Ségolène Royal dénonce les « deux poids, deux mesures » de Paris : La brouille avec Alger coûte déjà des centaines d’entreprises françaises
Les échanges commerciaux entre Paris et Alger reculent et quelque 300 entreprises françaises ont déjà fait faillite, pendant que d’autres capitales européennes signent avec l’Algérie les accords que la France laisse filer. Invitée d’une radio française lundi, Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie et candidate à la candidature socialiste à l’Élysée 2027, a appelé Paris à cesser de faire la leçon à son partenaire algérien et à regarder d’abord ce qui se passe chez elle.
Alors que la dette publique de la France a atteint les 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2026, soit 119,0 % du PIB et que quelque 300 entreprises ont mis la clé sous le paillasson, une « Algérophobie » est développée par une partie de la classe politique française reliée par les médias mainstream en guise de « placebo ». C’est dans ce contexte que l’Algérie reste la cible récurrente d’une partie des médias français et de l’extrême droite. Sur les ondes d’une radio française, lors d’un débat consacré à l’état des relations entre Alger et Paris, la présidente de l’Association France-Algérie et candidate à la candidature socialiste à l’Élysée 2027, Ségolène Royal, a renvoyé la France à ses propres contradictions.
Mme Royal a d’abord rappelé la baisse des échanges commerciaux entre les deux pays, une dégradation qui a touché de nombreuses entreprises françaises. Elle a opposé cette situation au dynamisme du partenariat algérien avec d’autres capitales européennes. Au moment où « 300 entreprises françaises ont fait faillite », a-t-elle relevé, des pays européens ont « signé un accord avec l’Algérie sur l’hydrogène vert ».
Et elle s’appuie sur des faits. Jeudi dernier, l’Algérie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et la Tunisie ont signé une Déclaration commune d’intentions politiques. Les cinq partenaires y ont réaffirmé leur engagement à renforcer la coopération régionale et euro-méditerranéenne dans le domaine de l’hydrogène vert, en soulignant l’importance stratégique de l’initiative SoutH2 Corridor. Mme Royal a précisé que, il y a huit jours, des ministres de l’Énergie de pays européens se trouvaient à Alger pour conclure cet accord. Elle en a tiré une conclusion politique, la France doit s’entendre avec ses « voisins » et avec « l’ensemble du continent africain ».
Le débat a pris un tour plus vif lorsque l’animateur, Benjamin Duhamel, a pressé son invitée de qualifier l’État algérien de « (…) régime autoritaire », « (…) Une dictature ? » Mme Royal a refusé d’endosser le vocabulaire de son interlocuteur. « Ce n’est pas à moi de qualifier politiquement un pays (…) Non, je ne peux pas dire. C’est au peuple algérien de se définir », a-t-elle répondu.
Face à l’insistance du journaliste, qui a évoqué la détention de Boualem Sansal et de Christophe Gleizes, la présidente de l’AFA n’a pas varié. Elle a reconnu l’existence de difficultés, sans en faire un verdict. « Je pense en effet qu’il y a un certain nombre de problèmes, mais la France n’a pas un certain nombre de problèmes ? Elle détient l’agent consulaire algérien aussi. Vous croyez que c’est malin, ça ? » Par ce rappel, elle a mis en regard les griefs formulés à l’encontre d’Alger et une situation dont Paris est directement partie prenante.
C’est ensuite sur le terrain intérieur français que Mme Royal a déplacé la discussion. « Vous pensez que la France, c’est quoi ? (…) Ce n’est pas un régime autoritaire de mettre des menottes à des gamins de 14 ans ? », s’est-elle interrogée. La candidate à la présidentielle de 2027 a invité à regarder d’abord « ce qui se passe en France ». « Je dis attention à la visibilité de ce qui se passe dans certains pays », ajouta-t-elle qualifiant plus loin de « barbare ce qu’on voit dans les rues de Paris ». La réponse pointe une politique de « deux poids deux mesures » la sévérité affichée envers les autres pays s’accompagne d’une indulgence certaine pour les dérives observées chez soi.
Pour tordre le cou aux accusations, la présidente de l’AFA a avancé un dernier argument, d’ordre diplomatique. « Si l’Algérie était ce que vous dites, vous croyez que le Pape serait allé en Algérie ? », a-t-elle lancé, avant de le répéter avec insistance. Elle s’est montrée constante dans sa position et a refusé jusqu’au bout de qualifier l’Algérie de « régime autoritaire », malgré les relances du journaliste.
Au-delà de l’échange radiophonique, la séquence illustre un décalage croissant entre le discours médiatique dominant en France et la réalité des partenariats que l’Algérie noue avec ses voisins de la Méditerranée. Pendant que la polémique occupe les plateaux en France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Tunisie avancent avec Alger sur un projet énergétique d’envergure. La France, elle, voit ses échanges commerciaux reculer, ses entreprises en difficulté et sa dette atteindre des niveaux inédits. L’avertissement de Mme Royal tient en peu de mots, la France a davantage à gagner à renouer avec ses partenaires qu’à leur faire la leçon.
Salim Amokrane

