Le conseiller de Trump salue le rôle de l’Algérie : Un « acteur clé » dans la sécurité régionale
En visite à Alger dimanche, le haut conseiller du président américain pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos, a salué le rôle de l’Algérie comme « partenaire important » pour Washington dans la sécurité régionale.
Le haut conseiller du président américain pour l’Afrique et les affaires arabes et moyen-orientales, Massad Boulos, a affirmé dimanche que l’Algérie constitue « un partenaire important » des États-Unis dans le renforcement de la sécurité régionale, à l’issue d’une audience avec le président Abdelmadjid Tebboune au palais d’El Mouradia. Cette visite, la quatrième ou cinquième du haut responsable américain à Alger en un peu plus d’un an, illustre la place grandissante qu’occupe la capitale algérienne dans l’agenda diplomatique de Washington pour le Maghreb et le Sahel.
Dans une déclaration à la presse à l’issue de sa rencontre avec le chef de l’État, Massad Boulos a d’abord tenu à remercier son hôte pour la qualité de l’accueil, se disant heureux de « revenir aujourd’hui en Algérie » après un entretien qu’il a qualifié de « fructueux ». Il a présenté ces discussions comme le prolongement d’échanges antérieurs, précisant qu’elles s’inscrivaient dans « le prolongement des discussions récentes autour des priorités régionales communes et des relations bilatérales entre les États-Unis et l’Algérie ». Le conseiller américain a insisté sur le double registre de ce partenariat, à la fois sécuritaire et économique, décrivant l’Algérie comme un acteur clé « dans le renforcement de la sécurité régionale, l’élargissement des opportunités économiques et la réalisation de la prospérité pour les deux pays ».
L’émissaire de la Maison-Blanche s’est également arrêté sur ses entretiens avec le Premier ministre, Sifi Ghrieb, avec le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, ainsi qu’avec le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, précisant que les discussions avec ce dernier ont porté sur les moyens de consolider la coopération énergétique. Avant de clore son propos, Massad Boulos a présenté ses condoléances au gouvernement et au peuple algériens après les feux de forêt ayant récemment touché plusieurs wilayas du centre et de l’est du pays, exprimant sa solidarité avec les populations sinistrées.
De son côté, les services du Premier ministre ont indiqué, dans un communiqué distinct, que Sifi Ghrieb et Massad Boulos avaient exprimé leur satisfaction devant « la dynamique positive que connaît le partenariat bilatéral entre l’Algérie et les États-Unis d’Amérique dans différents domaines, notamment économiques ». Les deux parties ont évoqué les moyens de « approfondir la coopération bilatérale et de la diversifier pour englober de nouveaux secteurs, de manière à renforcer la présence des entreprises américaines et élargir leurs investissements en Algérie ainsi qu’à faire progresser le volume des échanges commerciaux entre les deux pays amis », selon la même source.
Cette séquence diplomatique ne relève pas d’un épisode isolé. Depuis un an, les allers-retours de responsables américains à Alger se sont multipliés à un rythme inhabituel. Massad Boulos lui-même avait effectué une première visite en juillet 2025, axée sur le renforcement de la coopération commerciale, avant de revenir en janvier puis en mai 2026, où il s’était entretenu à Washington avec l’ambassadeur algérien Sabri Boukadoum. Entre ces déplacements, le numéro deux du département d’État, Christopher Landau, et le commandant du Commandement américain pour l’Afrique, le général Dagvin Anderson, s’étaient rendus fin avril à Alger, reçus par le président Tebboune en sa qualité de chef suprême des forces armées. Le général Anderson avait alors salué le rôle de l’Algérie comme « pilier de la stabilité » dans la région et rencontré le chef d’état-major de l’ANP, le général Saïd Chanegriha, pour évoquer l’approfondissement de la coopération militaire face à la menace terroriste dans la bande sahélo-saharienne.
Sur le terrain économique, les deux capitales mettent régulièrement en avant la présence de plus de 120 entreprises américaines déjà actives en Algérie, un chiffre revenu à plusieurs reprises dans les échanges entre Massad Boulos et les responsables algériens depuis le printemps dernier. L’énergie demeure le secteur le plus avancé de ce rapprochement, comme en témoigne l’entretien de dimanche avec le patron de Sonatrach, mais les discussions évoquées ces derniers mois par la partie américaine ont aussi porté sur l’élargissement des investissements vers l’agriculture et l’industrie, dans une logique de diversification des échanges au-delà des hydrocarbures. Ce sont précisément ces secteurs que Sifi Ghrieb et Massad Boulos ont désignés comme les nouveaux terrains à explorer pour faire progresser le volume des échanges commerciaux bilatéraux.
Sur le dossier énergétique justement, les contacts entre Sonatrach et les majors américaines se sont multipliés. Le groupe algérien a signé en mai 2024 un protocole d’accord avec ExxonMobil portant sur l’exploration des bassins de l’Ahnet et du Gourara, dans le sud du pays, un texte que les deux parties ont continué d’approfondir lors de plusieurs rencontres à Houston, la dernière ayant porté sur le transfert technologique et la formation. Chevron, de son côté, a tenu ses propres rounds de discussions avec Sonatrach, la compagnie américaine ayant multiplié les contacts autour de projets liés au gaz conventionnel et non conventionnel, dans un contexte où l’Algérie cherche à attirer de nouveaux investisseurs après l’adoption d’une loi sur les hydrocarbures plus incitative. Le volet agricole illustre lui aussi la concrétisation de ce rapprochement. Le mégaprojet Baladna, porté par le groupe qatari à Adrar pour un investissement global de 3,5 milliards de dollars, s’appuie largement sur une coopération américaine engagée depuis 2023 dans le domaine de la génétique animale. Après la signature en avril dernier des contrats de la deuxième phase, pour un montant de 635 millions de dollars, le projet prévoit l’importation de 30 000 vaches laitières Holstein en provenance de neuf États américains, acheminées par un pont aérien de 109 vols étalé sur dix mois à partir de novembre 2026. L’ambassade des États-Unis à Alger avait salué cette opération comme le « début d’un nouveau chapitre dans la coopération agricole entre les États-Unis et l’Algérie », rappelant que des entreprises américaines comme Valmont, spécialisée dans l’irrigation, sont également parties prenantes du projet.
Cette accumulation de visites, sécuritaires avec les passages de responsables de l’Africom et diplomatiques avec les déplacements répétés de Massad Boulos, traduit la place que Washington accorde à l’Algérie comme un interlocuteur de premier plan sur les dossiers régionaux, du Sahel au Sahara occidental, tout en cherchant à consolider une relation économique appelée à s’étendre à de nouveaux secteurs stratégiques.
Salim Amokrane

