Zones blanches : Vaste offensive pour connecter 3000 localités
L’Algérie a franchi, lundi, une étape inédite dans sa lutte contre la fracture numérique. Le ministère de la Poste et des Télécommunications et l’Autorité de régulation de la Poste et des communications électroniques (ARPCE) ont lancé conjointement un appel d’offres destiné à raccorder 3 000 localités à faible densité de population au réseau mobile, à travers l’ensemble des wilayas du pays.
Dans un communiqué, l’ARPCE précise avoir agi « dans le cadre des missions qui lui sont confiées, et conformément aux dispositions de la loi 18-04 du 10 mai 2018 fixant les règles générales de la Poste et des communications électroniques », en lançant « aujourd’hui, lundi 7 septembre 2026, une adjudication par appel à la concurrence pour la couverture de 3000 localités à faible densité de population à travers les différentes régions du pays, par un réseau public de télécommunications mobiles ». Le régulateur rattache cette démarche aux « recommandations des hautes autorités visant à garantir la fourniture du service universel des communications électroniques », l’objectif affiché étant de « réduire les disparités entre les groupes de population » et de soutenir « le développement numérique, social et économique » des localités concernées, ainsi que « la cohésion sociale et l’aménagement du territoire ». De son côté, le ministère de tutelle qualifie l’opération de « plus importante du genre dans ce domaine ». Selon son communiqué, le dispositif bénéficiera à 3 000 localités réparties sur l’ensemble des wilayas, en priorité les zones peuplées de moins de 2 000 habitants, pour un financement intégralement assuré par l’État. Le cahier des charges doit « permettre aux opérateurs de communications électroniques de soumettre leurs offres pour assurer la couverture et fournir les services dans les zones concernées », avec un délai de réalisation plafonné à 18 mois. Le ministère y voit la poursuite de ses efforts pour « réduire la fracture numérique et renforcer la couverture nationale, afin de garantir à tous les citoyens le droit d’accès aux services de télécommunications ».
Cette offensive ne part pas de rien. Elle prolonge un premier programme lancé en vertu d’un arrêté ministériel de juin 2024, qui ciblait 1 400 localités rurales réparties sur une quarantaine de wilayas. Ooredoo s’était vu confier l’essentiel de ce lot, avec plus de 1 200 localités à couvrir via l’installation de centaines de sites 4G ; à ce jour, une vingtaine de wilayas sont déclarées totalement raccordées. Algérie Télécom a de son côté déployé plusieurs centaines de nouvelles stations de base dans une quarantaine de wilayas afin d’étendre sa couverture 4G, notamment dans les zones enclavées, tout en cherchant à améliorer les débits dans les régions déjà connectées. Une seconde phase, portant sur plusieurs milliers de localités supplémentaires, est par ailleurs annoncée à l’horizon 2027.
Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique de forte croissance du parc mobile national, qui dépassait déjà les 54 millions d’abonnements GSM à la mi-2025, dont l’écrasante majorité en 4G. Les taux de pénétration de la téléphonie mobile et d’Internet, désormais évalués à plus de 90 % et près de 80 % de la population, traduisent une avancée réelle mais encore inégale selon les territoires, d’où l’insistance des autorités sur les zones les moins denses, souvent les dernières à bénéficier des investissements des opérateurs.
En misant sur un financement public intégral et un cahier des charges concurrentiel, le ministère de la Poste et des Télécommunications entend cette fois accélérer sensiblement le calendrier, avec l’ambition de faire de cette opération, la plus vaste jamais engagée dans le pays, un levier déterminant pour rapprocher les zones rurales du reste du territoire connecté.
Samir Benisid

