettre.

Il y a enfin un impératif que la géographie impose et qu’aucun discours ne peut durablement contourner. L’Algérie et le Mali partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, une réalité que le Président Tebboune a résumée en affirmant que les deux pays ne peuvent ni changer cette géographie ni s’en éloigner. Maintenir une relation de défiance entre deux États aussi imbriqués sur le plan territorial produit des répercussions directes sur la sécurité de l’un comme de l’autre, un constat que Bamako semble avoir fini par intégrer, d’autant que des voisins sahéliens comme le Niger et le Burkina Faso ont, eux, continué de resserrer leurs liens avec Alger pendant toute la durée de la crise, laissant le Mali relativement isolé sur ce dossier.

Des luttes communes

Dans son message transmis à travers Abdoulaye Maïga, le président Goïta a repris à son compte cette lecture partagée de l’histoire et de la géographie. Il y évoque des luttes communes menées par les deux peuples contre le colonialisme et pour la dignité africaine, citant les foyers de savoir qu’ont représenté par le passé les cités de Madaure et de Tombouctou. Le Premier ministre malien a également salué la position constante de l’Algérie sur la non ingérence dans les affaires intérieures maliennes, précisant que cette vision partagée ne concernait pas seulement Bamako mais s’inscrivait aussi dans les positions défendues par le Niger et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel.

La visite prochaine du président Assimi Goïta à Alger, dont la date sera fixée par les canaux diplomatiques habituels, viendra sceller ce nouveau chapitre. Elle ouvre revanche une période où le dialogue et la gestion concertée des différends redeviennent la règle, un dialogue vital pour la stabilité de tout le Sahel.

Salim Amokrane

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