Fermeture d’un oléoduc stratégique en Arabie saoudite : Vers un baril à 150 dollars ?
Une attaque de drones a contraint l’Arabie saoudite à suspendre l’oléoduc Est Ouest, artère vitale de ses exportations. Un expert belge redoute une flambée des cours dès la réouverture des marchés lundi.
Le marché pétrolier retient son souffle avant l’ouverture des cotations lundi. Quelques jours après le franchissement du seuil des 100 dollars le baril, une nouvelle donne est venue tendre encore davantage la situation. Vendredi, les autorités saoudiennes ont annoncé la fermeture temporaire de l’oléoduc Est Ouest, une infrastructure jugée vitale pour les exportations du royaume, après une attaque de drones survenue jeudi matin et attribuée à des tirs en provenance d’Irak. L’assaut a fait plusieurs blessés et endommagé une partie du réseau, dont au moins une station de pompage. Cet oléoduc n’est pas un pipeline comme les autres. Il permet à Riyad d’acheminer l’équivalent de sept millions de barils par jour vers les ports de la mer Rouge, en évitant le détroit d’Ormuz, verrouillé par l’Iran. Son rôle a pris encore plus de poids depuis le déclenchement du conflit au Moyen Orient, ce couloir étant devenu l’une des rares options fiables pour écouler la production saoudienne sans dépendre du passage maritime le plus exposé aux tensions régionales.
Interrogé par RTL Info, l’économiste et spécialiste des questions énergétiques Damien Ernst, professeur à l’ULiège, redoute un choc de grande ampleur si la remise en service tarde. « Je pense qu’on va s’orienter sans doute vers un baril à 150 dollars s’ils n’arrivent pas à réparer rapidement le pipeline », prévient il. Le baril de Brent évoluait ces derniers jours autour de 104 dollars, un niveau déjà élevé qui pourrait donc bondir de près de 50% si la fermeture se prolonge. L’expert s’appuie notamment sur l’ampleur des dégâts observés sur le terrain. « J’ai vu des photos des stations de pompage. L’une d’elles est complètement détruite. Ça risque de prendre des semaines, voire des mois pour la réparer. C’est absolument catastrophique », a-t-il ajouté, jugeant le calendrier de réparation particulièrement incertain compte tenu de la nature des installations touchées.
La fermeture de l’oléoduc intervient dans un contexte déjà fragile pour les marchés de l’énergie. Les cours grimpent depuis plusieurs semaines sous l’effet conjugué des tensions au Moyen-Orient et des restrictions pesant sur le transport maritime d’hydrocarbures dans la région.
Sabrina Aziouez

