Laghouat lance le recensement des manuscrits familiaux : Sauver un patrimoine et une mémoire
La bibliothèque principale de lecture publique Cheikh Bachir El-Ibrahimi de Laghouat a lancé une vaste opération de recensement des manuscrits conservés chez les particuliers, dans le but d’identifier, d’authentifier et de sauvegarder ce patrimoine documentaire menacé de disparition, ont annoncé mardi les organisateurs de cette initiative.
Portée par la directrice de l’établissement, Sara Keddouda, la démarche s’adresse aux familles, aux chercheurs et à tous les détenteurs de fonds anciens dans la wilaya. « L’opération de recensement et d’identification des manuscrits détenus par les familles, les chercheurs et autres acteurs intéressés vise leur authentification et l’intégration de leurs données parmi le fonds documentaire manuscrit national, de sorte à le sauvegarder et le préserver de toute détérioration et le mettre à la disposition des chercheurs, étudiants et passionnés de lecture », a-t-elle expliqué à l’APS. Concrètement, les équipes de la bibliothèque se déplaceront pour collecter les informations relatives aux manuscrits existants dans les différentes régions de la wilaya, avant de procéder au scannage de leurs contenus. Les documents originaux seront ensuite restitués à leurs propriétaires, une garantie que Mme Keddouda a tenu à réaffirmer pour lever les réticences que peuvent nourrir certaines familles à l’idée de se dessaisir, même temporairement, de pièces parfois transmises depuis plusieurs générations. Pour la responsable, l’enjeu dépasse le seul geste de conservation matérielle. « Les manuscrits revêtent une grande importance pour ce qu’ils renferment comme connaissances et informations liées à l’histoire de la région et la vie socioculturelle et religieuse de ses habitants », a-t-elle souligné, y voyant également une source précieuse pour enrichir les études académiques et les recherches spécialisées. La bibliothèque invite ainsi tous les citoyens détenant des documents anciens de valeur scientifique ou historique à prendre attache avec ses services.
Cette campagne locale s’inscrit dans une dynamique nationale engagée par les autorités culturelles. La Bibliothèque nationale d’Algérie a fait savoir en juin dernier qu’elle avait recensé plus de 34 000 manuscrits en l’espace de trois ans, un travail entamé en 2023 qui ne se limite pas au comptage mais englobe la localisation des fonds, la description de leur contenu et l’évaluation de leur état matériel en vue de leur numérisation. Des pièces rares, parfois inédites, ont ainsi été repérées dans des foyers à In Salah, Relizane ou encore Djanet, confirmant qu’une part importante de ce patrimoine échappe encore aux institutions officielles.
Le Colloque international sur le manuscrit, tenu à Alger en juin 2026 sous le patronage du président de la République, avait dressé un état des lieux détaillé de ces efforts. Le directeur de la Bibliothèque nationale, Mounir Bahadi, avait alors précisé que l’institution conserve 6 924 manuscrits en propre, tandis que 17 689 autres lui ont été confiés au fil du temps par des particuliers. Il avait également fait état de 322 manuscrits restaurés et de 557 khizanate, ces bibliothèques traditionnelles familiales, déjà répertoriées à l’échelle du pays.
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, avait pour sa part inscrit ces opérations dans ce qu’elle a qualifié d’« engagement souverain visant à parachever l’indépendance de la mémoire nationale par la récupération du manuscrit algérien, où qu’il se trouve ». Un objectif qui trouve un écho concret dans des affaires récentes, à l’image du rapatriement, cet été, d’un manuscrit algérien datant de 1609 qui devait être cédé aux enchères à Paris, récupéré grâce à une mobilisation conjointe du ministère de la Culture et des Affaires étrangères.
Au-delà de l’inventaire, le chantier de la numérisation progresse également. Un tiers du fonds manuscrit national aurait déjà été numérisé, avec un programme visant à traiter 30 000 exemplaires supplémentaires, tandis que les équipes patrimoniales multiplient les missions de traitement préventif dans les régions du Sud, où les conditions climatiques accélèrent la dégradation des supports anciens. C’est dans ce même esprit que s’inscrit désormais l’initiative de Laghouat, wilaya dont le patrimoine manuscrit, longtemps resté à l’ombre des grands fonds documentaires nationaux, pourrait ainsi rejoindre la carte encore incomplète de la mémoire écrite algérienne.
M.S.

