NAPEC : L’Algérie joue sa carte dans un marché sous tension
À l’ouverture de la 14e édition du NAPEC, le ministre d’Etat chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a défendu un gaz naturel appelé à rester au cœur du mix énergétique mondial. Entre appel d’offres 2026, hydrogène et gazoduc transsaharien, Alger veut s’imposer comme le partenaire fiable d’un monde en quête de sécurité d’approvisionnement, au profit de toutes les parties.
Alors que les marchés mondiaux de l’énergie traversent une période de turbulences, l’Algérie a choisi la scène du Napec àOran pour rappeler qu’elle compte rester un pilier de l’approvisionnement de l’Europe et de l’Afrique, dans le cadre de partenariats gagnant-gagnant. À l’ouverture du Salon et de la Conférence sur l’énergie et l’hydrogène pour l’Afrique et le bassin méditerranéen, Mohamed Arkab a posé le cadre sans détour. « Le gaz naturel continuera de jouer un rôle important dans le mix énergétique », a-t-il affirmé, en insistant sur sa capacité à offrir de la flexibilité aux systèmes énergétiques et à soutenir l’activité industrielle. Le ministre a souligné que les prévisions internationales annoncent une demande de pétrole et de gaz qui se poursuivra durant les prochaines décennies, et le monde ne peut donc pas relâcher l’investissement dans les hydrocarbures. M. Arkab n’oppose pas pour autant les molécules aux énergies propres. Il plaide pour une « approche équilibrée » du mix, où chaque source se développe en complémentarité avec les autres, de façon à répondre à la croissance de la demande tout en améliorant l’efficacité énergétique et en réduisant les émissions.
Le gaz y joue un rôle charnière. Il accompagne le passage vers un système moins émetteur de carbone, il permet de valoriser sur place les ressources nationales et il garantit la souplesse des réseaux quand le solaire et l’éolien marquent le pas.
De la transition à l’addition
Le slogan de cette édition résume l’esprit des débats. Il s’agit d’aller « de la transition énergétique à l’addition énergétique », afin de garantir la sécurité énergétique, l’accessibilité financière et la décarbonation. Le glissement de mots n’a rien d’anodin. Là où la transition suppose qu’une énergie en remplace une autre, l’addition postule qu’elles s’empilent et se complètent, sans que l’une ait à disparaître pour que l’autre prospère.
Le président de l’Autorité de régulation des hydrocarbures, Amine Remini, a développé cette logique autour de la notion de « valeur ajoutée énergétique ». Selon lui, le défi consiste à combiner avec réalisme, responsabilité et efficacité le pétrole, le gaz et les renouvelables, au lieu de les mettre en concurrence, et à le faire sur toute la chaîne, de la production à la consommation en passant par le transport. Le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, a abondé dans le même sens en présentant l’addition énergétique comme une vision « réaliste et équilibrée » de l’avenir, adossée à un mix « diversifié, flexible et résilient ». Pour lui, les bouleversements du paysage énergétique mondial rendent le dialogue et la coopération plus nécessaires que jamais.
L’appel d’offres 2026, l’appel aux investisseurs
Le discours ne s’arrête pas aux principes. Il se double d’une offre très concrète. M. Arkab a invité les entreprises, les investisseurs, les sociétés de services et d’ingénierie ainsi que les partenaires technologiques à saisir les opportunités de l’appel d’offres algérien 2026. Après le succès de l’édition 2024, ce nouveau round doit s’inscrire dans un cadre « compétitif, transparent et orienté vers le long terme ». Le calendrier est précis, avec la remise des offres en janvier 2027 et la signature des contrats en mars de la même année.
Le ministre a rappelé que la loi de 2019 sur les hydrocarbures offre un cadre plus incitatif pour la recherche, l’exploration et la production, ainsi que pour l’adoption de technologies modernes, à commencer par la récupération assistée des hydrocarbures. L’enjeu est de relever les taux de récupération des gisements existants et d’en améliorer la rentabilité. Les partenariats espérés reposent sur le partage d’expertise, l’efficacité opérationnelle, l’innovation, la promotion du contenu local et la formation des compétences nationales.
