Recomposition de l’espace sahélien : L’Algérie s’impose comme partenaire constant et incontournable
En marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, Ahmed Attaf a réaffirmé, devant une réunion consacrée à la Confédération des Etats du Sahel, l’attachement constant de l’Algérie à la souveraineté et à la non-ingérence dans cette région avec laquelle elle partage une profondeur historique et sécuritaire. Une prise de position qui vient conforter, sur la scène multilatérale, l’action de stabilisation menée depuis plusieurs mois par Alger auprès de ses voisins sahéliens, à travers un maillage de coopération économique, énergétique et sécuritaire.
Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a pris part, en marge de la semaine de haut niveau de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, à une réunion consacrée au thème « Sécurité et développement au Sahel, le cas de la Confédération des Etats du Sahel ». Devant cette assistance, le ministre a rappelé « la profondeur des liens historiques unissant l’Algérie aux pays voisins du Sahel et son engagement constant à renforcer les liens de fraternité, de solidarité, de bon voisinage et de coopération dans tous les domaines d’intérêt commun ». Il a surtout tenu à réaffirmer « l’engagement constant et clair de l’Algérie en faveur du respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale des Etats du Sahel, ainsi que de leur droit à déterminer les voies à même de garantir leur sécurité et leur développement, en coopération avec leurs partenaires et loin de toute ingérence extérieure ».
Cette prise de parole n’a rien d’un exercice protocolaire isolé. Elle vient au contraire consolider, sur la tribune la plus universelle qui soit, une doctrine que le président de la République Abdelmadjid Tebboune défend de longue date, celle d’un lien organique entre sécurité et développement. Attaf a d’ailleurs rappelé cette « approche globale » du chef de l’Etat, fondée sur l’idée que l’on ne stabilise pas durablement une région en traitant la seule dimension sécuritaire, sans s’attaquer en parallèle aux racines économiques et sociales de la fragilité.
Cette doctrine ne se limite pas aux discours. Elle se traduit, depuis le début de l’année, par une reconstruction méthodique du tissu de coopération entre Alger et ses voisins directs. Avec le Niger, le fil renoué en février, lors de la visite à Alger du président de la Transition Abdourahamane Tiani, a permis de refermer la parenthèse ouverte en avril 2025. Depuis, le projet de gazoduc transsaharien a connu plusieurs relances concrètes, avec les missions successives du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, à Niamey en janvier, puis les rencontres d’experts organisées en marge de la Grande commission mixte algéro-nigérienne en mars, et le lancement en août du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1. C’est cette même dynamique que le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, est venu saluer vendredi devant l’AGNU, en affirmant que son pays tient debout notamment grâce à l’accompagnement de l’Algérie dans l’exploitation de ses ressources et le renforcement de son dispositif de défense.
Avec le Mali, la relation a suivi une trajectoire plus heurtée mais tout aussi révélatrice de la constance algérienne. Les deux capitales ont engagé depuis l’été 2026 une série de gestes de réconciliation, du retour de l’ambassadeur malien à Alger en juillet à la visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako le 14 septembre, en passant par l’entretien tenu samedi à New York entre Attaf et son homologue Abdoulaye Diop, au cours duquel les deux ministres ont convenu d’élaborer une feuille de route bilatérale, en attendant une visite annoncée du président malien de transition Assimi Goita à Alger.
Avec le Burkina Faso enfin, le rapprochement s’est concrétisé début février par la visite à Ouagadougou d’une importante délégation conduite par Mohamed Arkab, débouchant sur la signature d’un protocole destiné à porter la relation bilatérale au rang de partenariat stratégique dans les hydrocarbures, les mines et l’énergie.
Ce triptyque dessine une cohérence d’ensemble qui dépasse la simple juxtaposition de dossiers bilatéraux. Il traduit une lecture stratégique assumée par Alger, celle d’un Sahel dont la stabilité constitue un enjeu direct pour la propre sécurité nationale algérienne, et où l’appui au développement économique des voisins vaut autant, sinon plus, que la seule coopération sécuritaire. En insistant, à l’ONU, sur le refus de toute ingérence extérieure et sur le droit des Etats sahéliens à choisir eux-mêmes les voies de leur sécurité, Attaf n’a fait que porter sur la scène multilatérale un principe déjà à l’œuvre sur le terrain, celui d’un partenariat fondé sur le respect des souverainetés et non sur la tutelle.
Cette approche prend un relief particulier alors que la région traverse une phase de recomposition marquée par le retrait progressif de certains partenaires occidentaux et par l’émergence de nouveaux pôles d’alliance, à l’image de la Confédération des Etats du Sahel elle-même, mais aussi par l’intensification des interventions externes par le biais de proxys. Dans ce contexte, l’Algérie se positionne comme un partenaire de continuité, capable d’accompagner ses voisins dans leurs choix souverains sans chercher à s’y substituer, à rebours des logiques de tutelle des puissances à l’œuvre dans la région.
Hocine Fadheli

