Kaissar Sid Ahmed expose au MAMO d’Oran : Un pinceau tisse le lien entre un père et ses deux filles
Le Musée public national d’art moderne et contemporain d’Oran ouvre ses portes, jusqu’au 25 septembre, à une exposition peu commune qui réunit sous un même toit le travail d’un artiste autodidacte et celui de ses deux filles. Baptisée « Histoire d’un pinceau… entre un père et ses deux filles », la manifestation rassemble une cinquantaine de toiles signées Kaissar Sid Ahmed et ses deux enfants, dans un dialogue artistique rare où les générations se répondent à travers la couleur et la matière. Inaugurée samedi dernier, l’exposition présente une quarantaine d’œuvres du peintre lui-même, complétées par une dizaine de créations nées de sa collaboration avec ses filles. Loin de se limiter à une simple juxtaposition de styles, la présentation révèle des sensibilités bien distinctes au sein d’une même famille, chacune des jeunes artistes ayant tracé son propre sillon créatif, à l’ombre bienveillante d’un père qui leur a transmis le goût du geste pictural.
Kaissar Sid Ahmed décrit sa démarche comme une quête sans fin, celle d’un homme qui n’a jamais cessé d’interroger la toile pour y déposer une part de mémoire collective. Il explique avoir voulu sonder la question de la diversité en Algérie, en puisant dans le souvenir, l’histoire et le tissu social des œuvres chargées de sens. Certaines de ses pièces jouent avec le relief, une technique qui donne du corps à la matière et la transforme en véritable support de mémoire. Chez lui, la lumière et la couleur ne sont jamais de simples ornements, elles portent le poids des émotions et des récits qu’il cherche à faire vivre sur la toile.
Pour ses deux filles, cette exposition marque une première dans le monde des arts plastiques. Chacune y expose plusieurs pièces empreintes de son vécu propre et de sa manière singulière de regarder le monde. Parmi les œuvres présentées, un tableau nommé « Lalla » rend hommage au haïk, ce vêtement traditionnel qui incarne depuis des générations la femme algérienne dans l’imaginaire collectif. Une autre création, intitulée « Désir », traduit avec pudeur le vœu de l’une des deux artistes d’accomplir un jour les rites de la Omra, entre foi et introspection personnelle.
Le chargé de la gestion du musée, Djamel Eddine Berka, voit dans cette exposition bien plus qu’une simple vitrine artistique. Selon lui, elle offre l’occasion de mettre en lumière une aventure familiale où se croisent le parcours d’un père et celui de ses deux filles, dans un même élan créatif. Il estime, dans une déclaration à l’APS, que cette initiative illustre à merveille la diversité des visions et des styles qui peuvent coexister au sein d’un même foyer, tout en favorisant un rapprochement précieux entre les générations. Pour lui, elle témoigne aussi de la continuité d’une passion transmise avec patience et de la manière dont la pratique artistique peut se perpétuer d’une génération à l’autre.
M. Berka rappelle par ailleurs que cette programmation s’inscrit pleinement dans la volonté du musée d’ouvrir ses cimaises à des expériences artistiques diversifiées. À travers cette démarche familiale, le public a la possibilité rare de découvrir côte à côte les œuvres d’un artiste autodidacte et celles de ses deux filles, dans un même espace d’exposition. Il invite enfin les Oranais et les visiteurs de passage dans la ville à venir apprécier ces œuvres qui racontent, chacune à sa manière, une histoire de transmission et de filiation artistique.
Mohand S.

