À la UneActualité

Une offensive contre la mafia de l’import

Le président de la République a convoqué lundi le Premier ministre et les responsables des secteurs du Commerce et des Finances pour examiner les récentes révélations sur des demandes d’importation jugées disproportionnées, et ordonner des mesures contre les auteurs de fausses déclarations soupçonnés de vouloir épuiser le Trésor public.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé, lundi, une réunion consacrée à l’examen des données publiées récemment par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, avec pour objectif de prendre les mesures nécessaires à l’encontre des auteurs de fausses déclarations dans le cadre des programmes prévisionnels d’importation. « Suite à la publication des données émanant du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a convoqué le Premier ministre et nombre de responsables directs des secteurs du Commerce et des Finances, afin de s’enquérir de près de ces données qui touchent directement à l’économie nationale et aux deniers publics, et de prendre les mesures nécessaires à l’encontre des auteurs de fausses déclarations, qui visent à épuiser les ressources du Trésor public dans le cadre d’un plan minutieusement préparé pour saper les fondements de l’économie nationale », indique un communiqué de la Présidence de la République.

En saisissant lui-même le dossier, le chef de l’État confère un poids institutionnel maximal à une affaire qui n’a cessé d’enfler ces derniers jours. Le ministère du Commerce extérieur avait révélé dans une série de communiqués des anomalies troublantes, à travers la plateforme numérique dédiée aux matières premières et intrants de production. Il a ainsi indiqué que 3 961 opérateurs économiques déclarant entre zéro et cinq travailleurs avaient déposé des demandes d’importation totalisant 130,32 milliards de dollars pour le second semestre 2026, une masse financière sans commune mesure avec la taille apparente de ces structures. Le détail par tranche d’effectifs, allant de 149 opérateurs sans aucun salarié déclaré à 649 employant cinq travailleurs, avait déjà mis en évidence un déséquilibre entre les volumes sollicités et les capacités réelles de ces entreprises, conduisant le département ministériel à annoncer l’ouverture d’une enquête.

Ces révélations s’inscrivaient elles-mêmes dans la continuité de deux communiqués antérieurs. Le premier avait fait état, grâce à des outils d’analyse assistés par l’intelligence artificielle, de similitudes suspectes dans plus d’un millier de dossiers entre documents identiques de déclaration de salariés auprès de la CNAS ou de la CASNOS, mêmes extraits de rôle fiscal, mêmes bilans comptables, partagés entre des dizaines d’opérateurs censés être indépendants les uns des autres. Le second avait pointé des schémas de déclaration d’emploi atypiques, avec des embauches concentrées, comme par coïncidence, sur les seules périodes de dépôt des programmes prévisionnels, ainsi que des cas d’opérateurs partageant une même localisation GPS, parfois un simple appartement, pour des unités de production censées justifier des importations massives.

C’est ce faisceau d’indices, croisé par la plateforme numérique du ministère, qui a visiblement conduit la présidence à s’emparer directement du dossier. L’enjeu, tel qu’il ressort du communiqué présidentiel, dépasse la seule régularité administrative, il s’agit de préserver les deniers publics et l’économie nationale face à un  « plan minutieusement préparé pour saper les fondements de l’économie nationale ». La formule, inhabituellement sévère, traduit la volonté du chef de l’État de traiter ces soupçons de fraude non comme de simples irrégularités isolées, mais comme une menace structurée pesant sur les finances publiques et la stabilité de l’approvisionnement du marché national.

Cette démarche intervient un an après l’instauration du programme prévisionnel d’importation, conçu pour encadrer les achats à l’étranger dans un contexte de creusement du déficit commercial. Sa reconduction pour 2026 et son extension à de nouvelles catégories d’opérateurs, couplées à l’usage systématique de l’intelligence artificielle pour recouper les bases de données administratives, dessinent une stratégie assumée de traçabilité et de contrôle pour répondre au double défi de garantir l’approvisionnement du marché tout en mettant fin à la fraude et préserver ainsi les ressources en devises du pays. La réunion présidée par Abdelmadjid Tebboune vient désormais lui donner une traduction politique au plus haut niveau, avec la promesse de sanctions à l’encontre des auteurs de fausses déclarations, tout en veillant à préserver les opérateurs de bonne foi et la régularité de l’approvisionnement en matières premières.

Salim Amokrane

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *