Sifi Ghrieb lundi à Bamako : Sceller l’accélération du rapprochement
Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, est attendu ce lundi à Bamako pour une visite de travail à l’invitation de son homologue malien, le général de division Abdoulaye Maïga, une étape qui vient sceller l’accélération du rapprochement entre les deux pays voisins après une crise diplomatique d’une quatorzaine de mois qui avait fragilisé des décennies de coordination dans le Sahel. Selon un communiqué de la primature malienne repris par plusieurs médias, le cpremier ministre algérien sera accompagné d’une importante délégation et portera un message écrit du président Abdelmadjid Tebboune destiné au président de la transition, le général Assimi Goïta. Le programme prévoit une audience au palais présidentiel de Koulouba, où Sifi Ghrieb sera reçu par le président malien avant une séance de travail avec le général Maïga. La même source précise que ce déplacement fait suite à celui effectué à Alger, le 24 août dernier, par le Premier ministre malien, « dans le cadre de la redynamisation des relations bilatérales entre le Mali et l’Algérie ».
Cette normalisation s’est enclenchée à partir du 10 juillet, date à laquelle les deux pays ont annoncé simultanément le retour de leurs ambassadeurs respectifs. Ce geste diplomatique a été suivi de la levée des restrictions imposées à l’espace aérien entre les deux capitales, les ministères de la Défense des deux pays ayant décidé d’annuler l’ensemble des mesures de restriction et de rouvrir totalement leur ciel, permettant ainsi la reprise des liaisons de transport et d’approvisionnement direct. Sur le plan politique, un appel téléphonique passé le 9 août par Sifi Ghrieb à son homologue malien avait contribué à faire fondre les tensions, ouvrant la voie à l’organisation de rencontres directes entre responsables des deux pays. Cette dynamique s’est concrétisée par la visite à Alger, le 24 août, du général Abdoulaye Maïga, reçu par le président Tebboune à l’issue d’une rencontre conclue par une déclaration commune évoquant une « convergence de vues » sur les dossiers d’actualité. À sa sortie du palais d’El-Mouradia, le chef du gouvernement malien avait résumé l’esprit de cette rencontre en affirmant que « les dirigeants de nos deux pays ont exprimé clairement leur conviction pour faire de la région une oasis pour la paix, dénuée de toute forme de néocolonialisme, de toute forme d’hégémonie et de toute forme de terrorisme ». Bamako avait par ailleurs salué la position algérienne fondée sur le respect de la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires intérieures du Mali, ouvrant la perspective d’une prochaine visite du général Goïta à Alger.
Le rapprochement ne se limite pas au registre diplomatique et sécuritaire. Les deux capitales ont engagé des consultations pour relancer les projets de développement conjoints dans les zones frontalières et reprendre la coopération dans les domaines de l’énergie et du commerce, donnant à cette relation une dimension pratique qui dépasse la simple gestion des différends politiques. Les entretiens attendus à Bamako devraient ainsi porter, outre la consolidation du dégel diplomatique, sur des dossiers sécuritaires sensibles liés à la lutte antiterroriste et à la sécurisation des vastes frontières communes, ainsi que sur les moyens de faire redémarrer les investissements économiques bilatéraux susceptibles de soutenir la stabilité régionale.
Ce contexte de réchauffement intervient alors que les relations entre Alger et Abou Dhabi restent rompues, Bamako ayant, selon des accusations documentées par des sources maliennes et relayées par la presse algérienne, reproché aux Émirats arabes unis d’avoir contribué au renforcement des capacités militaires de groupes armés actifs au Mali, notamment par le versement d’une rançon estimée entre 50 et 70 millions de dollars et la fourniture de matériel lors de la libération d’un ressortissant émirien, sans qu’aucun investissement économique structurant n’ait été consenti dans le pays. Dans ce contexte, l’Algérie apparaît, aux yeux de Bamako, comme un partenaire en mesure d’offrir une alternative fondée sur une coopération sécuritaire et économique de long terme.
Chokri Hafed

