L’ONU alerte : IA et jeux vidéo , des armes de recrutement pour le terrorisme
Un nouveau rapport onusien met en garde contre l’exploitation par les groupes terroristes de l’intelligence artificielle et des univers vidéoludiques dans leurs stratégies de recrutement et de collecte de fonds. Publié par la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité des Nations unies, le document souligne que la propagande est désormais « devenue un élément essentiel de leurs activités et de la planification de leurs opérations ». Les auteurs du rapport constatent une « intensification » du ciblage des enfants et des adolescents à travers les réseaux sociaux, les plateformes de jeux vidéo et diverses communautés en ligne. Ils décrivent notamment « l’utilisation de jeux et de contenus violents pour diffuser des récits extrémistes et attirer davantage de personnes ». Le texte appelle les Etats à considérer cette propagande comme « un facteur facilitant le terrorisme », tout en veillant à ce que les mesures prises pour la contrer restent conformes au droit international des droits de l’homme.
Selon le Comité, la propagande est aujourd’hui « partie intégrante de la structure opérationnelle des groupes terroristes, déterminant la manière dont ils recrutent leurs combattants, collectent des fonds et contrôlent des territoires ». Le rapport insiste en particulier sur « le ciblage croissant des enfants et des jeunes, non seulement à travers les réseaux sociaux, mais également par le biais des plateformes de jeux électroniques et des communautés en ligne partageant des centres d’intérêt ». Il met en garde contre un décalage grandissant, notant que « la rapidité avec laquelle les groupes terroristes adaptent leur propagande a créé un écart qui se creuse entre leurs stratégies et les législations et politiques mises en œuvre par les Etats membres des Nations unies ».
Le document précise que si la propagande a toujours fait partie des méthodes terroristes, sa portée a radicalement changé d’échelle, sa fonction étant désormais « plus centrale, plus intégrée et plus flexible qu’auparavant ». Parmi les tendances émergentes recensées figurent l’usage de l’intelligence artificielle ainsi que l’exploitation des plateformes de jeux électroniques et des espaces numériques alternatifs. Le Comité relève que plusieurs groupes ont conçu des jeux à caractère extrémiste et violent, ou modifié des jeux existants afin d’y intégrer des récits de radicalisation sous des formes de divertissement familières aux jeunes.
Ces conclusions s’inscrivent dans un climat où les inquiétudes autour de l’intelligence artificielle dépassent largement le seul champ du terrorisme. Devant le Conseil des droits de l’homme réuni à Genève début septembre pour sa 63e session, le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait averti que les systèmes d’IA avancée pouvaient représenter un « danger existentiel pour l’humanité ». Il avait demandé une action immédiate, dénonçant le fait qu’un « petit nombre d’hommes » dispose d’un pouvoir quasi illimité sur ces technologies et qu’un « retard ne profite qu’aux géants de la tech ».
Malik Meziane
