Annaba : Les fuites sur réseau alimentent le gaspillage d’eau
Alors que le ministère de l’Hydraulique et de la Sécurité hydrique et l’Agence nationale de sécurité sanitaire viennent de lancer un appel à une vigilance accrue et à une consommation rationnelle de l’eau face aux effets conjugués de la chaleur et de la sécheresse, une importante fuite d’eau potable signalée à Sidi Amar vient rappeler l’urgence d’agir également sur les pertes enregistrées au niveau des réseaux.
À Chaïba, une importante quantité d’eau traitée se déverse actuellement dans la nature, au grand désarroi des habitants, dans une région où des foyers connaissent encore des perturbations de l’alimentation en eau potable. Le contraste est saisissant. D’un côté, les pouvoirs publics appellent les citoyens, les administrations et l’ensemble des acteurs à éviter tout gaspillage d’eau et à réserver cette ressource aux usages réellement nécessaires. De l’autre, des quantités importantes d’eau potable continuent de se perdre dans la nature à la faveur de fuites qui affectent les réseaux de distribution. À Sidi Amar, plus précisément en contrebas de la station de filtration de Chaïba, dans la zone d’Aïn Al-Chahed, une importante fuite d’eau potable a été signalée ces derniers jours par les riverains. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre un important écoulement d’eau claire se déversant sans interruption dans le milieu naturel. Les réactions sont d’autant plus vives que la question de l’alimentation en eau demeure sensible dans plusieurs secteurs de la wilaya. Sidi Amar a notamment connu récemment des perturbations de distribution, tandis que des opérations de réparation et de renouvellement des réseaux y sont actuellement menées précisément pour lutter contre les fuites et réduire les pertes. La semaine dernière, une opération de renouvellement de plusieurs portions du réseau d’alimentation en eau potable a ainsi été lancée dans différents quartiers de la commune, notamment au niveau des 160 logements d’El Gantra-Amirat El Bahi, avec pour objectif de réduire les déperditions et d’améliorer la continuité du service. Quelques semaines auparavant, les équipes de l’Algérienne des Eaux (ADE) et des services techniques étaient déjà intervenues à Sidi Amar et El Hadjar pour réparer plusieurs points de fuite, dont une importante fuite au quartier Mokhtari Abdelmadjid. Ces interventions montrent que le problème des pertes d’eau n’est pas nouveau et que les autorités ont engagé des actions pour y remédier. Mais la persistance de nouveaux points de fuite pose la question de l’état général des réseaux, de leur surveillance et surtout de la rapidité de réaction lorsque des anomalies sont signalées. Cette problématique prend une dimension particulière au moment où le ministère de l’Hydraulique et de la Sécurité hydrique et l’Agence nationale de sécurité sanitaire viennent de publier un communiqué commun appelant à une véritable « vigilance » autour de la ressource hydrique. Les deux institutions soulignent que l’eau, longtemps considérée comme une ressource disponible, est désormais soumise à des pressions croissantes sous l’effet notamment de la hausse des températures, de la répétition des vagues de chaleur, de la baisse des précipitations et de l’aggravation des périodes de sécheresse. Elles recommandent notamment d’éviter le gaspillage, de réparer rapidement les fuites au niveau des installations domestiques et surtout de signaler sans délai les déperditions constatées sur les réseaux publics aux organismes chargés du service de l’eau et aux collectivités locales. Le communiqué rappelle également, sur la base d’estimations de la Banque mondiale, que les pertes au niveau des réseaux de distribution peuvent atteindre des proportions considérables, avec deux litres d’eau perdus pour cinq litres produits. Dans ce contexte, l’appel à la responsabilité individuelle ne saurait toutefois occulter la nécessité d’une vigilance accrue sur les infrastructures publiques. Car économiser l’eau du robinet est indispensable, mais empêcher qu’elle ne soit perdue avant même d’arriver au consommateur l’est tout autant. L’enjeu est d’autant plus important à Annaba que la wilaya dépend d’un dispositif hydraulique complexe associant ressources conventionnelles, stations de traitement et dessalement. La station de dessalement de Koudiet Eddraouche, dans la wilaya d’El Tarf, joue notamment un rôle majeur dans l’alimentation en eau de plusieurs communes de l’Est, dont Annaba, El Hadjar, El Bouni et Sidi Amar. Lors de précédentes perturbations, l’arrêt de cette infrastructure avait entraîné des modifications du programme de distribution dans plusieurs communes de la wilaya. Dans un tel contexte, chaque fuite représente non seulement une perte environnementale, mais également une perte économique et un manque à gagner pour un système de production et de distribution déjà soumis à de fortes contraintes. Les antécédents locaux montrent d’ailleurs l’ampleur que peuvent prendre ces déperditions. Une campagne menée à Annaba avait permis de réparer plus de 220 points de fuite et de récupérer environ 4 000 m³ d’eau potable, grâce notamment à la mobilisation d’équipes de l’Algérienne des Eaux venues de plusieurs wilayas. Le renouvellement des réseaux apparaît dès lors comme l’une des réponses nécessaires. Mais il doit être accompagné d’un dispositif permanent de détection des fuites, d’une maintenance préventive et d’une intervention rapide dès qu’un écoulement important est signalé. À Sidi Amar, où des travaux de renouvellement sont déjà engagés, la nouvelle fuite signalée à Chaïba rappelle justement que la bataille contre le gaspillage ne peut se limiter aux campagnes de sensibilisation. Elle doit également se gagner sur le terrain, au niveau des canalisations, des stations, des réservoirs et de l’ensemble des infrastructures qui acheminent cette ressource jusqu’aux foyers. Dans cette équation, le citoyen a certes son rôle à jouer en évitant les usages inutiles, en réparant les installations défectueuses et en signalant les fuites. Mais les gestionnaires du réseau ont, eux aussi, une responsabilité déterminante dans la préservation de chaque litre produit.
Sofia Chahine