Du côté de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures, Abdelkader Cherfaoui a mis en avant des chiffres qui donnent du poids à ce discours. Près de 60 entreprises ont manifesté leur intérêt pour l’appel d’offres, et la moitié d’entre elles ont déjà consulté les données techniques et les salles de données virtuelles ouvertes depuis le 1er juin. Il y voit un indicateur concret d’attractivité. « L’Algérie dispose de solides atouts pour attirer des investissements à long terme dans le secteur des hydrocarbures, notamment grâce à son important potentiel dans le domaine de l’amont, à la diversité de son domaine minier, à son expertise et à ses infrastructures reconnues, ainsi qu’à sa position stratégique à proximité des principaux marchés », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’ambition n’était pas seulement de vendre des opportunités mais de s’imposer comme un partenaire institutionnel fiable, selon quatre principes, la transparence, la compétitivité, la confiance et le partenariat. M. Remini a complété le tableau en évoquant la stabilité du pays, la modernisation de son autorité de régulation et la qualité du climat des affaires, autant d’atouts sur lesquels les investisseurs peuvent compter à court, moyen et long termes, selon lui.
Hydrogène et gazoduc transsaharien, les paris de l’après
Si le gaz reste la colonne vertébrale, Alger regarde déjà au delà. Le ministre de l’Energie et des Energies renouvelables, Mourad Adjal, a expliqué que le pays misait sur l’hydrogène renouvelable et sur la construction d’une chaîne de valeur nationale intégrée. Celle-ci couvrirait tous les maillons, de la production d’énergie et de la fabrication des équipements jusqu’à l’électrolyse, au stockage et au transport. Il a insisté sur la recherche et développement, l’innovation et la formation, condition pour maîtriser les technologies et faire émerger une dynamique industrielle propre.
Sur le plan régional, le Corridor Sud de l’hydrogène, qui relie l’Afrique du Nord à l’Europe, occupe une place stratégique. L’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé le 1er octobre la Déclaration ministérielle d’Alger consacrée à ce projet. M. Adjal a aussi évoqué l’Alliance algéro-européenne pour l’hydrogène, ALTEH2A, dont les premiers résultats de l’étude de faisabilité sont attendus en 2027.
Pour sa part, M. Daoudi a replacé l’Algérie dans le rôle de « trait d’union énergétique » entre l’Afrique et l’Europe, grâce à sa géographie, à ses ressources et à ses réseaux de transport. Il a souligné l’importance du projet de gazoduc transsaharien, destiné à relier les ressources gazières africaines aux marchés européens et à renforcer l’intégration régionale. Sonatrach, a-t-il assuré, poursuivra ses investissements sur toute la chaîne de valeur, en renforçant en parallèle la numérisation, la gouvernance et les partenariats internationaux.
Un plateau qui parle autant que les discours
La liste des participants dit beaucoup de l’intérêt que suscite la destination. Plus de 450 exposants et 230 intervenants se retrouvent jusqu’au 7 octobre au Centre des conventions d’Oran. Du côté national, on compte Sonatrach, Sonelgaz, Naftal, l’ALNAFT et l’ARH. Du côté international, on croise TotalEnergies, Eni, ExxonMobil, Equinor, Chevron, Occidental Petroleum, Pertamina, SLB, Halliburton, Baker Hughes et Petrofac, aux côtés d’équipementiers comme Siemens Energy, ABB et Alfa Laval. La présence du secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains, du président de la Chambre de commerce américaine en Algérie et d’une conseillère du président namibien pour le pétrole et le gaz élargit encore le cercle.
Le programme des conférences ira de la décarbonation à l’efficacité énergétique, des interconnexions aux nouvelles technologies, avec une attention particulière à la valorisation des gisements matures, à la productivité des puits et à l’optimisation des infrastructures existantes.
Au fond, Oran a servi de vitrine à un pari. Dans un marché énergétique fragilisé, l’Algérie affirme qu’elle peut offrir ce que beaucoup recherchent, du gaz livré à proximité des grands marchés, un cadre juridique rénové, des infrastructures éprouvées et une ouverture assumée aux technologies de demain. En retour, elle attend des capitaux, du savoir faire et des transferts de compétences qui profiteront aussi à son tissu industriel.
Samira Ghrib

