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Attaf plaide à Tripoli : La réforme du Conseil de sécurité, une question de « légitimité de l’ordre international »

Devant ses pairs du Comité des Dix de l’Union africaine, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines a défendu une position claire. La réforme de l’instance onusienne ne relève plus du simple marchandage diplomatique, mais de la légitimité même de l’ordre international. L’Algérie appelle à un travail politique soutenu pour rallier de nouveaux soutiens à la revendication africaine.

Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a affirmé, dimanche à Tripoli, que la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies « n’est plus une simple question de négociation, mais une question de justice, de légitimité et de crédibilité pour l’ordre international ». Il s’exprimait à l’ouverture de la 14e réunion ministérielle du Comité des Dix chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (C-10), consacrée à ce dossier. Pour le chef de la diplomatie algérienne, le système multilatéral traverse un moment de vérité. Il est jugé sur sa capacité à relever les défis du moment, à dénouer les crises et à redonner confiance dans l’aptitude des institutions à répondre aux attentes. M. Attaf a rappelé que, lors de la mise en place de l’architecture onusienne, en 1945, la plupart des pays africains étaient encore sous domination coloniale. Le continent, a-t-il souligné, n’avait alors aucune voix audible dans l’élaboration de l’ordre mondial. Depuis, les rapports de force se sont recomposés, la carte politique a été redessinée, de nouveaux Etats et de nouveaux groupes régionaux ont émergé et l’ONU a considérablement élargi ses rangs. Or, a-t-il déploré, la structure du Conseil n’a pas suivi ce mouvement. Il a estimé « inacceptable » que l’Afrique reste sous-représentée parmi les membres non permanents et totalement absente des sièges permanents.

Le chef de la diplomatie algérienne a martelé que l’Afrique réclame, en toute légitimité, la réparation de l’injustice historique dont elle est victime. « L’histoire ne saurait servir de prétexte pour figer le présent », a-t-il lancé, ajoutant que le continent demande à être traité « sur un pied d’égalité avec les autres blocs et continents », et à passer d’une participation qui consiste à supporter les conséquences des décisions à une implication pleine dans leur élaboration.

Sur le plan de la méthode, M. Attaf a indiqué que l’Algérie s’est félicitée de l’adoption par l’Union africaine du modèle africain de réforme, présenté par le C-10 lors des négociations intergouvernementales, y voyant l’expression d’une position autour de laquelle les Africains se sont rassemblés. Il a toutefois prévenu que l’existence d’un modèle commun n’ouvre pas automatiquement la voie à des négociations sur texte, des questions de fond devant encore être traitées, de manière équilibrée et globale, au sein des cinq groupes thématiques.

Le ministre a insisté sur la cohésion africaine. « L’ouverture de l’Afrique à la négociation ne signifie pas qu’elle renonce à sa position », a-t-il averti, estimant que celle-ci ne doit pas devenir une monnaie d’échange qui entamerait sa légitimité et la viderait de sa substance. « Notre unité est la source de notre force », a-t-il ajouté, appelant à aborder le dialogue en bloc, arrimé aux fondamentaux convenus.

Pour la suite, il a plaidé en faveur d’un travail politique intensif. Il a appelé à élargir le cercle des soutiens, multiplier les contacts avec les partenaires et expliquer que « rendre justice à l’Afrique ne retire rien à personne, mais renforce la légitimité et la crédibilité du Conseil de sécurité ». Il a réaffirmé l’attachement au processus onusien des négociations intergouvernementales, seul cadre légitime pour une réforme globale et équilibrée. Tout engagement, le moment venu, devra procéder d’un véritable consensus sur les éléments essentiels, préserver le caractère inclusif des discussions, sans écarter ni reporter aucun des cinq groupes de questions, et refléter fidèlement la position africaine commune, y compris sièges permanents et non permanents et prérogatives afférentes.

En conclusion, rappelant le Pacte pour l’avenir, M. Attaf a appelé à passer de la reconnaissance politique aux actes, afin que l’Afrique siège au cœur de la décision internationale, avec davantage de sièges, dont des sièges permanents assortis du droit de veto. « C’est le droit de l’Afrique. C’est aussi, en même temps, l’intérêt de l’ordre international tout entier », a-t-il conclu.

Les travaux se sont achevés par l’adoption de la « Déclaration de Tripoli », par laquelle le C-10 réitère son attachement à la position africaine commune et la nécessité de mettre fin à l’injustice historique faite au continent. Les participants ont aussi rappelé les références du Consensus d’Ezulwini et de la Déclaration de Syrte.

Salim Amokrane

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