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L’Exécutif se penche sur le dossier des grands consommateurs : Gaz, le défi de la rationalisation

Alors que la consommation domestique de gaz naturel a bondi de plus de 6 % au premier semestre 2026, portée par la canicule et l’appétit grandissant de l’industrie, les autorités serrent les rangs pour éviter que cette ruée intérieure ne grignote les volumes destinés à l’export.

Le ministre d’État chargé des Hydrocarbures Mohamed Arkab et le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables Mourad Adjal ont réuni mercredi au siège du ministère de l’Énergie leurs cadres respectifs afin d’examiner un dossier devenu sensible, celui de la gestion de la demande des grands consommateurs de gaz à l’échelle nationale.

Le communiqué diffusé à l’issue de cette rencontre évoque un « dossier stratégique de développement contribuant au renforcement de l’efficacité des politiques publiques en matière d’énergie et de rationalisation de sa consommation ». Ce qui traduit une réalité de plus en plus pressante, celle de concilier les besoins croissants de la population et du tissu industriel d’un côté, et la préservation de ses recettes d’exportation de l’autre.

Les deux ministres, entourés de responsables du secteur, ont aussi planché sur les moyens d’« améliorer les indicateurs d’efficacité énergétique et de garantir une utilisation optimale des ressources énergétiques nationales, en adéquation avec les exigences d’un développement socioéconomique durable, tout en renforçant la sécurité énergétique à moyen et long terme », précise la même source. Autant dire que la rencontre ne visait pas à freiner la consommation par des mesures d’urgence, mais à structurer une démarche de fond, associant sobriété, rationalisation et diversification du mix énergétique.

Les chiffres récents donnent la mesure du défi. Selon les données de l’initiative internationale JODI, relayées par la plateforme spécialisée Attaqa, l’Algérie a produit 54,01 milliards de mètres cubes de gaz au premier semestre 2026, contre 51,81 milliards sur la même période de 2025, soit le meilleur premier semestre depuis 2023. Mais la consommation intérieure a grimpé plus vite encore, de 6,3 %, pour atteindre 28,49 milliards de mètres cubes, absorbant désormais près de 53 % de la production nationale. Les exportations, elles, n’ont progressé que de 2,4 %, à 23,97 milliards de mètres cubes, un rythme nettement plus modeste que celui de la demande domestique.

Cette dynamique s’explique en grande partie par la place écrasante du gaz dans la production d’électricité, dont il assure encore près de 99 % du mix. Les vagues de chaleur qui ont frappé le pays cet été ont fait exploser l’usage de la climatisation, tirant vers le haut une consommation électrique déjà soutenue par le développement de la sidérurgie, de la pétrochimie et par l’extension continue du réseau de distribution de gaz naturel aux ménages. Autant de facteurs structurels qui ne devraient pas s’inverser à court terme.

C’est précisément pour desserrer cette contrainte que l’Algérie a accéléré ses programmes d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, deux volets que la réunion de mercredi place au cœur de sa stratégie. Le pays vise aujourd’hui une puissance installée en renouvelables de 3 200 mégawatts à l’horizon 2027, avant de viser 15 000 mégawatts en 2035, avec l’ambition affichée de porter la part du solaire et de l’éolien à environ 30 % du mix électrique d’ici cette échéance. Plusieurs centrales photovoltaïques sont déjà en construction sous la supervision de Sonelgaz, dans le cadre d’un plan qui doit permettre, à terme, de libérer des volumes de gaz aujourd’hui consommés pour la production électrique et de les réorienter vers l’export.

Le programme national d’efficacité énergétique, régulièrement actualisé par le ministère de l’Énergie, vise pour sa part des économies cumulées de l’ordre de 63 millions de tonnes équivalent pétrole à l’horizon 2030, à travers l’éclairage performant, l’isolation thermique des bâtiments, la généralisation des chauffe-eau solaires et la promotion de carburants comme le GPL carburant. Autant de leviers censés freiner la croissance de la demande sans brider le développement économique.

La tenue de cette réunion de coordination, associant pour la première fois de façon aussi explicite les deux départements des Hydrocarbures et de l’Énergie autour du même dossier, montre que la gestion de la demande n’est plus perçue comme un simple ajustement technique, mais comme un enjeu de politique publique à part entière. L’Algérie, qui a longtemps pu compter sur l’abondance de sa ressource gazière, doit désormais apprendre à concilier deux priorités dans le cadre d’une planification rigoureuse.

Samira Ghrib

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