Approvisionnement du marché national : Un bouclier numérique contre les pénuries
Le Gouvernement planche sur la construction de son dispositif de régulation numérique du marché intérieur. Dans ce sens, la ministre, Haut-commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud, et la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, ont coprésidé une deuxième réunion de travail consacrée à la mise en place d’un mécanisme numérique unifié capable de suivre, en temps réel, l’approvisionnement et la distribution des produits de large consommation. Selon un communiqué du Haut-commissariat à la numérisation, cette rencontre, tenue « sur instruction du Premier ministre, M. Sifi Ghrieb », s’est déroulée « au siège du Haut-commissariat à la numérisation », en présence de « cadres et de représentants des secteurs concernés ». Les travaux ont porté sur « l’unification de la vision et le renforcement de l’intégration entre les différents secteurs, à travers la définition des rôles et responsabilités, ainsi que l’identification des sources de données et des mécanismes de leur production et mise à jour, de manière à garantir leur fiabilité et cohérence ». Le texte précise que cette démarche s’inscrit « conformément à une approche fondée sur un dispositif de gouvernance des données consacré par le décret présidentiel n° 25-320 du 30 décembre 2025 ».
Au terme des échanges, les deux ministres ont insisté sur « la nécessité de poursuivre la coordination des efforts et de parachever le processus de mise en place d’un système numérique national unifié et intégré, permettant un suivi précis et en temps réel de la traçabilité des produits de large consommation et offrant une vision fiable et globale à même de soutenir la prise de décision et de renforcer l’efficacité de la régulation et de l’approvisionnement du marché national ».
L’enjeu dépasse la seule modernisation administrative. En reliant les données de plusieurs départements ministériels à savoir l’Intérieur, Collectivités locales et Transports, l’Agriculture et le Commerce, sur une même plateforme, l’exécutif entend combler les angles morts qui, jusqu’ici, favorisaient les ruptures d’approvisionnement, la spéculation et l’économie informelle. Ce nouveau mécanisme vient prolonger un premier round de discussions tenu quelques jours plus tôt entre les deux départements, confirmant l’accélération du calendrier voulu par les autorités sur ce dossier sensible, à l’approche des périodes de forte consommation.
Ce chantier s’inscrit dans une dynamique plus large de numérisation des circuits commerciaux et douaniers engagée depuis 2023. Le système ALCES, déployé par la Direction générale des douanes, a déjà standardisé le suivi des flux de marchandises à l’importation et leur interconnexion avec les administrations fiscales et bancaires, tandis qu’un projet de loi intégré sur l’approvisionnement et la régulation du marché national, en préparation, prévoit la création d’une plateforme numérique commune permettant de « suivre la traçabilité des marchandises en temps réel, de l’usine jusqu’au consommateur », conjuguée à un usage élargi de la facturation électronique et du paiement numérique pour endiguer l’économie parallèle. Le décret présidentiel de fin décembre 2025, qui sert désormais de socle juridique à la gouvernance des données publiques, doit permettre d’articuler l’ensemble de ces outils sectoriels au sein d’un système unique, présenté par le gouvernement comme la pièce maîtresse d’une régulation plus réactive et plus transparente du marché national.
Sabrina Aziouez

