Premières condamnations à mort dans des affaires de narcotrafic : Le couperet tombe !
Neuf accusés, dont six jugés par contumace, ont été condamnés à la peine capitale à Alger dans des affaires de trafic de cocaïne et de prégabaline. Une première qui s’inscrit dans un durcissement général de l’arsenal contre les réseaux de la drogue.
Le tribunal criminel près la Cour d’Alger a prononcé lundi les premières condamnations à mort en application de la loi 25-03 du 1er juillet 2025 relative à la prévention et à la répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants. Trois accusés présents à l’audience et six jugés par contumace sont concernés, dans des dossiers portant sur 113 kilogrammes de cocaïne et 225 030 comprimés de prégabaline. Ils étaient poursuivis pour importation, transport, stockage et détention en vue de la vente de drogues dures et de psychotropes, au sein d’un groupe criminel organisé visant à porter atteinte à la sécurité nationale, ainsi que pour contrebande, usurpation d’identité, immigration clandestine et blanchiment d’argent.
Le verdict n’a rien d’une surprise. Le 22 septembre à Oran, le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, avait prévenu que «la peine de mort sera appliquée à la lettre», évoquant la lutte contre la drogue et la saisie de grandes quantités de comprimés et de substances comme la cocaïne et l’héroïne. Il avait promis que «la justice va frapper d’une main de fer, avec la force de la loi», tout en rappelant que l’exécution n’intervient qu’après épuisement des voies de recours.
Il faut dire que le contexte est marqué par un ferme durcissement de la législation face à l’ampleur que prennent des phénomènes qui criminels qui menacent désormais la sécurité et la stabilité du pays. Une situation qui induit la révision récente du code pénal pour réinstaurer l’exécution de la peine capitale. L’Algérie observe un moratoire sur les exécutions depuis 1993. Or l’Assemblée populaire nationale a adopté le 1er octobre le texte modifiant le Code pénal, qui instaure la peine de mort contre les auteurs d’incendies volontaires de forêts et de champs et d’enlèvements d’enfants, sans circonstances atténuantes. Ce projet répond à la demande du président Abdelmadjid Tebboune, formulée fin août après les incendies meurtriers de l’été. Présenté lundi devant la commission compétente du Conseil de la nation, il poursuit son parcours législatif. Des mesures applicables selon le ministre de la Justice au narcotrafic dans le cadre des dispositions prévues par la loi de 2025 et qui marque un durcissement des sanctions et des peines contre les narcotrafiquants. Car la menace des réseaux de trafic de drogue est pris une ampleur inédite et documentée. Au premier semestre 2026, les unités de l’Armée nationale populaire ont arrêté 1 092 narcotrafiquants et saisi 156,5 quintaux de kif traité, plus de 730 kilogrammes de cocaïne et près de 25,6 millions de comprimés psychotropes. Les 1er et 2 octobre à Béchar, deux tentatives d’introduction de 1 660 kilogrammes de kif traité ont été déjouées et un narcotrafiquant a été éliminé. Côté santé publique, plus de trois millions de personnes souffraient d’addiction en 2024, selon des chiffres attribués à l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
Une situation qui a appelé à une réponse ferme au plus haut sommet de l’État. Le 2 septembre, le Haut Conseil de sécurité, réuni sous la présidence de M. Tebboune, a décidé de transformer une caserne de l’ANP du Tanezrouft, dans l’extrême sud-ouest du pays près de la frontière malienne, en prison de haute sécurité destinée aux «barons de la drogue et aux trafiquants». Surnommée le «pays de la soif», cette étendue désertique où le mercure dépasse les 50 °C a de quoi décourager toute évasion. Le même jour, il a été décidé de créer un organe sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue, sur le modèle de la DEA américaine. Une réunion tenue le 8 septembre a porté sur l’avancement des travaux et sur les modalités de réception de l’établissement en vue de son placement sous la tutelle du ministère de la Justice.
Hocine Fadheli

