À la UneActualité

Trafic de Prégabaline : L’Algérie hausse le ton pour une classification internationale

Face à l’explosion des saisies de prégabaline sur son territoire, l’Algérie a plaidé à Vienne pour une classification internationale de cette molécule encore hors de tout contrôle.

La délégation algérienne a plaidé, à la clôture de la 33e réunion des chefs des services nationaux chargés de l’application des lois sur les drogues en Afrique tenue à Vienne, pour une classification internationale de substances aujourd’hui hors de tout contrôle, au premier rang desquelles la prégabaline, selon un communiqué diffusé dimanche par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Le directeur général de cet organisme, Tarek Kour, a proposé, au nom du pays, d’inscrire le trafic illicite de la prégabaline et son détournement à l’ordre du jour de la prochaine session HONLEA-Afrique. Une initiative qui prend tout son sens quand on regarde les chiffres remontés du terrain ces derniers mois. Selon des données rapportées début septembre, près de 60 millions de comprimés psychotropes ont été interceptés par les services de sécurité en Algérie depuis janvier 2026, une hausse de plus de 10% par rapport à l’ensemble de l’année 2025, elle-même déjà marquée par la saisie de plus de 43 millions de comprimés. Le 21 août, une opération à elle seule a permis la saisie de 10,4 millions de gélules de prégabaline et de 33 kilogrammes de cocaïne, avec 25 arrestations et un réseau que les enquêteurs situent entre l’ouest algérien, le Maroc, la France et Dubaï pour la circulation des fonds.

Ce médicament, initialement conçu pour traiter l’épilepsie, les douleurs neuropathiques et certains troubles anxieux, s’est imposé au fil des années comme la molécule de prédilection des filières de trafic, précisément parce qu’elle échappe encore au régime de contrôle international appliqué aux stupéfiants classiques. Une étude menée sur sept ans par le centre antipoison d’Ouargla, dans le sud du pays, a montré que la part des intoxications à la prégabaline parmi l’ensemble des intoxications aiguës est passée de 0,8% en 2017 à 25,5% en 2023, une progression qui traduit à elle seule l’ampleur prise par le phénomène chez les jeunes consommateurs. Prise à haute dose, seule ou mélangée à l’alcool, la molécule provoque des effets euphorisants et désinhibiteurs recherchés, mais expose aussi à des troubles graves du rythme cardiaque, à une dépression respiratoire et, en cas d’usage prolongé, à une dépendance dont le sevrage s’accompagne d’une agressivité comparable à celle observée chez les usagers de cocaïne.

Le communiqué de l’ONLCDT insiste sur la nécessité de « mobiliser le soutien africain en vue de développer une approche commune de lutte contre ce phénomène et de formuler des recommandations et des mesures concrètes aux niveaux national, régional et international ». Une formule qui traduit une conviction partagée par plusieurs pays du continent, confrontés comme l’Algérie à des réseaux qui exploitent le flou juridique entourant ces substances pour alimenter un marché parallèle particulièrement lucratif, la Direction générale de la sûreté nationale ayant évalué à près de 65 millions d’euros la valeur marchande des seuls produits saisis lors de l’opération d’août.

Au-delà du chiffre, c’est la jeunesse qui paie le prix fort de ce détournement. Faible coût, accessibilité en pharmacie via des ordonnances falsifiées ou un simple nomadisme médical, effet antalgique et sensation d’ivresse recherchée, la prégabaline a gagné le surnom de « drogue du pauvre », installée dans certains quartiers comme un substitut bon marché aux stupéfiants classiques. Ce glissement pèse directement sur la santé mentale et fragilise la cohésion sociale.  C’est dans ce contexte que l’Algérie réaffirme, selon le communiqué, « son attachement à poursuivre ses efforts dans la lutte contre le trafic illicite de substances psychotropes et à renforcer l’action africaine commune face aux nouveaux défis dans ce domaine ». A l’issue des travaux de Vienne, l’ambassadeur Rachid Bladehane, représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies et des organisations internationales dans la capitale autrichienne, a reçu la délégation algérienne pour évoquer, selon la même source, les moyens de « renforcer la coopération internationale et à intensifier la coordination conjointe dans ce domaine ».

En portant ce dossier devant les enceintes internationales, Alger cherche moins un symbole diplomatique qu’un levier concret. Sans classification internationale, la prégabaline continuera de circuler dans l’angle mort des conventions existantes, pendant que les saisies record s’accumulent sans jamais tarir le flux. La proposition algérienne vise précisément à combler ce vide, avant que le phénomène ne s’enracine.

Hocine Fadheli

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *