Dans un contexte parqué par la montée des risques : L’Algérie plaide pour une agence de gouvernance mondiale de l’IA
Depuis Riyad, où se tient jusqu’au 17 septembre le 4e Forum mondial de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a plaidé mardi pour la création d’une agence internationale de gouvernance de l’IA, alertant sur le risque d’une dépendance structurelle des pays du Sud face à la concentration technologique entre quelques puissances et grandes entreprises.
Organisé conjointement par l’UNESCO et l’Autorité saoudienne des données et de l’intelligence artificielle (SDAIA), sous le thème « Transformer la coopération mondiale pour une gouvernance éthique de l’intelligence artificielle », ce rendez-vous réunit à Riyad, du 14 au 17 septembre, ministres, experts et décideurs de près de 194 États membres. C’est dans ce cadre que le représentant algérien est intervenu, mardi, lors d’une réunion ministérielle à huis clos, pour poser un diagnostic sans détour sur les rapports de force qui structurent aujourd’hui l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle. Devant ses homologues, le ministre a d’abord pointé un déséquilibre de fond concernant la capacité de concevoir et d’exploiter des systèmes d’IA qui reste concentrée entre les mains d’un nombre restreint d’États et d’entreprises. Pour nombre de pays, a-t-il expliqué, l’enjeu dépasse largement la seule question réglementaire. Il touche à l’accès même aux leviers technologiques comme la puissance de calcul, les infrastructures de données et d’énergie, les compétences qualifiées, les modèles d’IA et financements sans lesquels aucune souveraineté numérique réelle n’est envisageable. Le message se veut un avertissement autant qu’un appel à l’action. Selon Sid Ali Zerrouki, si cette concentration des moyens venait à perdurer, de nombreux États continueraient certes de siéger dans les instances de gouvernance mondiale de l’IA, mais dans les faits, ils resteraient tributaires de décisions prises ailleurs, sans réelle prise sur les règles qui s’imposeraient à eux. Une manière de rappeler que la participation formelle aux discussions internationales ne garantit pas, à elle seule, un pouvoir d’influence effectif.
La souveraineté technologique n’est pas un repli sur soi
Le ministre a néanmoins tenu à nuancer la notion de souveraineté technologique, refusant de la réduire à un repli sur soi. Pour lui, elle consiste avant tout en la capacité nationale de comprendre, d’évaluer, de réguler et, progressivement, de développer les systèmes dont dépendent désormais les économies, les administrations et les sociétés. Un plaidoyer qui rejoint les priorités affichées ces derniers mois par l’Algérie qui a présenté en août dernier un plan national d’IA articulé autour de cinq axes à savoir modèles gouvernementaux souverains et open source, données, infrastructures, compétences humaines et modernisation de l’administration, avec l’ambition assumée de réduire la dépendance aux solutions étrangères et de former 30 000 spécialistes d’ici 2030.
C’est précisément ce basculement que le chef du département de la Poste et des Télécommunications a appelé à opérer à l’échelle internationale pour passer d’une logique de formation ponctuelle à une véritable stratégie de renforcement des capacités. Il a également invité l’UNESCO à jouer un rôle moteur dans la définition d’un cadre opérationnel fixant un socle minimal de capacités de gouvernance et de maîtrise technique, accessible à chaque État membre. « Il ne peut y avoir de règles mondiales pour l’intelligence artificielle sans capacité mondiale d’agir », a-t-il résumé, estimant qu’une IA véritablement éthique suppose aussi une possibilité équitable de participer à sa conception, et pas seulement à son usage.
Sur cette base, le ministre a formellement appelé à la mise en place, sans attendre, d’une agence internationale dédiée à la gouvernance de l’intelligence artificielle. Il a toutefois pris soin de préciser que sa concrétisation devrait s’appuyer sur une large concertation internationale, de manière à s’articuler avec les cadres et initiatives déjà existants, plutôt que de les concurrencer, et à renforcer la coordination des efforts engagés à travers le monde, au service de l’humanité, sans freiner l’innovation.
Cette intervention s’inscrit dans un débat mondial de plus en plus pressant sur les risques d’une IA à deux vitesses, où l’accélération technologique des pays les mieux dotés en infrastructures et en capitaux creuserait davantage la fracture numérique avec les économies émergentes. Les travaux du Forum de Riyad, qui se poursuivent jusqu’à jeudi en parallèle du Sommet mondial sur l’IA, doivent précisément tenter d’esquisser les contours d’une régulation internationale capable de concilier innovation, éthique et équité d’accès.
Malik Meziane

